Société

Incendie de Lissasfa
Un mégot, une éponge, de la colle…

Par L'Economiste | Edition N°:2772 Le 08/05/2008 | Partager

. Le témoignage de l’ouvrier qui serait responsable de l’incendie. Le patron et son fils en détention préventive LE procès des responsables de l’incendie de Lissasfa «enflamme» le tribunal de 1re instance (TPI) de Casablanca. La deuxième audience qui a eu lieu le 7 mai au pôle délictuel, a connu la présence des familles de toutes les victimes (55 morts et 12 blessés) de l’incendie de l’usine Rosamor ameublement. En plus des vingt avocats qui soutiennent les victimes et leurs ayants droit qui se sont constitués partie civile. L’audience qui a été couverte par plusieurs médias internationaux, n’a pas duré longtemps. Et pour cause, la défense a réclamé un délai pour étudier le dossier. La Cour a accédé à la requête des avocats en reportant l’examen de l’affaire au 14 mai. Dans le rapport de la Police judiciaire, dont L’Economiste détient copie, Abdelali Moufarih, patron de Rosamor ameublement, explique qu’il était présent lorsque l’incendie s’est déclenché. «Les deux portes d’entrée n’étaient pas fermées. Mais l’accès à ces portes a été bloqué par les flammes de l’incendie qui s’est propagé à une grande vitesse», se souvient Moufarih. Selon lui, 156 personnes travaillaient ce samedi-là à l’usine. S’il a été poursuivi pour manquement aux règles de sécurité d’une unité industrielle, le patron de Rosamor rejette la responsabilité directe de l’incendie. Une position que son avocat n’aura certainement aucun mal à défendre, puisque c’est un ouvrier qui en revendique la responsabilité. En effet, c’est Hicham Moukafih, un jeune ouvrier de 31 ans qui a avoué avoir été à l’origine de l’incendie. «Ce jour-là, j’ai commencé le travail à 8 h du matin. J’étais dans la mezzanine de l’usine puisque c’est là où je travaille avec mon collègue Hassan El Falah», se souvient Moukafih. «Vers 10h30, poursuit-il, j’ai allumé une cigarette Marquise. Lorsque j’ai terminé de fumer, j’ai posé la cigarette sur la table de travail. Quelques secondes après, et oubliant que la cigarette était encore allumée sur la table, j’ai déposé sur cette même table une éponge de deux mètres de long». Le feu prend alors et les deux collègues essayent de l’éteindre, mais c’était peine perdue puisque la table, ou il y avait de la colle, prit également feu. Conscients de la gravité de la situation, les deux employés décident de jeter l’éponge en feu au rez-de-chaussée. «En faisant ce geste, nous voulions faire d’une pierre deux coups. D’une part, cela allait nous permettre d’éteindre le feu qui consumait la table à cause des bouteilles de colle, et rapprocher l’éponge en feu des extincteurs qui se trouvaient au rez-de-chaussée, d’autre part», explique Moukafih. Le jeune ouvrier a admis avoir violé le règlement interne de l’usine qui interdit de fumer dans tous les ateliers, en raison de la présence de plusieurs produits inflammables. A quelques exceptions près, la version de Moukafih est confirmée par son collègue de travail Falah. Dans ses déclarations à la PJ, Falah, 31 ans aussi, affirme qu’il a quitté la mezzanine verte 10 h pour chercher les mesures des fauteuils dans un autre atelier, mais toujours dans la même usine. «Lorsque je suis revenu à la mezzanine, j’ai surpris Moukafih en train de fumer un joint. Ce dernier n’était pas encore éteint lorsqu’il l’a posé sur la table. Dans un moment d’inattention, Moukafih a mis une éponge longue de deux mètres sur le joint et le feu a pris instantanément», souligne l’ouvrier. Celui-ci explique, par ailleurs, que l’opération d’évacuation qui a été mise en place par ses collègues après le déclenchement de l’incendie, a été beaucoup perturbée par les fauteuils qui encombraient les escaliers. «Ceux-ci sont larges de deux mètres, mais ils étaient encombrés par les fauteuils que nous entreposions dans ces mêmes escaliers sur ordre de la direction», indique l’ouvrier. Après avoir été mis en garde-à-vue par les agents de la PJ, Falah a été libéré et aucune charge n’a été retenue contre lui. Le patron, son fils et l’ouvrier Moufarih ont, en revanche, été mis en détention préventive. Il sont poursuivis pour plusieurs chefs d’inculpation tel que l’homicide et les coups et blessures involontaires, manquement aux règles de sécurité ou encore la non-assistance à personne en danger.


29 femmes et 26 hommes ont péri

C’EST officiel. L’incendie de Lissasfa a fait 55 morts et 12 blessés. Un communiqué du procureur général du Roi près la Cour d’appel de Casablanca répartit le nombre des décès en 29 femmes et 26 hommes. Selon le ministère public, «l’identification par sexe des victimes a été menée en coordination avec les médecins relevant de l’Institut de la médecine légale et des experts en ADN».Naoufal BELGHAZI

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