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Impressions de voyage: Paupérisation et bourgeoisie insultante

Par L'Economiste | Edition N°:2084 Le 11/08/2005 | Partager

APRÈS les attentats de Casablanca, une campagne d’affichage a fleuri dans les villes, illustrée par une main de Fatima et accompagnée de la légende «Touche pas à mon pays» .Pourtant, d’une manière ou d’une autre, il va falloir y toucher à ce pays. De retour en France, j’ai envie d’écrire: «Maroc, ton pays fiche le camp». A dix ans d’intervalle, que de signes criants de paupérisation du monde rural, que de signes de plus en plus insultants à son encontre émis par la bourgeoisie.Maintenant que nombre de religieux sont devenus radicaux et que les notables ruraux se sont déconsidérés, comment votre système va-t-il durer?Dans le grand sud, les palmeraies dépérissent, soit parce que les palmiers sont malades, soit parce qu’ils sont transplantés dans les villes. De plus, la sécheresse sévit.C’est la première fois que de vieux hommes me demandent l’aumône, c’est la première fois que des pères de famille me demandent des vêtements pour leurs enfants, avant de proposer de partager le thé ou le couscous.Plus au nord, deux ans après le départ des derniers Français, en 1970, la région de Sidi Slimane, cette riche plaine agricole du Gharb, alors plantée d’orangeraies à perte de vue, irriguées par d’innombrables réseaux de séguias, étalait sa richesse. Aujourd’hui, les orangeraies ont disparu, les réseaux d’irrigation ne sont plus entretenus, les ruraux n’ont plus de travail. La grande majorité des jeunes fument du kif ou se saoulent à la bière (on entre dans un bar pour se saouler et non pour boire un verre entre copains!).Que vont faire ces jeunes? Rester miséreux à la campagne ou devenir miséreux dans les bidonvilles? Féodalisme persistantPlus encore à Fès qu’à Marrakech, le monde le plus moderne se juxtapose au moyen âge; on y devine la société féodale qui y perdure. Mais l’allégeance féodale s’est pervertie en corruption généralisée, sous toutes ses formes: simonie, clientélisme, népotisme, prévarication.Malgré la volonté exprimée par le Roi, rien ne peut changer sans la mise en place d’une équipe d’incorruptibles, qui imposerait d’autres mentalités. Voici quelques tout petits exemples de cette corruption au quotidien:- A Fès, une clinique est ravitaillée en médicaments de première urgence chaque vendredi; dès le samedi soir, sa pharmacie est entièrement pillée;- A Volubilis, la municipalité de Meknès organise son festival d’été avec les fonds prévus pour la remise en valeur et la préservation du site;- A Tineghir, l’exceptionnel site des Gorges du Todra est défiguré par l’implantation de deux hôtels au beau milieu du défilé;- En passant à Midelt, j’y ai appris qu’une épidémie de typhoïde sévissait dans un proche village; encore une histoire de puits pollué qui ne dérange pas le directeur de l’Office national de l’eau. Mais, 90% de l’humanité vivent encore de nos jours, sous le joug de ces règles, me répondrez-vous!Oui, mais à notre porte, c’est d’autant plus choquant que la contamination y est toujours à l’état endémique; observez la progression du chancre, via les réseaux d’écoulement du cannabis.Mi-juillet, un quotidien titrait: «Y aura-t-il une affaire Hassan Chami?» L’Economiste du 1er août titrait en page Politique: «Gouvernance économique: la polémique reprend».On y apprenait que Hassan Chami n’avait pas été invité à la Fête du Trône du samedi 30 juillet, et le ministre délégué à l’Intérieur y affirmait qu’il n’y avait pas de main occulte. M. Chami n’a fait que dénoncer avec prudence de réels problèmes au sein du gouvernement. En le désavouant, le Palais s’est coupé l’herbe sous les pieds. Comment lutter contre la corruption maintenant? Est-ce en reproduisant l’efficace méthode qui consista à embastiller Fouquet jusqu’à la fin de sa vie? Mais alors, tous les gouverneurs de Province sont à embastiller. La bourgeoisie fassie a abandonné la médina, au profit du borj, sur la route d’Ifrane, où de splendides palais flambants neufs ont poussé. Et pourtant, sans l’aide de cette bourgeoisie et des élites, la médina ne sera pas sauvée; ce travail est trop colossal pour être réalisé par les seuls amoureux de la ville. Le palais du Glaoui est, à mon sens, déjà perdu.Tout comme l’est déjà le ksar du frère de Moulay er- Rachid à Rissani, berceau de l’actuelle dynastie.Réformer ou exploserLes islamistes radicaux commencent à «irriguer» le sud, et ce ne sont pas les inscriptions en cailloux blancs à flanc de coteaux qui endigueront leur influence («Allah l’unique, un Peuple, un Roi», peut-on lire). Je ne donne plus dix ans à votre pays pour se réformer ou exploser. D’ici-là, ami touriste, profite de ce si beau pays tant qu’il est encore beau, à la condition de le respecter, et en cessant de choquer sa pudeur si traditionnelle. Par ailleurs, n’oublie pas qu’un ouvrier chanceux travaille 44 heures par semaine pour un revenu mensuel proche de 1.800 dirhams (moins de 180), lorsque les moins chanceux, proches de la condition de servitude, obtiennent 600 DH mensuels (une Renault Clio de base, fabriquée en Turquie, coûte 90.000 DH).Un dernier mot: sans compter les innombrables problèmes de pollution du sol et de l’eau, entre les centaines de tonnes de sacs en plastique envahissant les campagnes et les périphéries des grandes villes, et les constructions anarchiques et laides, la Fondation Mohammed VI pour la Protection de l’Environnement a du pain sur la planche.Par Olivier LAVABRE, touriste

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