×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Culture

    Impact et implications de la hausse du pétrole
    Par Kamal Sebti, Administrateur et gestionnaire de contrats; Kuwaiti Burhan-Maroc

    Par L'Economiste | Edition N°:2165 Le 06/12/2005 | Partager

    Le prix du baril de pétrole brut est passé en moyenne de 26 dollars en 2002 à 60 dollars en 2005. C’est le prix le plus élevé jamais atteint par le brut en chiffres réels (sauf le choc pétrolier de 1979). Ce niveau de cours s’explique en grande partie par la forte croissance économique de l’Asie. Alors que la demande mondiale de pétrole s’est accrue de 1,3% par an entre 1990 et 2003, la consommation de la Chine et de l’Inde progressent de 7% chaque année. Avec la forte croissance économique que connaissent ces deux pays, on peut s’attendre à la persistance d’une forte demande de pétrole donc des cours élevés. Cela est confirmé par les contrats à terme pour livraison décembre 2005 et décembre 2006, qui dépassent les 60 dollars le baril. L’Afrique comptait 18 pays producteurs de pétrole en 2003. Les 5 premiers producteurs (Nigeria, Algérie, Libye, Angola et Egypte) représentent plus de 80% de la production du continent. Du fait de la forte concentration de la production, les avantages éventuels de la hausse actuelle des cours du pétrole iront à quelques pays. La production africaine de pétrole est en grande partie exportée, la part consommée sur place étant à peine de 26%. Curieusement, l’Afrique est aussi grande importatrice de produits pétroliers. Elle importe 39% de ses besoins d’énergie, contre 19% en moyenne pour le reste du monde. Ce déséquilibre est en partie imputable à la très faible capacité de raffinage du continent (3,6% de la capacité mondiale). Au total, 39 pays africains sont importateurs nets de pétrole. Ils ressentiront les effets négatifs de la hausse.. La politique financière devient plus difficileLes implications pour les pouvoirs publics ne sont pas minces. Les banques centrales pourraient être tentées de resserrer la politique monétaire en réaction aux poussées inflationnistes induites par la hausse des prix du pétrole. Les chocs pétroliers passés ont entraîné de fortes hausses des taux d’intérêt qui ont fragilisé l’investissement intérieur, poussé davantage les pays dans la récession et provoqué la stagflation. En outre, le creusement du déficit budgétaire, conjugué à l’accroissement des dépenses publiques lié à la consommation de pétrole par les entités publiques, peut inciter les autorités à recourir à la création monétaire pour financer les dépenses supplémentaires. Ce type de politique pourrait être lourd de conséquences. Il vaut mieux adopter une politique non-inflationniste, afin d’éviter l’inflation galopante et de préserver la crédibilité monétaire. Il n’est pas indiqué de dévaluer en cette période de hausse des prix du pétrole, parce que cela aurait pour effet d’accroître encore davantage les prix intérieurs des produits pétroliers. De plus, dans les pays africains fortement endettés, la dévaluation alourdirait encore plus le fardeau de la dette extérieure. La hausse du pétrole alourdit la facture énergétique libellée en dollar et accentue les déséquilibres de la balance des paiements. En d’autres termes, les réserves de change étant limitées, un certain nombre de solutions s’offrent aux pays consommateurs de pétrole. Ils peuvent réduire leurs importations de pétrole, mais comme la demande de pétrole est très peu élastique à court terme, ils peuvent opter pour la réduction d’autres importations. Une telle démarche peut nuire à la croissance économique, surtout si ce sont les importations de biens d’équipement qui sont visées. Une autre possibilité serait de puiser dans les réserves de devises, si l’on croit que la hausse des cours du pétrole est temporaire. Les pays importateurs de pétrole pourraient aussi essayer de trouver des devises pour combler le déficit et financer la facture énergétique. Toutefois, l’obtention de ces fonds sur les marchés privés ou auprès de sources bilatérales et multilatérales (par exemple sous forme d’appui à la balance des paiements) doit concorder avec la viabilité à moyen terme et une bonne gestion de la dette. Pour les pays fortement endettés, la seule solution pour combler le déficit de financement, sans hypothéquer la croissance, est d’obtenir des dons ou des prêts hautement concessionnels.Les actions du gouvernement doivent être adaptées aux spécificités du pays. Le gouvernement doit mobiliser la communauté internationale afin qu’elle octroie des ressources supplémentaires au pays. L’importateur ayant de faibles réserves en devises et un accès limité aux financements étrangers aura besoin d’une aide plus importante, dans la mesure où il est plus vulnérable aux déséquilibres de la balance des paiements. Le pays pourrait également être confronté à la baisse des recettes publiques, ce qui nécessiterait la mobilisation d’un appui budgétaire. Pour faire face à la hausse des prix du pétrole, il faudra combiner les réformes au financement extérieur et les banques de développement (Banque Mondiale, BAD, BEI, BID, FADES, FKW, etc) peuvent apporter leur appui dans ces deux domaines. Le principal moyen d’y parvenir est l’octroi de prêts à l’appui de réformes à décaissement rapide sous forme d’appui à la balance des paiements ou d’appui budgétaire, qui sont généralement accordés pour combler un déficit de financement et aider à la stabilisation macroéconomique ou pour mettre en œuvre certaines politiques dans le pays. Le renforcement de l’assistance technique et les analyses constituent également d’autres volets importants de l’action de ces banques (mais aussi l’expertise locale) qui visent à actualiser les études diagnostiques, à renforcer les capacités du pays pour lui permettre de répondre efficacement à la hausse des prix du pétrole et, ce faisant, à consolider les concours financier de ces banques. Celles-ci doivent également appuyer les projets de mise en valeur des sources d’énergie de substitution. A cet égard, elles doivent plaider pour le financement de grands projets comme la construction des projets autoroutiers, les projets ferroviaires et les grands projets d’infrastructure. En outre, ces banques devraient favoriser la participation du privé à ces initiatives en vue de reconnaître la place de ce secteur considéré comme l’un des moteurs de la croissance et comme le principal producteur et négociant de biens et services.


