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Irak: Pourquoi craint-on les chiites?

Par L'Economiste | Edition N°:1947 Le 28/01/2005 | Partager

. Une divergence historique qui risque d’avoir des retombées politiques. Peut-être une alliance avec les mollahs d’Iran! Et si les chiites et les Kurdes prenaient le pouvoir en Irak? Vu l’importante offensive que mènent ces deux clans pour remporter les élections générales du 30 janvier, la supposition a toutes les chances de devenir une réalité.Pour le monde musulman, à majorité sunnite, le «cauchemar» est de voir les chiites dominer, pour la première fois de l’Histoire, Baghdad, haut lieu de la culture arabo-musulmane, capitale des Abbassides, cité des lumières comme le fut Bysance sous l’Empire romain. En Irak, les conflits ne se limitent pas à la résistance armée ou aux plans américains pour la région. Il y a aussi de grandes frondes religieuses qui couvent et qui pourraient avoir des retombées politiques.Les chiites sont les minoritaires de l’islam: Quelque 110 millions dans le monde, soit près de 10% des musulmans. Mais ils sont concentrés dans la région arabo-persique. Ils dominent l’Iran, sont majoritaires en Irak avec 60% de la population, et sont nombreux aussi dans la région pétrolière du Nord de l’Arabie saoudite.A la limite, la montée des Kurdes au pouvoir en Irak aura des retombées strictement politiques. Cette population, longtemps opprimée par les baasistes de Saddam, cherchera à élargir son autonomie. Sa montée au pouvoir aurait des conséquences géostratégiques sur les pays voisins hostiles à la création d’un Kurdistan libre. La question est très gênante par exemple pour une Turquie, résolument tournée vers l’Europe, mais qui traîne historiquement derrière elle une partie orientale malade. Elle est tout aussi gênante pour une Syrie sous direction baasiste. Mais, les Kurdes, à majorité sunnite, ne posent pas un problème religieux. Et c’est là toute la différence avec les chiites. . Bataille sur le califatFinalement, pourquoi redoute-t-on tant les chiites? Pourquoi sont-ils qualifiés de «mauvais musulmans», si ce n’est carrément «hérétiques», par les sunnites? Pour le commun des mortels, la différence entre les deux factions n’est pas claire. En fait, cette différence remonte à l’époque de la succession du prophète. Les chiites croient que le successeur légitime du prophète doit provenir de sa famille (Ahl Al Bait). A l’époque, c’était son cousin l’imam Ali Ibn Abi Taleb qui devait donc, selon la conception chiite, assumer cette mission. Mais les musulmans ont choisi Abou Bakr et, après lui, Omar Ibn Al Khattab. «C’est pourquoi ces deux califes sont dénigrés par le clan chiite», explique Ahmed Khamlichi, directeur de Dar Al Hadith Al Hassania.Une guerre sans merci allait par la suite opposer les chiites à Mouaya Ibn Abi Soufiane, fondateur de la dynastie des Omeyyades. Ali sera tué. Et son fils Hussein par la suite, après avoir été cerné à Kerbala au sud de l’Irak. Les chiites croient donc que le pouvoir leur a été arraché. Ils se considèrent comme des «victimes». A noter que dans les appels à la prière, ils citent le nom de l’imam Ali juste après celui du prophète. Mais en réalité, la différence entre sunnites et chiites réside dans la croyance politique. Les chiites considèrent que le calife est désigné par Dieu et non les sujets. Le pouvoir se transmet par Wassia (testament). Chaque calife transmet le nom de celui qui va lui succéder. Tirant sa légitimité de Dieu, il est infaillible et ses directives sont incontestables et sacrées.Les chiites ont développé toute une philosophie politique sur le califat. Ils croient en la résurrection de leur 12e calife «Mohammed Ibn El Hassan El Mahdi» qui a mystérieusement disparu en l’an 329 de l’Hégire sans qu’on lui ait trouvé de traces. Ce calife réapparaîtrait, selon cette croyance, pour rendre justice aux chiites et «purifier le monde des obscénités». L’imam Ali renaîtra après lui et, par ordre dégressif, tous les califes chiites non intronisés. Une des drôleries de l’Histoire est que les chiites se sont réfugiés en Irak en premier lieu, avant de déferler sur l’Iran après la «chiisation» massive entreprise par le père du Shah Bahlavai. Ces mêmes chiites allaient renverser le fils en 1978 et instaurer la révolution islamique. En Iran, en attendant la «résurrection» du calife, c’est le faqih ou le guide qui le remplace. Et ce faqih est l’ayatollah Khomeiny. C’est cette notion de clergé, qui instaure un intermédiaire entre Dieu et Son sujet, que récusent les sunnites. Dans les autres pays où le pouvoir chiite n’est pas institutionnalisé, chaque groupe a son guide spirituel (Ali Sistani, Moqtada Essadr, Abdelaziz Al Hakim…). Mais il faut dire que la situation n’est pas aussi rigide en Iran. Ce pays est en changement grâce au mouvement réformiste, offrant un des plus intéressants débats sociopolitiques dans le monde arabe. . Logique du win-winMaintenant, la question est de savoir si les chiites d’Irak, une fois au pouvoir, iraient jusqu’à s’allier avec les mollahs d’Iran pour réaliser leur rêve révolutionnaire. «C’est peu probable», croit savoir le politologue Mohammed Darif. Car il y a eu toujours des divergences référentielles entre les deux, malgré les échanges de visites. Une différence qui se manifeste d’abord dans les lieux de culte. En Iran, c’est la ville de Qom, magnifiée par le pouvoir, entretenue par des fortunes (chaque chiite est obligé de verser le cinquième de son revenu pour l’entretien des lieux sacrés). En Irak, ça va être Nadjaf ou Kerbala, appauvries sous Saddam et vilipendées par les milices armées. Il va de soi que les chiites d’Irak vont chercher à redonner à leurs villes saintes leurs lettres de noblesse. Ensuite, en raison de leur identité arabe, les chiites d’Irak tirent plus vers leurs voisins de l’Ouest et du Sud, faisant ressurgir ainsi cette divergence identitaire historique entre la Grande Perse et les pays du Golfe arabique. Enfin, et c’est une donnée importante, ils se défendent officiellement de toute alliance avec l’Iran. Alliance ou pas, de toutes les façons, il n’est pas dans l’intérêt des USA de renforcer le clan des chiites, surtout avec les ambitions nucléaires de l’Iran. En valorisant chiites et Kurdes en même temps, Washington anticiperait un débordement d’un seul côté (à ne pas oublier qu’ils l’avaient soutenus pour entrer en Irak). C’est bien la logique américaine du win-win. «Le perdant dans cette affaire seraient les sunnites, écrasés par les deux roues», commente Darif. Nadia LAMLILI

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