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Politique Internationale

Histoire d'un "simple diplômé divers"

Par L'Economiste | Edition N°:525 Le 09/06/1999 | Partager

· Durant six ans d'enseignement primaire et secondaire, Mohammed a appris une grande théorie: "Restituer la marchandise"

· Une fois sur le terrain, les entreprises le trouvent mou, sans conviction et mauvais communicateur


"Attention, je ne te le répéterai pas deux fois. Si tu ne te tiens pas en place. C'est la falaka...".
En classe, Mohammed, 7 ans, est tout content d'avoir intégré l'école primaire. Face à sa maîtresse, un sentiment à la fois d'admiration et de peur l'envahit dès son apparition. Elle est grande, propre, les cheveux biens soignés et elle porte même une jupe. Elle ressemble presque à "quelques femmes" qu'il a déjà vues sur le petit écran.
Premier enseignement pour Mohammed, la discipline. Un mot d'ordre qui ne supporte aucune dérogation, aucune concession. Former un citoyen responsable suppose bien entendu une bonne dose de discipline. Et c'est la tâche à laquelle s'attelle avec dévouement et abnégation cette institutrice. Mais pour ce faire, elle devra déployer les grands moyens. Autrement dit, la falaka... La leçon est retenue.
Dès lors, Mohammed arpente le difficile chemin de l'apprentissage de la discipline et, du coup, apprend à tenir (et bien tenir) sa place. Les années passent, mais les valeurs dispensées par les différents instituteurs se suivent et se ressemblent. Outre la discipline, grande valeur citoyenne qui libère la créativité et l'épanouissement, Mohammed devra désormais apprendre à apprendre ses cours. Mais pas de n'importe quelle manière. "Vous devrez me restituer ma marchandise", explique l'instituteur du CM2. Autrement dit, du copier-coller, du par coeur. Bref, de la discipline, encore une fois.

Mission accomplie. Mohammed récite les poèmes d'"Al Moutanabbi", les "versets coraniques" et les cours d'éducation civique avec une fidélité exemplaire. Ce qui lui vaut un passage mérité au collège, une étape qui dure trois ans et qui débouche sur le lycée. Au bout de ce périple de six années d'études, Mohammed est résolument un étudiant discipliné, civilisé et épris de toutes les valeurs universelles de droit de l'homme et de la femme, de la protection des animaux et de l'environnement... Des qualités auxquelles il s'est initié grâce à son sens de l'apprentissage par coeur, à sa capacité à se tenir à sa place (et de ne pas bouger)... Bref, il est le produit final du moule de l'école citoyenne, créative et démocratique.
Toutefois, si le passage de Mohammed a été jusque-là une réussite, son parcours à l'université n'en était pas moins semé d'embûches. Fini le temps de la rigueur et de discipline régaliennes, Mohammed est désormais livré à lui-même. Quel gâchis, déplore-t-il.
Les étudiants à l'université sont atrocement libres. Pis, ils fredonnent et parfois crient des slogans révolutionnaires, organisent même des sit-in et négocient directement avec le doyen de l'université, autorité suprême de cette honorable institution. Etourdi, Mohammed ne sait à quel saint se vouer. Mais petit à petit, il commence à prendre goût aux débats houleux des étudiants.
En revanche, Mohammed n'est pas du tout convaincu de la pédagogie et de la méthodologie de ses professeurs. Ces derniers lui demandent d'analyser, de synthétiser et de commenter. Mais Mohammed préfère plutôt leur "restituer leur marchandise", comme au bon vieux temps de l'enseignement primaire et secondaire. Neuf ans passés, Mohammed réussit néanmoins à décrocher sa licence. Retour sur la planète terre, il faut chercher du travail.
A la sortie de son premier entretien de recrutement, des mots raisonnent terriblement dans ses oreilles. "Vous êtes mou, sans conviction et mauvais communicateur".

Hassan BOUCHACHIA

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