    Des palliatifs apparaissent

    Les cours actuels du pétrole devraient servir de signal pour réduire la dépendance. Des technologies à moindre coût peuvent être utilisées. La première solution est le mélange du pétrole-éthanol; comme cela se fait au Brésil. Une autre solution, en cours d’expérimentation dans certains pays d’Afrique subsaharienne, consiste à utiliser de l’huile de jatropha (biodiesel de jatropha) comme substitut au pétrole lampant (gasoil). Il est, toutefois, peu probable que ces solutions soient concrétisées à court terme. En outre, les pays importateurs de pétrole auront besoin de l’assistance technique et du concours des donateurs et des pays développés pour mettre en œuvre ces politiques de remplacement du pétrole.


    Des effets ravageurs et bien peu d’avantages

    La hausse des prix fera sentir ses effets par le ralentissement économique, la poussée de l’inflation, l’aggravation de la pauvreté, le déséquilibre de la balance des paiements et des finances publiques.Activité économique et croissance: La hausse accroît le coût de nombreux produits intermédiaires et les coûts globaux de production. Les entreprises peuvent être ainsi amenées à réduire l’offre globale et leur demande de main-d’œuvre. L’augmentation des coûts peut réduire les profits et capacités d’investissement. De plus, la demande de pétrole étant très peu élastique à court terme, les consommateurs sont obligés de réduire leur consommation d’autres biens et services pour payer leur facture d’énergie. Ces effets de prix et de volume ont pour conséquence de freiner l’activité économique et l’économie peut entrer en phase de récession, caractérisée par un taux de chômage élevé et l’accentuation de la pauvreté.Inflation: Selon la BAD, les cours actuels entraîneraient une hausse de l’inflation de 1,3% en 2005 et de 2,6% en 2006. Les poussées inflationnistes devraient varier considérablement d’un pays à l’autre, en fonction de la dépendance à l’égard du pétrole. L’inflation importée sera plus prononcée dans les pays fortement tributaires du pétrole importé et où il constitue un important facteur dans la production globale.Pauvreté: Au moment où le Royaume s’engage dans un ambitieux programme social (INDH, microfinance, AMO, etc, la détérioration de l’emploi et les poussées inflationnistes amenuiseront le pouvoir d’achat des pauvres. Ces derniers seront affectés par la hausse des prix du pétrole lampant utilisé pour la cuisine et l’éclairage. Ils seront également touchés par l’augmentation des frais de transport. Il va sans dire que les frais de déplacement augmenteront, tout comme les frais d’acheminement des produits sur le marché, surtout dans les économies agricoles. De même, le prix des produits de première nécessité importés devrait augmenter si le transport est un facteur important de leur coût. Une fois de plus, ce sont les pauvres qui auront à payer le prix fort.Finances publiques: Le budget sera mis à rude épreuve, en ce qui concerne aussi bien les recettes que les dépenses. Les dépenses pourraient augmenter si les pouvoirs publics subventionnent les produits pétroliers ou des programmes axés sur une utilisation intensive des produits pétroliers. Par exemple, les pays où les transports publics sont subventionnés seront confrontés au dilemme d’accroître la part de leur budget consacrée au secteur du transport ou de répercuter le surcroît de coût sur les usagers. La première option reviendra à réduire les dépenses destinées aux autres programmes gouvernementaux ou à creuser les déficits budgétaires, ce qui devrait alourdir l’endettement si le déficit est financé par l’emprunt. Au cas où la seconde option serait retenue, la majeure partie du coût retombera sur les pauvres. Une période prolongée de prix élevés du pétrole posera donc le problème de l’accessibilité économique et de la viabilité de ces subventions et des politiques dont le coût est en grande partie tributaire du pétrole.Les subventions aux services publics: Elles aggravent le déficit budgétaire global de l’Etat après une période prolongée de prix élevés du pétrole. Dans beaucoup de pays, l’électricité est produite à partir du pétrole. Si les tarifs d’électricité sont fixés à un niveau inférieur au coût de production et ne peuvent être modifiés rapidement, l’Etat devrait supporter les dépenses additionnelles. S’il ne dispose pas des ressources