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Inde/USA, les dessous d’un accord
Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

Par L'Economiste | Edition N°:2426 Le 20/12/2006 | Partager

Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet dont «La guerre au XXe siècle», Hachette 2003; «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad», Editions Complexe, 2004 (Ph. Cherkaoui)L’ambiance est électrique; la mode est nucléaire. Nombre d’Etats songent à s’équiper de centrales non polluantes tant la peur de manquer d’énergie les stimule. Les Etats-Unis viennent de vendre à la Chine quatre centrales nucléaires. «Ce seront les plus modernes du monde», selon la société Westinghouse, acquise cette année par le japonais Toshiba. Et pour cause! Seuls des plans ont été montrés aux Chinois. Aucun exemplaire de ce nouveau type n’a encore été construit. Ce contrat survient une semaine après que le président Bush a adressé au Congrès un projet de loi sur la fourniture à l’Inde de produits nucléaires. Ce texte contredit la loi américaine sur l’énergie atomique (U.S. Atomic Energy Act), laquelle interdit aux Etats-Unis de vendre des matériels de cette nature à un pays n’ayant pas ratifié le traité de non prolifération(1). Le Congrès devrait pourtant y consentir. Auquel cas, l’Inde accéderait commodément à du combustible nucléaire et aux centrales correspondantes. Encore faut-il que le Congrès ne compromette pas l’accord en l’assortissant de clauses inacceptables pour l’Inde, et que New Delhi consente à laisser inspecter ses réacteurs civils et à ne pas reprendre ses essais nucléaires. Cependant, la conclusion d’un tel accord, négocié 16 mois durant, importe beaucoup pour une diplomatie américaine plutôt en perte de vitesse ces derniers temps. L’enjeu est de taille, non pas seulement économique et commercial, mais aussi politique et stratégique.Comme la Chine, l’Inde est une grande puissance en train d’éclore, tout aussi dépourvue de pétrole. Le travail de son milliard d’habitants aboutit à faire de ce pays en 2006 le dixième de la planète en terme de PNB. Jamais le sous-continent indien n’avait connu une croissance aussi soutenue, 8% depuis trois ans, sans signe apparent d’essoufflement. La classe moyenne indienne serait passée de 4,5 millions de personnes en 1996, à 60 millions dix ans plus tard, beaucoup plus selon certains(2). Toutes les études de marché mentionnent des perspectives impressionnantes. Que les Etats-Unis se précipitent pour offrir leurs services ne saurait surprendre; ainsi veulent-ils, par exemple, se constituer un client pour leurs industries d’armement - un contrat de 126 avions de combat pour 6 milliards de Dollars est en cours de négociations -,  avec l’idée de remplacer la Russie comme premier fournisseur de l’Inde. L’objectif de la Maison-Blanche est aussi stratégique. A côté de la vente de centrales et d’avions, mieux qu’un rééquilibrage marginal de sa balance commerciale, Washington entend obtenir de l’Inde qu’elle soit:- un allié dans la lutte contre le terrorisme islamique; - disposée à servir les intérêts américains dans l’océan Indien;- suffisamment armée pour équilibrer la puissance militaire de la Chine;- prête à aider les Etats-Unis à contenir les ambitions nucléaires militaires de l’Iran. Au temps de la guerre froide, une telle politique eut été illusoire. Nonobstant son non alignement, l’Inde était très proche de l’URSS, alliance de revers logique face à ses deux adversaires historiques, Chine et Pakistan. De son côté, Washington avait besoin du Pakistan pour contrer Moscou. La fin de l’opposition Est/Ouest a rendu ce calcul périmé. Rien n’empêche plus Washington de s’allier avec l’Inde. Avant le 11-Septembre, déjà, l’Union indienne était aux côtés des Etats-Unis dans le Golfe arabo-persique; depuis 2001, les excellents rapports entre les deux pays aident Washington à faire pression sur le Pakistan, dont l’ardeur à lutter contre le terrorisme islamique a sans cesse besoin d’être ranimée.. Une concurrence dangereuseL’affaire n’est pas sans risques, en particulier ceux liés à des transferts de technologie, comme ceux consentis à la Chine(3). Pour l’emporter sur le français Areva, Westinghouse n’aurait pas lésiné. La Chine pourrait devenir à terme un concurrent sur l’énorme marché des centrales. L’Inde également. De plus, l’on redoute que l’accord avec elle apporte une contribution, indirecte mais réelle, au développement des installations nucléaires militaires indiennes, non soumises à inspections. L’Inde, en effet, ne produit pas suffisamment d’uranium enrichi pour usiner des bombes et alimenter des centrales. L’accord avec les Etats-Unis lui permettrait de consacrer sa production domestique au développement de son seul armement nucléaire et d’importer tout l’uranium enrichi nécessaire pour alimenter ses centrales actuelles et surtout futures. D’un autre côté, ces projets vont se heurter à une réalité politique tangible: l’Inde est jalouse de son indépendance. Pas question pour elle de renoncer à d’éventuels essais nucléaires! Or un article de la loi soumise à l’aval du Congrès, interdit d’exporter en Inde du matériel nucléaire si New Delhi procède à de nouveaux tirs. Les savants atomiques indiens et l’état-major sont furieusement opposés à tout moratoire des essais. Pour eux, cette condition, si elle devait être maintenue, empêcherait toute conclusion de l’accord envisagé. Le département d’Etat va donc devoir jouer serré face à un double obstacle, un Congrès hésitant, une Inde décidée à demeurer maîtresse de son destin, y compris nucléaire, même si elle est très tentée de s’entendre avec l’Amérique. Des mois de négociations seront encore nécessaires pour aboutir et leur résultat devra être à nouveau avalisé par le Congrès. Mais les deux partenaires semblent tellement déterminés à conclure cet accord que le moment où l’Inde fera l’acquisition de centrales nucléaires, Westinghouse n’est peut-être pas tellement éloigné. Sauf, bien sûr, si des difficultés majeures de construction des centrales chinoises, toujours possibles, devaient intervenir.


L’Inde toujours pauvre

«L'ancienne colonie britannique est encore loin d’être un pays développé, notamment à cause des difficultés de son agriculture et la faiblesse de ses infrastructures», a prévenu dimanche le Premier ministre Manmohan Singh. La croissance est la 2e du monde, juste derrière la Chine, 9,2% au troisième trimestre 2006 sur un an. Mais le secteur agricole, qui fait vivre les deux tiers du 1,1 milliard d’Indiens, ne progresse en moyenne que de 2% par an depuis une dizaine d’années. Quelque 300 millions d’Indiens vivent avec moins de 1 dollar par jour, avait rappelé fin novembre, Sonia Gandhi, présidente du Parti du congrès au pouvoir.-----------------------------------------------------------------------(1) La Chine a signé et ratifié le TNP.(2) Le Monde 2, n°148, 16-22 décembre 2006(3) Keith Bradsher, U.S. Technology to build Nuclear Plants in China, The New York Times, 18 décembre 2006

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