×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Economie

    Inondations : Agriculture: Des dégâts catastrophiques

    Par L'Economiste | Edition N°:215 Le 01/02/1996 | Partager

    De Tanger à Oualidia, les dégâts occasionnés par les pluies sur les différentes cultures sont très importants. Les producteurs n'hésitent pas à parler de catastrophe, particulièrement pour la pomme de terre ou encore la fraise. Des centaines d'hectares d'agrumes sont submergés par les eaux dans le Gharb. Les cultures de plein champ sont aujourd'hui estimées irrécupérables.


    La sécheresse a passé le témoin à des pluies diluviennes. Celles-ci ont arrosé une grande partie du territoire, pendant plusieurs jours, occasionnant d'importants dégâts. Ce qui devait être un bienfait pour l'agriculture s'est transformé, dans certaines régions, notamment le Centre et le Nord, en un véritable cauchemar. A ce jour, près de 32 communes ont été plus ou moins durement touchées par les inondations. Selon le Comité Central de Suivi de la situation pluviométrique et météorologique, près de 150.000 ha de terres agricoles ont été submergés par les eaux. Les dégâts ne sont pas encore évalués de manière exhaustive, certaines zones sinistrées restant encore difficilement accessibles. Pour autant, le travail continue sur le terrain.
    Interrogés, producteurs et exportateurs reprennent la même litanie: "c'est la catastrophe, nous n'avons plus le moral". Selon eux, les cultures de plein champ, notamment des régions touchées, "ne sont plus du tout récupérables, même si le soleil réapparaît dans les prochains jours". Les variétés tardives (des mois de mars, avril, mai) sont elles aussi en "mauvaise posture".

    Chutes de fruits

    Pour les agrumes, les précipitations ont coïncidé avec la période où les fruits sont en pleine maturité et où la campagne est déjà engagée. Par conséquent, "les intempéries ont causé des dégâts au niveau des récoltes pendantes", explique M. Ahmed Darrab, secrétaire général de l'Association des Producteurs d'Agrumes du Maroc (ASPAM). Et d'ajouter: "nous sommes au coeur de la période où la production est disponible, surtout celle des variétés précoces, c'est-à-dire la clémentine et la navel".
    Par ailleurs, les pluies accompagnées de vents forts et violents ont entraîné d'importantes chutes de fruits, difficilement évaluables.
    Au niveau des principales zones de production d'agrumes, qui s'étendent de Berkane à Taroudant, en passant par Larache, le Grand Gharb, Beni-Mellal/Tadla, Marrakech et le Souss, les plus touchés sont essentiellement le Grand Gharb et Larache. Certains analystes n'hésitent pas à les qualifier de zones sinistrées. Cela vaut plus particulièrement pour le Gharb (Région de Ksiri, Jemâa El Haoufat, Sidi Abdellaziz, Souk Tlata et Sidi Allal Tazi) où plusieurs centaines d'hectares sont aujourd'hui submergés par les eaux.
    Les inondations du Gharb proviennent essentiellement des crues de l'Oued Sebou. Selon le Ministère des Travaux Publics, la crue, du 21 au 27 janvier 1996, dans cette région ressemble à celle observée en janvier 1963. Durant la période du 21 au 27 janvier 1996, le débit de pointe a été de 3.700 m3/s avec un volume de 3.098 millions de m3. Le débordement du volume (400 millions de m3) a provoqué l'inondation d'une superficie estimée à près de 130.000 ha.

    Arrêt des exportations d'agrumes

    "Actuellement, notre crainte découle du fait que les fruits sont gorgés d'eau", indique le secrétaire général de l'ASPAM. Par conséquent, "il faut observer des périodes de réessuyage pour permettre aux fruits de pouvoir progressivement se débarrasser de l'eau et de retrouver un minimum de qualité pour qu'ils puissent être exportés", explique-t-il.
    Lors d'une réunion tenue le 26 janvier 1996 dans le cadre du Comité de Coordination des Exportations, les producteurs et exportateurs ont décidé d'arrêter les exportations d'agrumes entre le 28 janvier et le 2 février 1996 dans la région du Centre. Cette décision concerne tous les départs à partir du port de Casablanca, zone la plus touchée. "Il s'agit d'une décision délibérée et à titre préventif pour permettre aux fruits de se rééquilibrer et de pouvoir être en mesure d'être exportables. Cette décision a été prise malgré que les marchés extérieurs soient actuellement très demandeurs à des niveaux de prix soutenus", souligne M. Derrab. L'augmentation de la demande résulte en partie du fait que l'Espagne a également reçu des quantités importantes de pluies qui ont aussi occasionné des problèmes de qualité et poussé ce pays à réduire ses exportations.

    Aujourd'hui, ajoute-t-il, "nous sommes obligés de faire très attention, car nous sommes astreints au respect de prix d'entrée, prix relativement élevés et que nous ne pouvons obtenir que si nous arrivons sur le marché avec des marchandises de qualité. Dans le cas contraire, nous subissons une pénalité qui est l'équivalent tarifaire".
    Le Sud, toujours concernant les agrumes, a reçu des quantités de pluies suffisantes et la situation n'est pas jugée alarmante. Selon l'APEFEL, particulièrement dans le Souss, près de 30.000 tonnes de navel n'ont pu être exportées. De leur côté, les exportations de clémentines ont subi une réduction d'environ 15.000 tonnes.
    Il est précisé par ailleurs que le port d'Agadir, sur le plan des infrastructures, n'est pas adapté aux conditions météorologiques actuelles. Pour les exportateurs, "ce port n'est pas au diapason de nos besoins".
    S'agissant des primeurs, les vents violents, notamment dans le Centre, indique l'APEFEL, ont causé d'importants dégâts, emporté un grand nombre d'armatures de serres, et les eaux ont submergé des cultures entières. Toujours dans cette région, les pertes pour la pomme de terre dépassent les 70%. Dans le Nord, la catastrophe est jugée plus terrible pour les fraises où 50% de la production est perdue. Le Gharb n'est pas en reste avec, outre les centaines d'hectares d'agrumes submergés, 50% de pertes pour la fraise et 70% pour la pomme de terre.
    Quant aux céréales, aucune indication précise n'a été fournie.