nécessaires (si par exemple ses réserves de change sont trop faibles), il pourrait être amené à recourir à des délestages. Ces derniers peuvent avoir des effets néfastes sur l’activité économique. En outre, l’État devra lui-même supporter une facture énergétique plus élevée du fait de ses propres activités et de celles des sociétés publiques.L’assiette fiscale: Elle sera érodée si les bénéfices des entreprises consommatrices de pétrole diminuent et le chômage augmente. Dans ces conditions, il n’est pas sûr que l’accroissement du taux d’imposition se traduise par une augmentation des recettes fiscales. Une telle politique ferait supporter par le secteur privé le poids de la hausse des prix du pétrole et introduirait des distorsions dans le comportement des consommateurs. La hausse peut cependant procurer des avantages financiers inattendus si les recettes tarifaires et fiscales sur le pétrole augmentent du fait de la valeur nominale plus élevée des importations de pétrole. Même si cela constitue une bonne chose pour le Trésor à court terme, des droits pétroliers ad valorem produisant des recettes supplémentaires de cette manière ne feraient qu’accentuer les effets négatifs de la hausse des prix du pétrole sur l’activité économique. En outre, le résultat net sur les recettes publiques est difficile à quantifier si l’alourdissement de la facture énergétique conduit les consommateurs et les entreprises à se détourner d’autres importations génératrices de recettes fiscales élevées.Le déficit de financement et problème de la dette: Face à des problèmes de la balance des paiements, les pays africains non producteurs de pétrole dont le Maroc pourraient être contraints de réduire leurs importations. En l’absence de réserves de change suffisantes ou d’endettement extérieur, la contraction de la consommation intérieure et de l’investissement ne feront qu’affaiblir davantage l’activité économique. Les pays recourant à l’endettement extérieur pour financer leur déficit budgétaire devront assurer un service de la dette plus élevé et pourraient, à l’avenir, connaître des problèmes de soutenabilité de la dette.


    Casse-tête budgétaire et pauvreté

    SELON les indications disponibles, l’un des outils les plus directs dont disposent les pouvoirs publics pour protéger les pauvres des effets de la hausse des prix du pétrole consiste à subventionner le pétrole lampant. Ils peuvent aussi subventionner les transports publics. Malgré les nombreuses pressions qui semblent s’exercer en ce sens, peu d’éléments militent pour une subvention généralisée. Premièrement, il y a de bonnes raisons d’imposer, plutôt que de subventionner le pétrole, à cause des externalités négatives générées par son utilisation qui ne sont pas intégrées par le marché. Ensuite, ces subventions ne profitent pas davantage aux pauvres qu’aux riches. Les subventions ont l’inconvénient de mettre à rude épreuve les finances publiques, plus particulièrement en cas de persistance des prix élevés du pétrole. Elles devront être financées en augmentant l’impôt ou en recourant à l’emprunt extérieur, ce qui alourdira l’endettement. C’est dire combien l’action budgétaire discrétionnaire devrait être limitée, dans la mesure où il pourrait se révéler difficile d’y mettre un terme plus tard. Enfin, des transferts de revenus en faveur des pauvres pourraient être effectués s’il est possible de les identifier correctement et à condition d’en avoir la capacité administrative. Les pays importateurs de pétrole doivent empêcher que les pauvres s’appauvrissent davantage. Ils doivent s’attacher à mettre en œuvre des mesures correctives, qui ne compromettent pas leur situation budgétaire, et combler les déficits de financement créés par la hausse des prix du pétrole. La communauté internationale doit aider les pays importateurs de pétrole dont le Maroc, en leur apportant un appui budgétaire, en finançant leur déficit budgétaire, et les mesures visant la réduction de la pauvreté. Compte tenu des signes qui donnent à penser que la hausse actuelle des prix du pétrole va probablement durer, une assistance soutenue est nécessaire de la part des bailleurs de fonds pour éviter que la bonne croissance économique, mais surtout les progrès sociaux enregistrés récemment ne soient compromis.

    Retrouvez dans la même rubrique

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc