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Economie

Intelligence économique
«C’est un problème de sécurité nationale»
Entretien avec Alain Juillet, haut responsable chargé de l’Intelligence économique en France

Par L'Economiste | Edition N°:2171 Le 14/12/2005 | Partager

Comme tous les concepts en vogue, l’Intelligence économique commence à avoir son marché, ses séminaires mais aussi ses stars dont Alain Juillet fait incontestablement partie à côté de Christian Harbulot ou encore Philippe Clerc. Cet ex-directeur du renseignement à la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), mais aussi ex-patron (notamment de M&S France), avait été chargé par Raffarin de piloter la politique française en matière d’IE. La création d’un monsieur IE au sein du gouvernement français était elle-même une des mesures-phares des recommandations du rapport Carayon (cf. www.leconomiste.com). Dans cet entretien, il fait le point sur sa mission et les enjeux du débat en cours.. L’Economiste: Etre domicilié à la défense nationale, est-ce un atout ou un handicap lorsqu’on doit piloter une politique d’intelligence économique?- Alain Juillet: En réalité, je relève du Premier ministre. En France, le Premier ministre chapeaute trois services qui dépendent de lui directement. D’abord, le secrétariat général du gouvernement qui s’occupe de l’administration. Ensuite, le secrétariat général pour les affaires européennes, et enfin le secrétariat général de la défense nationale qui, en réalité, couvre beaucoup de choses et travaille exclusivement pour le Premier ministre. Comme j’étais interministériel, j’ai été nommé à ce poste pour pouvoir travailler convenablement. . Mais votre parcours renvoie tout de même une image de sécuritaire?- C’est vrai. Au-delà de l’endroit où je suis hébergé, on peut toujours se demander si l’intelligence économique est liée à la défense. Personnellement, je ne pense pas qu’il s’agisse de problème de défense nationale, mais plutôt de sécurité nationale. La sécurité est un terme beaucoup plus vaste que la défense. Mais que des acteurs de la défense s’intéressent à l’IE peut se comprendre aussi. Des gens comme nous ont été formés à avoir une sensibilité pour faire de la veille, pour essayer de comprendre, pour essayer d’analyser. Or nous avons besoin de structures capables de faire cela au niveau des entreprises comme au niveau des Etats. . Il est difficile d’admettre que les nouveaux rapports économiques soient sous-tendus par des enjeux géostratégiques, ou comme le laisse entendre Carayon, par ce qui est qualifié de postlibéralisme?- Je pense que l’argument majeur à ce niveau c’est de considérer que la mondialisation est à la fois un réservoir d’opportunités pour toutes les entreprises, à condition de les saisir mais qu’il y a aussi des menaces et il faut les identifier. C’est fondamental. Tout le concept d’intelligence économique repose là-dessus. . S’il fallait faire le point sur la politique en matière d’IE en France...- La mission a été créée en deux ans. Nous avons accompli beaucoup de choses en particulier sur le plan de la formation, de l’organisation d’un dispositif permettant d’appuyer les entreprises et toute une série de mesures différentes. Le volet où nous ne sommes pas encore arrivé au bout, c’est le fait de coordonner toutes les informations qui existent dans tous les ministères pour pouvoir les apporter aux entreprises d’une manière facile. C’est le véritable problème. Comment donner aux entreprises la possibilité d’accéder à de l’information ouverte détenue au niveau de l’Etat et qui n’est pas encore transférée à ceux qui en ont besoin. . Pour y remédier?- Il faut s’organiser, mettre en place des systèmes de portail. Et surtout bien identifier les besoins des entreprises car celles-ci ne peuvent pas non plus être noyées sous trop d’informations. Ce qui revient à mettre en place des filtres techniques utiles et efficaces. . La France a beaucoup travaillé pour rattraper son retard par rapport aux Anglo-Saxons. Quelles sont les erreurs à éviter?- Il est impératif que la démarche de l’IE soit conjointement menée par les entreprises et par l’Etat. Lorsqu’on analyse l’expérience française, on remarque que l’Etat s’est mobilisé quand il s’est rendu compte que les entreprises ne s’occupaient pas du problème de l’IE. Nous sommes en train de mobiliser celles-ci. On s’aperçoit qu’il était beaucoup plus facile si d’entrée, on aurait pu arriver à travailler ensemble. . En matière d’IE, quel est concrètement le rôle de l’Etat?- Mettre en place tout ce qui est nécessaire pour que le combat concurrentiel se passe à armes égales. Le véritable problème réside à ce niveau. Il faut veiller à ce que tout le monde bénéficie des mêmes chances. Les résistances sont parfois culturelles. La France par exemple un pays où il y a toujours eu une séparation entre le public et le privé. Dire qu’il faut un partenariat public-privé pour être efficace, c’est un peu une révolution. Une révolution ne se fait pas en un jour. Au Maroc, je constate qu’il y a une prise de conscience générale. Après il y a la mise en musique. Mais au départ il y a une volonté. Et il me semble qu’elle existe dans votre pays. Propos recueillis par Mohamed BENABID

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