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Culture

Irak, le bout du tunnel?
Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

Par L'Economiste | Edition N°:2656 Le 21/11/2007 | Partager

Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet dont «La guerre au XXe siècle», Hachette 2003; «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad», Editions Complexe, 2004 Serait-ce en Irak le commencement de la fin… de la guerre? Depuis juin 2007 et l’arrivée de 30.000 hommes en renfort, le niveau de violence a baissé de 60%, de 75% à Bagdad. Les insurgés sunnites combattent désormais les djihadistes étrangers. Une interview autorisée d’un amiral américain rejette l’éventualité d’une attaque de l’Iran par son pays.Voir là une lueur au bout du tunnel est tentant. Certes, la prudence s’impose. Tout de même! On a trop dit les Américains incapables d’enrayer la violence en Irak, trop souligné la détermination des insurgés, trop affirmé la possibilité d’un bombardement de l’Iran, pour ne pas saluer ces indices, ni vouloir y regarder de plus près. De moindres pertes humaines sont le fait le plus frappant. Depuis trois mois, les affrontements sectaires sont moins nombreux. En septembre, puis en octobre, le nombre de civils tués (850) a chuté de moitié par rapport aux deux mois précédents. Il en va de même des pertes militaires US. Le 15 novembre, l’état-major américain en Irak a fait état pour le mois d’octobre de 1.560 charges explosives improvisées(1) dirigées contre les forces de la coalition, un chiffre équivalent à celui de septembre 2005 mais moitié moindre qu’en mars 2007 (3.219). 50% de ces bombes ont explosé, les autres ont été décelées à temps ou découvertes dans des caches. Ces engins provenaient d’Iran mais se trouvaient probablement en Irak depuis plusieurs mois. Comme si le flot d’armes et d’explosifs iraniens s’était tari. Sans doute, ces résultats sont-ils à mettre au crédit du chef de la coalition, le général David Petraeus, lequel arme les tribus sunnites exaspérées par les exactions des islamistes étrangers, établit à Bagdad des postes fixes irako-américains, y sépare les communautés par de hauts murs en béton. Mais cela n’explique pas tout. D’ordinaire, en contre guérilla, toute intensification des opérations gêne l’activité d’insurgés tentés de faire le dos rond tant que dure la chasse à leur encontre. Puis la guérilla reprend ses attentats, sitôt son ennemi rentré chez lui ou parti traiter une autre région. Que 167.000 hommes, dont une faible proportion participe aux combats, puissent venir à bout de 10.000 insurgés, au milieu de 25 millions d’Irakiens, sur un territoire vaste comme le Maroc, serait surprenant. Or cette relative accalmie dure depuis l’été et sur tous les fronts. Il est donc une autre explication, politique celle-là. Certains groupes, milices, bandes, tribus ont apparemment décidé de suspendre leurs actions. De son côté, l’Iran a peut-être décidé de jouer la stabilisation du pays.. Les deux guerres En Irak, deux guerres coexistent. La première contre les Américains finira inéluctablement le jour de leur départ, l’autre oppose les sunnites aux chiites. Cette deuxième guerre, civile, est la plus importante. De son résultat dépend l’avenir du pays. Elle inclut le contrôle des populations, des ministères, des forces de police… Si un camp cesse le combat, il laisse le champ libre à son adversaire. Opérations militaires US ou non, les belligérants s’interdisent logiquement toute suspension qui signifierait la défaite de celui qui l’aurait décidée. Or une suspension semble être intervenue! Cela sous-entend l’existence probable d’arrangements conclus entre factions, seuls à même d’expliquer cette relative raréfaction des combats et des pertes.En mai 2003, les sunnites irakiens, jusque-là maîtres du pays, ont vu leur suprématie remise en cause. Ils ont donc engagé la bataille à la fois contre l’envahisseur américain et contre leurs concitoyens chiites, pressés de prendre leur place. Des Etats du Golfe ont envoyé de l’argent. Via la Syrie, des volontaires sont venus. Ces djihadistes étrangers entendaient combattre les Américains en Irak mais voulaient aussi y instaurer un islam radical. Peu à peu, les insurgés irakiens ont jugé ces islamistes plus dangereux que les Américains, lesquels ont découvert l’intérêt de s’allier aux sunnites contre ces fanatiques venus d’ailleurs. Il en est résulté l’enrôlement de 67.000 sunnites aux côtés de la coalition, une rencontre spectaculaire début 2007 entre le président Bush et des chefs de tribu, un effort militaire accru contre les milices chiites. Sans compter une vive pression militaire exercée sur l’Iran, menacé de bombardements dévastateurs. Ainsi les Américains, hier favorables aux chiites, souhaitent maintenant rendre à la communauté sunnite sa prépondérance passée. Confronté à cette perspective, Téhéran a poussé les milices chiites contre la communauté adverse et leur a demandé de tuer le plus possible d’Américains afin de les inciter à quitter l’Irak. Le succès de cette stratégie supposait deux préalables, l’alliance maintenue entre sunnites irakiens et djihadistes étrangers, l’intention prêtée aux démocrates américains, après leur victoire électorale de mi-mandat, d’exiger un retrait rapide d’Irak. Ces deux conditions n’ayant pas été remplies, l’Iran, pour qui l’avènement à Bagdad d’un nouveau pouvoir sunnite serait une catastrophe, a changé à son tour de politique. Il a cessé d’envoyer des armes en Irak et convenu avec les chiites irakiens que l’intérêt commun était de suspendre leurs attaques. En ayant pris bonne note, Washington a fait savoir à Téhéran, via le Financial Times(2) et l’amiral Fallon, chef du Central Command, qu’une attaque préemptive n’était pas envisagée. Est-ce la fin de la guerre? Rien n’est moins sûr. Des attentats ont toujours lieu, des querelles et des vengeances se donnent encore libre cours. La démocratie en Irak n’est pas pour demain. Toutefois, la prise en compte par Washington dans la guerre d’Irak de ses aspects purement politiques doit être notée. Les militaires d’outre atlantique, traditionnellement marqués par une vision clausewitzienne de la guerre, laquelle préconise la destruction prioritaire du centre de gravité adverse, ont intégré en Irak cette dimension politique qu’ils auraient dû toujours se garder d’omettre dans leurs guerres passées.


Pertes américaines en Irak

Entre le 20 mars 2003 et le 20 novembre 2007, les troupes américaines ont perdu 3.791 tués, 106 disparus, présumés morts, 28.451 blessés. 82% de ces pertes sont dus à des combats ou à des attentats. La manipulation des armes et les tirs fratricides sont à l’origine de 2% des pertes, les accidents de la route comptent pour 7%, les chutes d’avions ou d’hélicoptères pour 3%. Depuis le début du conflit et jusqu’à juillet 2007, la part des pertes pour fait de guerre est allée croissante depuis le début du conflit. Ceci révèle des soldats plus expérimentés mais aussi des combats plus intenses. Les pertes quotidiennes moyennes sont passées d’un tué à partir du 1er mai 2003 à 2 tués quotidiens fin 2004, 2,23 en 2006, 3,65 en juillet 2007. On compte 10 blessés pour 1 tué. Ce rapport sans précédent résulte de progrès spectaculaires effectués dans l’évacuation et le traitement des blessés. Ceci a permis de sauver des blessés graves, lourdement handicapés, dans la proportion très forte de 3 sur 10.--------------------------------------------------------------------(1) Improvised explosive device (IED), appelé aussi road side bomb.(2) “US strikes on Iran not being prepared”, interview de l’amiral Fallon, Financial Times, 12 novembre 2007.

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