    Meriem OUDGHIRI & Alié Dior NDOUR.



    M. Abdelhadi Hilali, président de
    la Commune de Bouchentouf

    Inondations: Des quartiers
    victimes des égouts

    La commune de Bouchentouf a été la plus sinistrée lors des dernières intempéries. Outre la vétusté des habitations, les dégâts sont dus essentiellement à des problèmes de pente. Les explications de M. Abdelhadi Hilali.


    - L'Economiste: Le territoire relevant de la Commune de Bouchentouf a été le plus sinistré lors des dernières pluies, quel est le bilan des dégâts?
    - M. Hilali: Il est vrai que notre territoire est le plus sinistré. Il y a eu deux morts, un blessé grave et 25 blessés légers. La zone de Kissariat El Hafari, Souk El Gharb, rue de Beni M'Guild a été la plus gravement touchée. Les pertes sont considérables tant pour les habitants que pour les commerçants.
    Le bilan provisoire mentionne neuf maisons complètement détruites. Mais ce chiffre est actuellement dépassé, et de loin, car rien que pour le quartier le plus sinistré de la zone, 12 maisons sont détruites et plus de 120 maisons sont à détruire dans l'immédiat. Mais pour vous donner les chiffres exacts, il faudra attendre le bilan définitif qui va être établi au cours de la semaine.

    - Les habitants parlent de 75% des habitations de la Commune qui doivent être démolies pouisqu'elles ne répondent plus aux normes de sécurité. Est-ce vrai?
    - Ce chiffre n'a pas été avancé par un organe officiel. Les gens qui en parlent se sont certainement basés sur l'ancienneté des constructions. Car effectivement, plus de 75% des logements de la Commune de Bouchentouf ont plus de 50 ans. Il existe des maisons qui datent de 1927 et qui ont été construites dans des conditions anormales. Toutefois, on ne peut pas s'appuyer sur cet argument pour tout détruire. On peut envisager d'autres solutions de réaménagement ou de renforcement. En principe, il faut réviser le plan d'aménagement de la ville pour créer d'abord des quartiers de relève. C'est pour cela d'ailleurs que notre Commune est intervenue auprès du Ministère de l'Intérieur pour reprendre la caserne militaire de Ahmed Sebbar qui fait désormais partie du domaine des Forces Armées Royales; et la prison civile qui relève du Ministère de la Justice. Avec ces deux espaces on peut envisager la construction d'immeubles pour reloger les habitants des vieux quartiers.

    -Revenons aux dégâts des pluies, quelles sont les véritables causes à l'origine des destructions qui ont eu lieu dans votre périmètre communal?
    - Outre la vétusté des maisons se trouvant dans le quartier, Il y a le problème des égouts. En effet, les égouts des deux grands quartiers de notre Commune (l'axe de Beni M'Guild et de la route de Mediouna) donnent sur l'axe d'égouts secondaires qui déverse dans le réseau principal de la zone ouest de Casablanca. Ce réseau décharge plus de 60% des eaux usées et pluviales de la ville de Casablanca, et les autres réseaux ne prennent évidemment que moins de 40%. Le réseau principal Ouest passe par Ben Msik, Sidi Othmane, Aïn Chok, Derb Soltan, Derb Ghallef, Maârif et Bourgogne.

    -Le réseau principal de la zone Ouest de Casablanca est donc surchargé?
    - Pour comprendre le système, il faut raisonner ainsi: le réseau principal des égouts peut donner le feu vert comme il peut donner le feu rouge aux réseaux secondaires qui déversent sur lui. La priorité est accordée aux réseaux qui ont le plus de pente. Et comme les quartiers sinistrés de la Commune de Bouchentouf sont situés en profondeur, leurs réseaux ont laissé la priorité au réseau en provenance de Sidi Othmane. Même ce dernier a perdu de sa pente devant les réseaux de Derb Ghallef, Mâarif et Bourgogne. Ainsi, les réseaux de notre commune ont été obligés d'attendre, voire repoussés vers l'arrière, jusqu'au moment où ils ne pouvaient plus supporter le volume accumulé.

    -Il s'agit alors d'un problème structurel?
    - Il s'agit plutôt d'un problème technique. Car les réseaux ont été faits sur la base des études des années 60. Les réseaux d'égouts déchargeaient essentiellement les eaux usées. Et les quartiers actuellement périphériques de Casablanca étaient presque tous des terrains agricoles qui absorbaient une grande partie des eaux pluviométriques. Actuellement, la ville a carrément changé. Et déjà en 1984, le premier signal d'alarme a sonné. En 1994, et après les premières pluies de cette année, ces quartiers ont été sévèrement touchés, jusqu'à la catastrophe.

    - Est-ce qu'on peut expliquer la situation par un problème d'assainissement des égouts?
    -On peut également parler du manque d'entretien régulier qui reste un problème général puisqu'il se pose pour toute la ville et non pas uniquement à la Commune de Bouchentouf. Les débris qui tombent dans les égouts deviennent avec le temps comme du ciment. Ce qui rétrécit la capacité du réseau.

    Propos recueillis
    par Hicham RAIQ

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc