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Initiatives Emploi: Des assises de plus?
Par Farid ELBACHA, Professeur universitaire

Par L'Economiste | Edition N°:2122 Le 04/10/2005 | Partager

Au moment où le pays est fermement engagé dans un projet de développement humain d’envergure, beaucoup était attendu des assises de l’emploi. Ce n’est pas un hasard si c’est à l’occasion de l’annonce de l’INDH que Sa Majesté le Roi appelait «aussi bien le gouvernement que les différents partenaires à faire des prochaines assises nationales sur l’emploi une occasion propice pour engager un dialogue ouvert et constructif et formuler des propositions concrètes pour enrayer le chômage des jeunes».En effet, au-delà de sa dimension économique, le travail est un point de rencontre privilégié de l’intégration et l’insertion sociales, de lutte contre l’exclusion et la marginalisation et de préservation de la dignité humaine. Le désespoir, les cassures familiales, les haines des jeunes, l’écroulement des valeurs morales et civiques et l’insécurité sont autant de maux qui, pour une large part, ont leur source dans le chômage. L’individu sans travail n’a plus de lien avec la communauté dans laquelle il vit et il perd son sens moral et ce ne sont pas les déploiements et les interventions des forces de l’ordre qui mettront fin à cette situation.. Des solutions classiquesLes assises de l’emploi, en dépit des déclarations officielles, n’auront pas véritablement innové, se contentant de reprendre des solutions classiques qui sentent fortement le réchauffé. Les dispositifs retenus sont pratiquement ceux des premières assises, dispositifs qui avaient rapidement montré leur limite: auto-insertion (promouvoir l’insertion par la création d’entreprises), intermédiation (gestion du marché de l’emploi et mécanismes de rapprochement de l’offre et de la demande) et formation.En effet, la création d’entreprises va encore buter sur les contraintes de l’accès et de l’éligibilité au financement, des lenteurs administratives, du soutien et de l’assistance des porteurs de projets ainsi que l’indisponibilité et/ou de la cherté des locaux. Et ce ne sont pas les 10.000 dirhams qui vont être avancés par l’Anapec, à titre gracieux, et que le gouvernement qualifie de «don» fait aux jeunes, qui vont permettre de dépasser ces contraintes. A défaut de mettre en place une véritable politique active de création d’entreprises, de développer et d’ancrer une véritable culture entreprenariale et donner ainsi tout son sens à la liberté d’entreprendre consacrée par la Constitution, le gouvernement cherche à se blanchir en faisant l’aumône aux exclus du marché et aux malheureux sans travail!Les distorsions entre le système éducatif et de formation et les besoins des entreprises conduisent à valoriser la formation en réaction contre les qualifications insuffisantes ou inadaptées, notamment des jeunes diplômés. Mais la mise en œuvre de cette approche a déjà produit des effets néfastes que les pouvoirs publics ont eu du mal à maîtriser. Des effets d’autant plus limités que les chefs d’entreprises ont brillé par leur manque de mobilisation. On se rappelle que dès l’adoption en 1993 de la loi formation-insertion, qui fixait des mesures d’encouragement aux entreprises organisant des stages de formation-insertion professionnelle, la CGEM avait, dans une déclaration solennelle, lancé «un appel pressant à ses adhérents, entreprises et associations. Et ce, pour faire un effort exceptionnel en consacrant, chacune selon ses possibilités, un quantum de la masse salariale et/ou de ses effectifs à l’organisation de stages de formation-insertion». Les patrons avaient proclamé haut et fort «leur mobilisation pour concrétiser l’appel». On connaît les maigres résultats enregistrés et surtout, par manque de contrôle et de suivi, l’usage qui a été fait de ce dispositif ainsi que ses dérapages: stages de formation détournés de leur finalité et utilisés comme des substituts à l’emploi, stagiaires utilisés comme «simple main-d’oeuvre temporaire à faible coût», taux d’insertion réelle insignifiant, etc. Pour reprendre une formule récemment utilisée par un responsable régional de l’Anapec, le dispositif a permis «d’exploiter les gens en ayant le minimum de contraintes et de charges salariales».. Entreprise citoyenne: Entre discours et réalitéLa promesse qui vient d’être lancée par le ministre de l’Emploi confirme les déboires du dispositif de formation-insertion. Nous allons, a-t-il en effet déclaré, «mettre des contrôles pour voir quelles sont les entreprises qui voudraient profiter des facilités que nous allons accorder pour encourager ce type de recrutement… Nous allons également lutter contre ceux que nous appelons les «entrepreneurs voyous» qui voudraient profiter de ces facilités sans pour autant recruter réellement». L’Etat a-t-il réellement la volonté et les moyens de ce contrôle?! Il est permis d’en douter à la lumière des dérapages constatés et non maîtrisés depuis 1993. Des chefs d’entreprises dépendent aujourd’hui, plus que par le passé, de l’amélioration de la situation de l’emploi et le placement de nombreux stagiaires bénéficiant de mesures publiques incitatives. Leur implication, si elle se réalisait, serait caractérisée par une grande hétérogénéité en fonction de la taille des entreprises, des branches ou secteurs de production ou activité, des besoins en main-d’oeuvre et en qualification. Mais compte tenu des valeurs individualistes qui prévalent dans ce milieu, les chefs d’entreprises ne sont pas assez mobilisés pour contribuer efficacement à la réduction du chômage notamment des jeunes diplômés. Le discours «d’entreprise citoyenne» cache une grande indifférence à l’égard de la question sociale et du chômage. Le thème de l’entreprise citoyenne est souvent exploité à des «fins stratégiques» pour la défense d’intérêts égoïstes. L’Etat, incapable d’améliorer la situation des chômeurs et affaibli par la persistance et la recrudescence des revendications des diplômés chômeurs, se trouve en position de demandeur et place les entreprises dans une position favorable pour solliciter davantage d’exonérations et de faveurs dans le domaine de la fiscalité et davantage de souplesse dans celui de la législation du travail. Il n’est souvent question, pour nos chefs d’entreprises, que de gain et de productivité. Il n’est pratiquement question, dans le rapport moral de la CGEM pour l’année 2005, que de «fiscalité, coûts de facteurs, de justice des affaires, de réglementation,…». Même au registre des relations avec les partenaires sociaux, il ne s’agit que de «faire entendre la voix de l’entreprise». L’écart entre le discours et l’action ne peut pas se creuser indéfiniment au risque de menacer tout l’édifice. Il est d’une «impérieuse nécessité» que les chefs d’entreprises, faisant preuve d’esprit patriotique et ayant véritablement le sens de l’entreprise et de la responsabilité, contribuent réellement au jihad social auquel a appelé le Souverain.


