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    «J’ai horreur de la politique spectacle»
    Entretien avec Mohamed Kabbaj, wali du Grand Casablanca

    Par L'Economiste | Edition N°:2660 Le 27/11/2007 | Partager

    . «Je considèrerai que j’ai réussi lorsque je ne serai plus indispensable» . Mobilité: Si on ne change rien, la ville va étoufferIl mène son action dans la discrétion. Mohamed Kabbaj, wali du Grand Casablanca, s’exprime rarement dans la presse. Dans cette interview exclusive, il explique sa stratégie et la coordination des politiques de la ville.. L’Economiste: Vous vous exprimez rarement dans les médias. Est-ce un choix délibéré de votre part?- Mohamed Kabbaj: Le travail que nous faisons exige beaucoup de discrétion. Ce n’est pas au wali de se mettre en avant, nous préférons toujours que ce soit les élus qui s’expriment sur leurs activités. Nous, nous sommes là pour les aider à résoudre les problèmes, pas pour faire de la politique spectacle.. La Wilaya ne devrait-elle pas se prononcer un peu plus sur les problèmes de la ville? - Elle le fait déjà de plusieurs façons. Les prérogatives des uns et des autres sont claires et les responsabilités précises. Les relations que j’entretiens personnellement avec le président de la ville et les autres présidents sont des relations de confiance qui vont au-delà des questions protocolaires et des limites administratives.. Ce n’est pas souvent le cas ailleurs, y compris à Casablanca dans un passé récent. Est-ce une question d’hommes ou une ligne de conduite que vous vous êtes imposée?- Non, moi je pars du principe que toute mauvaise relation avec les élus a des répercussions négatives sur la ville et sa population. On essaie toujours d’utiliser tous les moyens pour convaincre au maximum. Si on n’y arrive pas, on cherche d’autres solutions, on tente d’agir autrement. Mais la pire des solutions, c’est de s’engager dans des luttes interminables où c’est le citoyen qui paie la facture. . Vous incarnez l’autorité centrale et les élus représentent le citoyen. Où commence votre responsabilité et où finit la leur? Il se dit que le wali serait trop «écrasant». C’est l’alibi que brandissent parfois certains élus.- C’est une question très complexe. En vérité, tout dépend de la commune et du Conseil dont on parle. Chaque institution a ses spécificités et ses prérogatives particulières, et agit dans le périmètre de ses compétences. Mais au-delà des prérogatives, il y a l’exigence de la collaboration mutuelle qui dépasse tout car l’avenir de la ville est lié à l’avenir de la région, qui dépend lui-même de l’action de la ville mais aussi de la conception de l’Etat. Le wali est là justement pour apporter le soutien de l’Etat et sa conception. Quand vous voulez définir une stratégie, vous êtes obligé d’intégrer tous les facteurs. Est-ce que vous pouvez établir un distinguo entre l’avenir de la ville et le port, ou les voies ferrées ou les autoroutes, ou bien encore la politique industrielle? L’obligation de coordination s’impose naturellement. Vous ne pouvez pas distinguer entre ce que doit faire la ville et ce qui doit relever du wali qui est censé représenter le gouvernement de Sa Majesté, et, en même temps, assurer un certain contrôle. Mais tout ceci ne peut se faire que dans le cadre du dialogue et de la discussion. Ma méthode n’est pas de dire «ça c’est à toi, ça c’est à moi». Mon approche serait plutôt: qu’est-ce qu’on peut faire en commun?. Comment fixez-vous les priorités de la ville?- La méthode est simple: le dialogue et toujours le dialogue. Lorsque j’ai pris mes fonctions, j’ai réuni tout le monde pour des journées de réflexion à l’intérieur et en dehors de la ville pour fixer ensemble la vision de Casablanca. Nous avons défini une stratégie globale qui a été déclinée avec chaque ministère. Ensuite, chaque projet se traduit en contrat, où les priorités sont fixées lors de réunions de concertation avec les élus. C’est pourquoi j’ai développé le contrat Conseil de la ville et Etat. Nous travaillons exclusivement avec des contrats maintenant, comme celui que nous avons signé pour la mise à niveau de la ville, pour l’habitat et pour la santé. Nous avons également préparé un contrat avec l’enseignement qui sera signé, je l’espère, dans les prochains jours. Nous avons développé cette relation contractuelle pour qu’à la fois les Conseils, les élus et l’Etat se sentent engagés dans un développement commun. Cela évite des dispersions.. Le processus de décision est, à bien des égards, trop lourd. Est-il possible d’alléger la «machine» administrative?