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    Economie Internationale

    Huile d'olive: La grogne des agriculteurs espagnols

    Par L'Economiste | Edition N°:324 Le 02/04/1998 | Partager

    De notre correspondante à Madrid, Pascale BOURGAUX

    Dénoncée par les agriculteurs, la proposition de réforme du commissaire Fischler met à mal le premier producteur de l'UE, confronté à un véritable drame social.


    Les agriculteurs espagnols sont bien décidés à ne pas se laisser faire. Après de multiples mobilisations locales, en Andalousie principalement, et une méga-manifestation à Madrid le 18 mars dernier, la Plateforme de l'Huile d'Olive -qui regroupe associations et syndicats de producteurs, emballeurs et exportateurs- a décidé de passer à la vitesse supérieure: une délégation s'est rendue à Bruxelles, lundi 30 mars, pour discuter directement avec leur principal "adversaire", le Com-missaire Fischler, tandis qu'une pétition d'entrevue attend toujours sur la table du Premier ministre, José Maria Aznar.
    Déçus par les résultats du ministre de l'Agriculture, Loyola de Palacios, "trop présente dans les manifestations et pas assez dans les négociations avec ses collègues européens", reproche-t-on au siège de l'Union des Petits Agriculteurs (UPA), les dirigeants agricoles ne veulent pas laisser passer la dernière chance de paralyser la proposition de réforme du secteur de l'huile d'olive, prévue dans le cadre de la réforme de l'OCM (Organisation Commune des Marchés) et de l'Agenda 2000: une menace de grève générale dans toute l'Andalousie plane pour la mi-mai si Aznar ne bloque pas le processus lors du prochain Conseil des ministres de l'Union Européenne, fin avril. C'est que la situation est grave pour les 380.000 producteurs d'huile d'olive, dont la grande majorité (90%) sont de modestes exploitations familiales. Le secteur est important puisqu'il représente plus d'un tiers du secteur agricole espagnol qui compte en tout un million d'exploitations de tout type (dont 900.000 sont de petites et moyennes exploitations). Héritier d'une longue tradition, l'olivier est d'autant plus crucial dans de nombreuses régions du Sud, extrêmement arides, que les alternatives à cette mono-culture sont inexistantes.

    Le problème de l'huile d'olive est donc avant tout social. Et il met en évidence une faille historique du secteur agro-alimentaire espagnol, dans le domaine de la commercialisation de ses produits. En effet, l'Espagne, premier producteur européen d'huile d'olive a été incapable de développer un réseau commercial de distribution et d'exportation, soutenant la production nationale et permettant un contrôle national et international du marché. Celui-ci est aujourd'hui aux mains de quelques multina-tionales italiennes qui embouteillent l'huile espagnole exportée en gros et l'exportent sous étiquette nationale. Ces dernières années, des efforts ont été réalisés, du côté de l'Administration espagnole et du secteur privé, sans toutefois parvenir à faire trembler les omnipotentes multinationales. C'est précisément son absence dans le contrôle du marché qui risque de coûter cher à l'Espagne si l'"intervention" est supprimée, tel que le propose Fischler, pour l'ensemble des produits agricoles de l'UE.

    Racheter les surplus


    Ce système prévoit la possibilité pour chaque ministère de l'agriculture de racheter les surplus de production, d'une part pour garantir les revenus des agriculteurs et d'autre part stabiliser les prix à la consommation (le prix d'inter-vention est actuellement d'environ 300 Pesetas le kilo). "Cette mesure n'est pas applicable pour l'huile d'olives", explique un expert de la Plateforme de l'Huile d'Olive. "C'est difficile à comprendre dans le reste de l'Europe, mais cette culture est très fluctuante. Selon qu'il a plu ou non, les récoltes peuvent tripler d'une saison à l'autre. Il faut donc un mécanisme régulateur". La solution de rechange proposée par la Com-mission qui consiste à financer le stockage privé est loin de satisfaire la Plateforme, car elle n'empêche pas les lois du marché d'imposer ses prix.

    L'autre grande réforme proposée par Fischler consiste à diminuer l'aide à la production. Actuellement chaque kilo d'huile d'olive produit reçoit une aide d'une moyenne de 240 pésètes par kilo. Pour éviter de pénaliser (par la baisse de la subvention) l'ensemble des pays producteurs pour la surproduction d'un seul d'entre eux, Fischler propose de "nationaliser" les aides en créant des "contingents" pour chaque pays. C'est là que la foire d'empoigne commence. L'Espagne s'insurge du contingent qui lui a été attribué, soit 625.210 tonnes par an, basé, d'après la Plateforme, sur de mauvais calculs. "Trois des cinq années de référence prises en compte pour le calcul de la production moyenne sont des années de sécheresse et de particulières mauvaises récoltes", dénonce-t-on au siège de l'UPA. "Cette année, la production dépasse les 900.000 tonnes! Comment expliquer que l'Espagne, le premier producteur européen, ne reçoive que 40% des aides?".
    Seule dans ce combat, l'Espagne s'insurge contre les quotas attribués aux quatre autres pays producteurs, principalement l'Italie, accusée à plusieurs reprises par la Plateforme d'avoir déjoué les inspecteurs de Bruxelles. Celle-ci se voit attribuer le contingent de 501.172 tonnes (32%). Par ailleurs, 389.038 (24%) sont prévues pour la Grèce, 43.915 (3%) pour le Portugal et 3.065 (0,2%) pour la France.

    La réforme proposée par Fischler, qui doit encore être approuvée en Conseil des Ministres, ne rencontre pas que des critiques. Des experts nord-européens considèrent en effet que les aides européennes octroyées à l'Espagne à partir de son entrée dans l'UE en 1986 ont été mal utilisées.
    "Les aides européennes ont encouragé à créer de nouvelles exploitations, augmentant de manière artificielle la production. Sans ces aides, il est impossible d'expliquer les soudaines aug-mentations ces dernières années!", explique un expert en poste à Madrid qui tient à garder l'anonymat. "Ces nouvelles oliveraies sont ultra-modernes et n'ont rien à voir avec les petites exploitations tra-ditionnelles. Cette surproduction fait peur à la Commission. Plus de 900.000 tonnes cette année... et on a encore rien vu car tous les arbres plantés n'ont pas encore tous donné leurs fruits! La cause de l'huile d'olives attire beaucoup de sympathie, car c'est un réel problème pour les petits agri-culteurs... mais ceux-ci ne partagent pas toujours les mêmes intérêts que les grands!".



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