Pour une gestion plus rationnelle du marché de l’emploi
La variable «intermédiation» est déterminante. Il n’y a pas de politique active de l’emploi sans une gestion rationnelle de l’offre et de la demande. Or, ce n’est pas en régionalisant l’Anapec ou en la dépouillant de certaines de ses prérogatives au profit du secteur privé que le marché de l’emploi verra sa gestion rationalisée. Le choix institutionnel de l’Anapec ne lui a pas permis de rompre avec la logique de puissance publique et l’image de marque défavorable attachée aux bureaux de placement. La gestion de l’agence ayant demeuré plus affaire de l’administration que des partenaires économiques et sociaux pourtant directement concernés par la gestion du marché de l’emploi. Les assises de l’emploi devaient dès lors être l’occasion d’une réflexion en profondeur sur la conception même qui a présidé à la mise en place de l’Anapec et de manière plus essentielle sur la place et le rôle des différents acteurs dans la mise en œuvre des politiques de lutte contre le chômage. Comment réagir en effet face à la fragmentation du tissu institutionnel d’intervention qui s’annonce avec l’implication de l’Anapec, des centres régionaux d’investissement, des Chambres de commerce, de l’Agence nationale de promotion de la PME, … Quid des ruraux et des demandeurs d’emploi non qualifiés, exclus des interventions de l’Anapec? Il est regrettable qu’un tel débat ait été éludé!

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