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Plaidoyer pour un Plan
Par L'Economiste | Edition N°:720 Le 08/03/2000 | Partager

· Le Maroc a accumulé des retards dans tous les domaines: Enseignement, santé, économie..., devancé en cela par la Tunisie, l'Egypte et l'Algérie


UN soleil nouveau brille sur le Maroc, un soleil qui diffuse sur notre pays une chaleur réconfortante, porteur de mille promesses: alphabétisation et santé pour tous, culture, investissements accrus... Des rayons apaisants qui chassent les nuages du scepticisme pour faire place aux arcs-en-ciel de l'espérance.
Mais ce mercredi après-midi, le spectacle auquel nous avons eu droit laisse planer le doute sur notre capacité réelle de changement. La première chaîne retransmettait les débats parlementaires, ou ce qui pouvait passer pour tel. Au lieu d'un débat civilisé entre "dignitaires de la nation", c'est à peine si nous n'avions pas eu droit à un pugilat. Un combat de rues où ce sont les spectateurs qui sont mis knock out.

L'ordre du jour: le Plan d'Intégration de la Femme dans le développement économique. Un sujet crucial devant donner lieu à un débat passionnant. Au lieu de cela, messieurs les députés ont transformé l'hémicycle en chapiteau de cirque. L'acteur principal de ce spectacle se trouve être le ministre des Affaires Islamiques, partie très présente dans l'élaboration de ce plan.
Rappelons en effet que l'idée de ce plan a été lancée après la rencontre internationale des femmes à Beijing en 1995. Le Maroc était en retrait par rapport au processus international de libération de la femme. Il fallait le doter de son propre plan. Le premier atelier s'est réuni avant l'alternance et les travaux ont impliqué de nombreux ministères: Santé, Agriculture, Justice, Education nationale, Emploi, Affaires étrangères, en plus des universitaires et des ONG. L'issue de ce travail colossal est un plan réaliste, conçu comme un projet sur le court terme, accordant "un minimum vital" de droits à celles qui constituent la moitié de la population marocaine. Officiellement présenté au Premier ministre le 19 mars 1999, c'est un document de 118 pages de mesures concrètes réparties sur quatre axes: éducation, santé reproductrice, intégration de la femme et son habilitation politique et juridique. Toute cette polémique, cette "cabale" montée contre le plan de l'intégration de la femme par des détracteurs connus et inconnus ne visent que 3 pages de ce fameux plan. 3 malheureuses pages qui risquent de faire échouer l'adoption d'un plan touchant à de nombreux sujets autres que la modification de quelques articles de la moudawana.

Objet de dispute


Jamais affaire -en dehors de l'affaire tristement célèbre du commissaire Tabet- n'avait autant défrayé la chronique. La presse, toutes tendances politiques confondues, en a fait ses gros titres. Des groupuscules opportunistes et même des partis politiques ont appelé au rejet du plan. D'autres partis sont restés muets, comme si la femme était à leurs yeux un objet de dispute et non un sujet de discussion.
Mais ont-ils bien tous compris le plan? Ont-ils au moins pris la peine de le lire complètement? Que préconisent au juste les dispositions incriminées?
Que la femme ne soit plus mariée avant l'âge de 18 ans! Le Maroc n'est-il pas signataire depuis 1993 de la Convention internationale pour la protection des droits de l'enfant?
Qu'elle ne doit plus être répudiée, jetée à la rue sans raisons valables et sans aucun droit sur les biens accumulés durant les années de vie commune!
Que la polygamie soit soumise au consentement de la première épouse, à l'appréciation du juge!
Que la femme reçoive un duplicata d'état civil, en cas de séparation lui laissant la garde de ses enfants, pour lui faciliter une vie déjà très difficile à vivre!
Que les jeunes filles majeures âgées de 18 ans et plus puissent décider librement du choix du futur époux sans être sous la tutelle de qui que ce soit!
Et que la fille-mère puisse donner un nom fictif à l'enfant naturel, et l'inscrire à la mention père inconnu: c'est reconnaître en quelque sorte une situation que ni la mère ni l'enfant n'ont choisie.
Certes, des erreurs ont été commises au départ au niveau de la "vulgarisation". Les initiateurs du plan ont mal communiqué ou n'ont pas du tout su le faire.
Sachant les foudres qu'ils risquaient de la part des détracteurs habituels, il fallait mettre en place une stratégie de communication. Les partisans du statu quo actuel invoquent à grands cris dans une structure juridique la protection de la femme. Où étaient-ils lorsque ces femmes du Hajeb se faisaient exploiter comme des esclaves durant cinq ans en toute impunité? Que faisaient-ils ces dernières quarante années pendant que les femmes de la campagne travaillaient dur telles des bêtes de somme?

