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    Huile et graisse hydrogénées : Margariniers, biscuitiers et chocolatiers réagissent à la demande de protection de Baltimar

    Par L'Economiste | Edition N°:143 Le 01/09/1994 | Partager

    La première huile hydrogénée fabriquée localement a du mal à s'imposer. La demande de protection effectuée par Baltimar, le seul industriel de la place, a soulevé le tollé des utilisateurs de graisses et d'huiles hydrogénées. Ils s'expliquent.

    Les utilisateurs de graisses végétales et animales qui sont les margariniers, les confiseurs chocolatiers et les biscuitiers, ont réagi en bloc à la demande de protection effectuée par Baltimar(1), Cette dernière, qui a démarré son activité de production de graisses alimentaires hydrogénées au courant du mois de juin, a sollicité une protection pour ce marché. Sur ce secteur, l'entreprise est pour l'heure la seule implantée et opérationnelle. En tant qu'hydrogénateur d'huile, Baltimar estime anormal que l'huile raffinée bénéficie d'un taux de protection tarifaire de 32,5%, la margarine de 35%, alors que le produit intermédiaire qui est l'huile hydrogénée n'est taxée qu'à 7,5%. Le Ministère du Commerce et de l'Industrie est favorable à la protection de ce secteur, mais le débat tourne toujours autour du niveau de cette protection. Celle-ci ne devrait pas excéder 25%, selon un responsable du MCI.

    Les responsables de Baltimar rappellent que la protection est demandée non seulement pour leur entreprise, mais pour tout le secteur des matières grasses hydrogénées. Selon M. Nascer Tazi, promoteur du projet, la décision d'investir dans cette activité avait été prise suite à une promesse des pouvoirs publics d'accorder la protection à ce secteur.

    Pour les industriels utilisateurs de graisses végétales et animales du secteur, cette demande de protection est un "non-sens" et ce, pour plusieurs raisons.

    Celle-ci est considérée comme "trop générale", pour une entreprise qui a justifié, selon eux, sa demande sur le principe de la valorisation de l'activité spécifique de l'huile de poisson. Or ce type d'huile n'est pas utilisable par certaines industries comme celles de la biscuiterie et de la chocolaterie, d'après les professionnels. Ces entreprises ne travaillent leurs produits qu'à partir de matière première d'origine végétale. D'ailleurs, la législation "interdit d'utiliser le terme de "chocolat" dans la communication pour ne pas tromper le consommateur. Elle impose la dénomination de "végécao", précise un responsable d'Aiguebelle, représentant du secteur chocolatier.

    Concernant les biscuitiers, l'argument est contesté par le représentant de Baltimar. Il rappelle que les grands biscuitiers internationaux utilisent dans leur préparation des graisses animales en plus des graisses végétales. Or, la graisse animale autorisée par la religion musulmane contenue dans les biscuits importés est l'huile de poisson. Des biscuits français comme "Leader Price" comprennent dans leur préparation 100% de graisse animale avec la mention: "huile de poisson" sur l'emballage. La marque de biscuit espagnol "Cuetard" fortement consommée localement contient aussi des graisses animales. La biscuiterie allemande et hollandaise comprend également dans ses ingrédients les deux types de graisse.

    Baltimar souligne toutefois que l'activité de l'entreprise est avant tout la production de graisses alimentaires hydrogénées. L'huile de poisson n'est que l'une des matières utilisées, bien qu'elle constitue 80% des besoins des margariniers.

    Par ailleurs. Baltimar est "polyvalente. En effet, elle peut hydrogéner non seulement ce type de produit mais aussi les huiles végétales raffinées localement (colza, soja, coton, tournesol)", souligne M. Fethlah, responsable de Baltimar. Il poursuit : "notre activité est répartie à parts égales entre l'hydrogénation de graisses animales et végétales".

    De leur côté, pour leurs approvisionnements, les importateurs s'adressent à des marchés différents pour répondre à leurs besoins spécifiques. "Une même société peut importer des matières grasses de différentes origines pour préserver la diversité des produits multiples qu'elle fabrique : palmiste, coprah, soja, colza, karite", souligne le représentant des biscuitiers. Il conclut que "les produits fabriqués par Baltimar et ceux importés par les différentes industries ne sont pas interchangeables. Ce ne sont pas les mêmes qualités ni les mêmes utilisations".

    La substitution d'une graisse d'origine animale à celle d'origine végétale "soulèverait immanquablement des problèmes nutritionnels : digestibilité, goût, composition chimique du produit, teneur en cholestérol... ".

