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Habitat insalubre : L'ANHI veut passer à la vitesse supérieure

Par L'Economiste | Edition N°:201 Le 26/10/1995 | Partager

La consécration internationale de l'ANHI pour son action à Taza renforce sa crédibilité. Cependant, la recherche de remèdes durables aux bidonvilles ne concerne pas seulement l'habitat mais tous les autres secteurs.


L'Agence Nationale de Lutte contre l'Habitat Insalubre (ANHI) a remporté le prix d'honneur de l'habitat 1995, décerné par le Centre des Nations Unies pour les Etablissements humains (CNUEH).
Cette distinction incombe plus précisément au programme d'éradication des bidonvilles de Taza, conduit depuis 1994 au profit de 23.500 habitants, soit près de 25% de la population de la ville. "Le projet a été engagé dès 1985, car une importante assiette foncière était disponible au Nord-Est de la ville à des prix favorables", précise M. Ahmed Taoufiq Hejira, directeur du Centre d'Etude et de Communication. Les opérations réalisées à Taza ont couvert 140 hectares et nécessité un investissement de plus de 162 millions de DH.
Après la résorption des bidonvilles, l'ANHI s'engage à réhabiliter le tissu de la médina de la ville.
Ces réalisations seront par la suite généralisées à d'autres villes, notamment Larache, Khouribga, Meknès, Tanger.
"Cette distinction internationale constitue une excellente référence et renforce considérablement notre crédibilité à l'égard des bailleurs de fonds étrangers", relève M. Hejira.
Hormis le prix décerné par le CNUEH, plusieurs facteurs endogènes ont contribué à renforcer la crédibilité de l'ANHI.

Premier lotisseur


D'une part, l'Agence constitue le premier opérateur en matière d'aménagement foncier national. "Nous sommes le premier lotisseur par rapport aux secteurs public et privé".
D'autre part, l'Agence supervise toute l'activité de promotion immobilière. Pour ce faire, l'ANHI privilégie le partenariat non seulement avec les collectivités locales, les délégations ministérielles mais surtout avec les cabinets privés d'architectes, d'ingénieurs et bureaux d'études.
En outre, l'agence applique un programme intégré au niveau
macro-urbain. "Il ne s'agit pas uniquement de combattre bidonvilles et habitats clandestins mais d'intégrer les catégories défavorisées dans des quartiers dotés d'équipements socio-collectifs", souligne le directeur du Centre d'Etude.
Par ailleurs, le financement des projets s'appuie sur le système de la péréquation. "Les bidonvillois contribuent à hauteur du tiers jusqu'à la moitié du prix de revient des lots de terrains équipés".
Les opérations sont ainsi couvertes par les avances des bénéficiaires. Les produits de la péréquation issus des excédents dégagés par la vente d'unités commerciales, les crédits de soutien du Budget général de l'Etat et les subventions des collectivités locales assurent l'équilibre financier des projets.
Toutefois, l'analyse de la structure des ressources de l'ANHI montre que 96% proviennent de la contribution des "bidonvillois".

En effet, sur les 17 milliards de DH des ressources du programme général, 15,14 milliards de DH sont issus des produits de vente, le reste provenant à la fois de l'Etat, des prêts USAID et des collectivités locales.
A fin 1994, le programme général de l'ANHI a concerné 247 opérations étalées sur 6.276 hectares. Il a permis la production de 230.585 unités (lots ou logements) dont 119.000 logements destinés à la résorption de l'habitat insalubre. Cette partie a profité à 3 millions d'habitants.
L'ANHI a pris entièrement en charge 127 opérations sur les 247 réalisées (soit 111.318 unités). "Pour ces opérations, nous avons maîtrisé seuls tous les ouvrages, du foncier à la construction".
Les autres réalisations ont été menées dans le cadre du partenariat: 105 opérations en collaboration avec les délégations de l'habitat (soit 98.814 unités) et 15 opérations avec les collectivités locales (soit 20.453 unités).

Maux structurels


En dix ans d'activité, l'ANHI a renforcé sa structure, puisqu'elle emploie actuellement 170 fonctionnaires et dispose de 9 antennes régionales.
Le recours à la péréquation lui a permis de passer d'une production annuelle moyenne de 5.000 unités entre 1985/1988 à 10.000 entre 1989/1992. En 1993, elles réalisent 15.000 unités par an.
L'action menée par l'ANHI pour la lutte contre l'habitat insalubre est certes efficace mais n'apporte pas de remèdes aux maux structurels qui provoquent l'éclosion des bidonvilles dans les périphéries urbaines. L'application d'une véritable politique préventive ne relève pas seulement du secteur de l'habitat mais aussi de toutes les branches d'activité économiques et sociales, notamment l'agriculture, l'éducation, l'emploi...
Ce qui revient à se demander si le problème de lutte contre l'habitat insalubre et l'habitat clandestin relève du seul Ministère de l'Habitat ou si toutes les instances gouvernementales devraient s'y impliquer.
"Dans ce cas, pourquoi ne pas ouvrir le Conseil d'Administration de l'ANHI aux représentants des autres ministères afin d'accroître l'efficacité de son intervention?", s'interroge M. Hejira.

Mouna KABLY

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