C'est aujourd'hui seulement, alors que l'on songe enfin à adopter un plan pour l'intégration de la Femme, qu'ils pensent créer une structure en béton armé pour la protection de celle-ci? La Marocaine juge que la liberté "surveillée" qu'on lui propose est dépassée aujourd'hui. Ils veulent encore une fois nous faire rater une marche. En Egypte, la réforme est passée, même si elle a été assortie de conditions restrictives. Au Maroc, le projet chavire et sombre presque, abandonné par ses initiateurs. On ne peut continuer à faire l'impasse sur la question de la femme. Notre pays est classé à la 126ème place de l'Indice de Développement Humain. Nous avons accumulé des retards dans tous les domaines: enseignement, santé, économie..., devancés en cela par l'Algérie, la Tunisie et l'Egypte. La Moudouwana n'est pas sacrée; il doit être possible d'envisager des modifications à ce texte, sans pour autant être accusé de blasphème ou d'hérésie.
N'en déplaise aux détracteurs du Plan, le Maroc se fera, et se fera avec ses femmes! Il est un déterminisme que la lumière jaillit toujours et efface les ténèbres. Cette polémique a été positive dans la mesure où toutes les forces vives de la nation sont mobilisées pour construire un Maroc où "hommes et femmes regardent dans la même direction", où les rapports de force sont bannis et où il fait bon vivre. C'est là la véritable prière, le meilleur hymne à Dieu, et le plus bel hommage aux Hommes.


Donneurs de leçons


Il n'a jamais été question dans ce plan de remettre en cause nos traditions et notre religion.
"Point de contrainte en matière de religion" nous apprend le Coran. Si le prophète Mohammed était en vie au 20ème siècle, il aurait résolu tous les problèmes de notre temps en dégustant une tasse de café", affirme Bernard Show. Avec le dialogue, un dialogue tolérant et rationnel. L'islam est une religion d'ouverture. La révélation a fait avancer, il y a plus de 14 siècles, une société qui vivait dans la "Jahilia" la plus totale. La Sunna invite explicitement à la réflexion avec la possibilité d'un ijtihad continuel. Malheureuse- ment, ces "donneurs de leçons" veulent contrecarrer une évolution inéluctable et salutaire. Ils veulent suivre la voix de leurs "acolytes" qui agissent sous d'autres cieux dans l'horreur et dans le sang. Leur véritable cible n'est pas vraiment la femme mais un pouvoir en place qu'ils tendent à discréditer et c'est pour cela qu'ils créent la psychose du grand jihad.
Aujourd'hui la femme est ingénieur, juriste, femme d'affaires. Mais il ne s'agit là que d'une poignée qui a la chance de mener tant bien que mal une vie professionnelle qu'elle essaie de conjuguer à une vie familiale. Mais les autres, toutes les autres qui vivent à la campagne ou dans des bidonvilles des agglomérations, celles que certaines émissions télévisées nous laissent entrevoir lors de soirées thématiques pathétiques, celles qui sont trop occupées à élever les générations futures, c'est pour celles-là que nous nous battons aujourd'hui. Ce n'est ni un terrorisme intellectuel ni un sous-développement maintenant la femme à l'écart de l'essor socio-économique qui vont constituer les fondements du Maroc moderne.

Rabéâ Andaloussi Benmansour
de ABS Consulting

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