- Vous ne pouvez pas. Qu’est-ce que vous allez faire ? Grignoter les compétences des élus? Dans ce cas-là, c’est la démocratie qui sera remise en cause. Finalement, l’essentiel c’est que les choses fonctionnent. Nous avons constamment le souci d’optimiser les process mais sans toucher aux prérogatives des institutions. Quelques règles de bon sens peuvent parfois s’avérer efficaces. Tenez, par exemple : Lorsque nous avons bâti le programme de mise à niveau qui fait 3, 250 milliards de dirhams, la ville de Casablanca qui a l’habitude d’investir 50 millions de dirhams, n’était pas du tout organisée pour gérer un si gros chantier. Nous lui avons suggéré de faire appel à un maître d’ouvrage. C’est une manière de l’aider à moderniser sa gestion et, indirectement, à faire évoluer de vieilles habitudes.. Où en est-on avec le projet du schéma directeur? Les opérateurs sont impatients et estiment que le retard freine l’investissement. Que leur répondez-vous?- Le schéma directeur est bien avancé, qu’ils soient rassurés. Nous avons tenu plusieurs ateliers dans différents domaines, je pense que d’ici la fin de l’année, il sera mis en discussion devant tous les intéressés, publics et privés. Permettez-moi d’insister sur la philosophie qui doit guider le schéma directeur. Celui-ci doit refléter la modernité de la ville et son orientation vers la technologie. Modernité ne doit pas être confondue avec alignement des buildings. Casablanca n’est pas New York, mais il y aura des points qui vont marquer la ville et qui incarneront son ambition de modernité. L’enjeu est énorme car il faut être en mesure d’être un compétiteur au niveau international. Lorsqu’un industriel arrive, en général, il a fait la comparaison avec 15 ou 20 autres métropoles dans le monde. Nous ne sommes plus seulement en compétition avec Tunis ou Alger. Maintenant, il faut faire des choix économiques précis, savoir les promouvoir et préparer la ville pour qu’elle accueille les investisseurs de façon très agréable avec des services de qualité. Les cadres des multinationales qui voudront investir à Casablanca ne viendront pas si il n’y pas de système scolaire performant, des services de santé efficients, des espaces verts de loisirs, des moyens de transport pratiques et efficaces, etc. D’où l’importance de ce schéma directeur. Il concentre de nombreux choix: économiques, urbanistiques, culturels et scientifiques. Nous n’aurons pas droit à l’erreur.Le projet organise un peu le développement de Casablanca qui va bientôt frôler les 5 millions d’habitants. Il faut donc créer des emplois mais aussi des logements. Nous avons pensé à ajouter quelque 20.000 hectares à la ville pour absorber sa croissance. Nous pensons qu’il y aura une transformation profonde de l’économie vers les services et la technologie. Il faut donc restructurer l’organisation économique et sociale. Et surtout le problème des moyens de transport. . Les problèmes de mobilité empoisonnent le quotidien des casablancais. A ce sujet, que devient le plan des déplacements urbains (PDU)? - Ce plan a juste fixé des grands choix et les lignes directrices de mobilité mais ne contient pas de projet réalisable. L’orientation la plus importante est de favoriser les transports en commun, sinon la ville de Casablanca étouffera très rapidement. Donc, à partir de ce choix, on a lancé en 2007 des études pour mettre au point ce système de transport en commun. Ces études sont bien avancées, et nous avons déjà des éléments de choix, mais comme c’est une masse importante, un programme qui va jusqu’en 2030, on a ressorti des priorités comme les 28 km de tramway. Les études d’exécution de ce projet ont été lancées et d’autres sont sur le point de l’être. Je pense que d’ici le premier semestre de l’année prochaine, le dossier de l’appel d’offres pour la première tranche sera achevé. Evidemment, tout cela prend beaucoup de temps et les gens s’impatientent. Ce que je comprends parfaitement.. Pour le projet de l’aéroport d’Anfa, les opérateurs impliqués ne semblent pas au maximum de leur engagement. Comment expliquez-vous ce manque de motivation? Le projet est complexe car il y a des installations militaires sensibles à déplacer. Il fallait trouver des moyens de financement sans toucher au budget. Nous avons fait un montage financier et ça va coûter quelque chose comme 1,8 milliard de dirhams. Ce ne sont pas des broutilles!L’aménagement de l’aéroport de Benslimane est en cours, les pistes et les hangars sont pratiquement terminés. Tout cela demande un travail colossal, les travaux avancent normalement. En plus, il y a beaucoup de gens qui y habitent encore, il faut leur trouver où loger avant de les déplacer. Des ateliers internationaux ont été organisés, on a fait des études diverses, puis on a lancé un concours architectural qui a été remporté par Reicher. D’ici la fin de l’année, il est censé donner le projet final. Pendant ce temps-là, le transfert continue, on espère que le gros sera terminé pour la fin 2008. Entre temps, les modalités d’aménagement auront été fixées.