    Baltimar s'en défend et estime que "l'huile de poisson est reconnue mondialement pour ses qualités".

    En outre, elle affirme n'avoir jamais proposé de substituer la graisse animale à la graisse végétale, puisqu'elle produit les deux.

    7.000 tonnes de graisses

    Concernant les graisses d'origine animale, les principaux utilisateurs sont les margariniers. Leur consommation s'élève à près de 7.000 tonnes par an et sert à la fabrication de margarines industrielles qui représentent actuellement 80% de leur production.

    Les margariniers représentés par l'entreprise Indusalim estiment pour leur part que "Baltimar n'est pas en mesure de répondre à leurs besoins ni en qualité, ni en quantité, ni en prix". Ils ajoutent que "les prix pratiqués par Baltimar sont trop élevés par rapport au marché libre de Rotterdam, qui est considéré comme une véritable bourse". Les sociétés Marga et Indusalim qui disposent d'une unité d'hydrogénation depuis plus de 5 ans n'ont pu produire à cause du coût élevé de l'hydrogénation (quatre fois supérieur à celui du cours international). "Les coûts de production nationale apparaissent comme prohibitifs et rendent impossible toute implantation au Maroc", précisent-ils. L'huile de poisson est achetée à 3,00 Dirhams le kg. A ce prix s'ajoutent les coûts de neutralisation, de décoloration, d'hydrogénation et de désodorisation. Puis l'huile est post-raffinée et fractionnée. Ainsi, l'huile de poisson hydrogénée commercialisée par Baltimar coûte 9,40 Dirhams le kilo contre 5,76 (hors droits de douane et PFI) pour la graisse d'origine végétale vendue sur le marché libre de Rotterdam, revenant pour l'utilisateur à 7,05 Dh.

    Pour les margariniers et biscuitiers, ce prix reste largement supérieur au cours international pratiqué sur ce marché jugé comme une référence en matière de cotation des graisses, huiles animales et végétales. Les promoteurs de Baltimar rétorquent sur la base des statistiques des importations de l'Office des Changes pour l'année 1994 pour ce même type de produit que les prix affichés, oscillent pour les huiles et graisses végétales entre 5,76 et 15,20 Dh le kg. La moyenne des prix pour la période se situe à 8,82 Dirhams.

    Quant aux huiles et graisses animales, les prix varient entre 5,75 et 12,24 Dirhams le kg. La moyenne, quant à elle, s'établit à 6,76. Cette moyenne doit être majorée de 26% pour tenir compte des droits de douane de 7,5%, du PFI ( prélèvement fiscal à l'importation) 15% et d'autres frais 5%, selon les responsables de Baltimar.

    95% de poissons bleus

    En matière de qualité, les margariniers jugent que l'huile de poisson ne répond pas à leurs normes de fabrication. L'huile de poisson marocaine est fabriquée à 95% à partir de poissons bleus (sardines de Safi, d'Agadir et de Tan-Tan principalement), alors qu'en Europe, la matière première de base est le poisson blanc.

    Baltimar rappelle pour sa part que, sur "1 million de tonnes d'huile de poisson produits annuellement dans le monde, 70% provient de poissons bleus".

    M. Tazi ajoute que sa production a été certifiée par le laboratoire International John Wolff, réputé sur la place et bien connu des professionnels de ce secteur. Les prélèvements sur les productions en cours ont été effectués par la SGS (Société Générale de Surveillance) à l'usine de Had Soualem et expédiés au laboratoire pour analyse. Les utilisateurs contestant cette certification, M. Tazi affirme, pour montrer sa bonne volonté, qu'il est prêt à entreprendre une production en leur présence et leur remettre l'échantillon qu'ils prélèveraient eux-mêmes pour l'analyser auprès du laboratoire de leur choix et aux frais de Baltimar.

    Toutefois ces mêmes industriels déclarent que si Baltimar est en mesure de donner une qualité équivalente à un prix compétitif, ils sont prêts à s'approvisionner auprès de l'entreprise.

    Baltimar, selon un responsable, a proposé à un client d'aligner ses prix sur ceux des importations, mais ce dernier a refusé.

    Les utilisateurs de graisses considèrent aussi que "toute décision de nature à imposer un quelconque relèvement des droits de douane sanctionnerait l'industrie marocaine face aux produits importés et compromettrait l'existence de multiples unités avec près de 9.500 emplois (directs et indirects)".

    Le nombre des emplois directs n'excède pas toutefois 1.500 personnes. Baltimar défend pour sa part son nouvel outil industriel.

    F.M.

    (1) Cf. L'Economiste du 28 juillet 1994

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