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    International

    Israël, Etats-Unis, la rupture?
    Par le colonel Jean-Louis Dufour

    Par L'Economiste | Edition N°:3244 Le 31/03/2010 | Partager

    Au lendemain de la rencontre Netanyahou-Obama le 23 mars, à Washington, la presse israélienne a parlé d’«embuscade» et «d’humiliation». Cette rencontre a dû être tendue si l’on en juge par l’accueil minimal, sans journaliste ni photographe, l’absence de conférence de presse, une conversation entrecoupée d’apartés avec les conseillers du Premier ministre et d’échanges téléphoniques avec les ministres à Jérusalem, à l’ambassade d’Israël, comme si la délégation israélienne redoutait d’être écoutée par les services américains(1). Ambiance… La dispute Israël-Etats-Unis est largement commentée. Pourtant, les observateurs dépassent rarement l’évocation des faits. En décidant de construire 1.600 logements à Jérusalem, Israël dit agir en qualité d’Etat souverain, libre de faire ce qu’il veut dans sa capitale, extérieure, par définition, aux territoires occupés. Washington prend mal l’affront, parle d’insulte et veut répliquer comme il l’entend. Mais comment l’entend-il? L’issue de la polémique n’est pas là où l’on croit. Il y a plus fondamental que ces logements à construire... ou non. Les Etats-Unis et Israël sont-ils condamnés à cheminer ensemble? Dans les rapports entre Etats, infiniment plus que l’amitié comptent les intérêts nationaux. Or la formulation de ces derniers est grevée d’une rhétorique sans fin. Mieux vaut, semble-t-il, aborder le problème sous le double aspect de l’antiaméricanisme au Moyen-Orient et de l’utilité d’Israël pour les Etats-Unis.

    Les origines de l’antiaméricanisme moyen-oriental
    L’appui des Etats-Unis à Israël expliquerait les sentiments anti-américains du monde arabe. Explication insuffisante car l’hostilité aux Etats-Unis est antérieure à leur soutien à Israël.Jusqu’en 1967, ce soutien est en effet modeste, limité à quelques prêts pour que l’Etat hébreu acquière outre atlantique les produits vivriers dont il a besoin. A l’époque, la France fournit à Israël l’essentiel de ses armes(2). En 1956, à la suite de l’équipée franco-britannique à Suez et de l’irruption d’Israël au Sinaï, c’est en faveur de l’Egypte que le président Eisenhower intervient, c’est sous sa pression qu’Israéliens, Français et Britanniques retirent leurs troupes. En 1956, l’administration Eisenhower s’affiche pro-arabe et anti-israélienne. Seul point de désaccord entre les Etats-Unis et l’Egypte: Washington n’est pas disposé à aider Le Caire à combattre Israël ni à construire le barrage d’Assouan. Le colonel Nasser a donc choisi l’URSS, dont il reçoit une assistance considérable et dont il adopte la politique furieusement anti-américaine. En 1964, pourtant, les Etats-Unis livrent à l’Egypte et à d’autres Etats arabes des missiles Hawk. Washington craint de voir les avions de combats soviétiques basés en Syrie et en Irak, où le parti Baath est désormais au pouvoir, s’en prendre à l’Arabie saoudite. Survient 1967, avec l’injonction du général de Gaulle à Israël de ne pas attaquer ses voisins, la guerre de Six jours, la décision française d’embargo sur les armes visant les pays du champ de bataille. L’aide américaine commence. Elle devient massive en 1973 jusqu’à représenter le quart du PNB d’Israël et 2,5% aujourd’hui, en raison de l’expansion économique du pays.Pour autant, la suppression de l’aide américaine à Israël n’entraînerait pas forcément le retour en grâce des Etats-Unis dans l’opinion arabe. A l’inverse, Le Caire est revenu dans le giron occidental en 1974, au lendemain de la guerre du Kippour, à une époque où l’aide américaine à Israël était maximale.La stratégie américaine vise à maintenir un équilibre des forces dans le monde. Comment? En évitant qu’émerge une puissance susceptible de menacer les intérêts des Etats-Unis. Il s’est agi d’abord de contenir l’URSS; depuis 1990, il a fallu stopper l’Irak (1990-91), puis la Serbie (1999). Entre la Méditerranée et la chaîne de l’Indou Kouch existent trois ensembles de forces qui doivent demeurer en équilibre, à l’ouest, Israël et les pays arabes, au centre, l’Iran et l’Irak, à l’est, l’Inde et le Pakistan.
    Israël, l’allié non indispensable des Etats-Unis
    Au centre, l’équilibre n’existe plus faute pour les Etats-Unis d’avoir obtenu l’avènement à Bagdad d’un pouvoir capable d’équilibrer l’Iran. A l’est, les rapports entre New Delhi et Islamabad s’enveniment du fait de la guerre d’Afghanistan. Seul le rapport de force Israël-pays arabes paraît stable. Relativement seulement! Israël domine le Proche-Orient et l’aptitude de la Syrie, de la Jordanie et de l’Egypte à le contenir est mesurée. L’Etat hébreu est passé d’une situation d’équilibre à une position d’hégémonie qui le pousse à agir au détriment, finalement, des intérêts des Etats-Unis. Washington veut s’assurer du maintien de l’Egypte à ses côtés dès que le président Moubarak aura quitté le pouvoir et, aussi, garantir la stabilité du royaume de Jordanie. Les Etats-Unis doivent éviter que la situation au Proche-Orient se détériore au moment où ils s’efforcent de maintenir un équilibre minimum au centre et à l’est de l’Orient moyen, là où Israël ne peut pas grand-chose pour les aider. Pire, si l’équilibre Israël-Pays arabes venait à se rompre, du fait par exemple de l’effondrement du régime égyptien ou d’une guerre entre Israël et le Hezbollah, les Etats-Unis pourraient être entraînés dans le conflit tandis qu’une nouvelle intifada n’améliorerait pas les choses. Difficile d’imaginer comment évolueraient alors les équilibres à l’Est et au Centre. Une chose est certaine. Avec leurs forces terrestres hypothéquées en Irak et en Afghanistan, les Etats-Unis atteignent les limites de leurs possibilités d’action. L’allié israélien semble peu utile. Il pourrait même leur nuire s’il bombardait l’Iran. La seule chose qu’Israël puisse faire pour aider les Etats-Unis, c’est de ne pas jeter de l’huile sur le feu… Dans ces conditions, la Maison-Blanche peut être ferme. La manœuvre semble déjà amorcée. Les Américains ont le sens de la formule: «Jeter quelqu’un sous l’autobus»(3). L’expression est employée à Washington pour qualifier les relations israélo-américaines. Trois fois, Israël aurait été «jeté sous l’autobus»! Premier autobus: l’accueil glacial de B. Netanyahou à la Maison-Blanche: deuxième autobus, le général Petraeus, très populaire aux Etats-Unis et candidat républicain possible à la prochaine présidentielle, regarderait Israël comme le principal obstacle à la stratégie américaine au Moyen-Orient(4); dernier autobus, le département d’Etat pourrait inclure le nucléaire israélien dans une négociation globale avec l’Iran, Tel-Aviv et Téhéran renonçant à l’arme atomique! Une première mesure pourrait consister en une suspension de l’aide militaire américaine à Israël, soit trois milliards de dollars par an! Pareille rupture n’est pas assurée du succès. Barack Obama peut-il s’y engager, les Israéliens l’admettre, les Palestiniens s’y prêter? En ce cas, du moins, le droit et la morale seraient du côté de la plus puissante des démocraties. Pour le coup, la présidence Obama serait historique. Après le vote d’un système américain de sécurité sociale, la signature d’un nouvel accord de limitation des armements stratégiques, les Etats-Unis emprunteraient au Proche-Orient la voie de la raison en espérant qu’elle soit celle de la paix. Il ne leur resterait plus qu’à supprimer la peine de mort…

    Le Baâth, Ba’th ou Baas
    «Parti socialiste de la renaissance arabe, le Baath est un parti politique fortement structuré qui, dépassant les frontières des Etats, se veut un mouvement unitaire arabe et socialiste. Fondé en 1943 à Damas par un chrétien orthodoxe, Michel Aflak, le philosophe du parti, et Salah al-Bitar, qui en sera le tacticien et participera au pouvoir, le parti Baath adopte sa constitution en 1947; il recrute des adhérents dans de nombreux pays du Moyen-Orient, et se trouve au pouvoir dans deux d’entre eux: l’Irak et la Syrie.Des valeurs sur lesquelles repose l’idéologie du parti, unité, liberté et socialisme, la première est la plus importante; il s’agit de réaliser la «grande nation arabe» qui supprimera les frontières artificielles. Pour les théoriciens du parti, le nationalisme arabe doit résoudre les problèmes économiques et sociaux par un renversement des valeurs jusqu’alors imposées par des classes sociales réactionnaires, la disparition des classes et de la division en pays devant mettre à la disposition de tous les Arabes des ressources parfois détenues par certains d’entre eux seulement. Ainsi le socialisme suscitera la renaissance du peuple arabe… ».Source: Encyclopédie Universalis
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