    «Au citoyen de juger »

    C’est au citoyen de juger de mes résultats. Moi, j’ai une méthode de travail particulière, peut-être c’est un défaut, mais j’ai horreur de la politique spectacle. C’est ce que j’appelle un décor de cinéma; c’est très beau à première vue, mais dès qu’on creuse, ça ne tient plus la route. Je pense que, dans toute ma carrière, aucun organisme ni institution n’a déraillé ou eu des problèmes dans son fonctionnement. Et c’est parce que, lorsqu’on bâtit une stratégie, on la bâtit sur une vision à long terme, on crée les conditions pour que le système fonctionne. Je considère que j’ai réussi quelque part quand les choses peuvent fonctionner sans moi. Tant que je suis un maillon essentiel, c’est que je n’ai pas réussi dans ma mission. La finalité, c’est que les gens se prennent en charge pour garantir la pérennité de la stratégie.


    Le complexe Mohammed-V définitivement fermé au foot

    . Il n’y aura pas d’opération immobilière- L’Economiste: Que faites-vous pour lutter contre l’insécurité? Les gens ont peur des vols à l’arraché et, devant les écoles, les attaques se multiplient. - Mohamed Kabbaj: Ma conviction, et les chiffres le prouvent, est que la rumeur amplifie ce sentiment d’insécurité et les gens exagèrent entre la perception et la réalité du terrain. Je viens de recevoir les dernières statistiques qui montrent qu’il y a une baisse de 15 à 20% de la criminalité dans la ville. Ceci étant, nous agissons chaque jour pour améliorer la situation. C’est dans ce cadre que nous avons renforcé les effectifs chargés de veiller à la sécurité de la ville. Si l’on compare Casablanca aux autres grandes métropoles, on ne peut pas dire qu’il y ait un vrai problème d’insécurité. Il n’est pas possible, nulle part au monde, d’assurer la sécurité à 100%. Le problème de l’insécurité en général, c’est comme des vases communicants; vous attaquez un aspect, vous croyez l’avoir maîtrisé et c’est un autre qui ressort. On essaie de faire au mieux, et je crois que, dans l’ensemble, ce n’est pas aussi catastrophique qu’on peut le laisser entendre. - Comptez-vous interdire définitivement des rencontres de football au complexe sportif Mohammed-V au vu des violences qui s’y sont passées récemment?- Oui, c’est une décision déjà prise. Le gouvernement a décidé de dégager un budget et les discussions ont déjà commencé. Mais le stade ne va pas disparaître, on va construire un autre stade plus adapté pour les grosses compétitions. Ceux qui pensent que c’est une opération immobilière se trompent. Je précise qu’il n’y a aura aucune transaction sur le complexe Mohammed V. Que les choses soient bien claires.Propos recueillis par Ichrak MOUBSIT et Najlae NAAOUMI

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