×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Tribune

    Tribune libre

    L'Organisation Mondiale du Commerce, alliée des Etats ou ennemie des peuples?

    Par Tayebi GUEMOURIA(*)

    Par L'Economiste | Edition N°:641 Le 18/11/1999 | Partager



    · Les clivages sont profonds entre les intérêts du Nord et ceux du Sud
    · Il faut démasquer les phénomènes dangereux pour la stabilité de nos emplois et le bien-être des citoyens


    L'OMC a pour interlocuteurs les Etats, la globalisation, les peuples et tous les deux sont complices et partagent les mêmes valeurs quasi-universelles. L'OMC balise les chemins pour la globalisation qui les emprunte grâce à une visibilité et une légitimité issues des rencontres périodiques de l'organisation, comme le nouveau cycle des négociations commerciales qui s'ouvre à Seattle fin novembre et qui ne semble même pas susciter un intérêt quelconque dans les milieux professionnels, les syndicats, les ONG ou même notre Parlement, malgré les enjeux que ces négociations représentent pour notre agriculture, notre industrie, notre commerce ou nos services. Paradoxalement, c'est en Europe et en France en particulier qui constituent quand même une force économique mondiale que les mouvements de résistance s'organisent pour dénoncer la "perversité" de la globalisation financière véhiculée et imposée par l'OMC. Cette mobilisation de citoyens libres permet au moins d'atténuer les éloges aveugles faits chez nous à notre participation à la mondialisation et à notre appartenance à l'OMC dont on semble tirer une fierté insoupçonnée.
    La seule dénonciation laconique et courtoise est venue d'ailleurs du gouvernement lui-même lors du retrait de la candidature de M. Abouyoub pour occuper le poste de directeur général de cette organisation et la lutte pour ce poste a montré combien les clivages sont profonds entre les intérêts du Nord et ceux du Sud. Hormis cette prise de position officielle, nos associations d'habitude sensibles et perméables aux débats d'actualité ne semblent pas se pencher sérieusement sur les freins à mettre pour que mondialisation ne rime pas avec subordination et libéralisation avec marginalisation.

    Fatalisme flagrant


    En effet, tous les discours prônés autour de la question sont entachés d'un fatalisme flagrant et notre inscription dans les réseaux de la mondialisation est considérée comme un mal nécessaire avec lequel il faut vivre et composer à tel point qu'on a l'impression que globalisation et OMC, sont devenus deux concepts tellement sacrés qu'on leur doit dévouement et vénération.
    Certes, l'Accord d'Association avec l'Union Européennne provoque des relations dans les milieux concernés et un programme de mise à niveau est prévu même si ses mécanismes relèvent d'un ordre arbitraire et bureaucratique anachronique, mais il s'agit plutôt, d'une adaptation sans plus aux impacts générés par cet accord sur l'économie pour sauver les industries capables d'évoluer dans un contexte concurrentiel, et sacrifier les autres sur l'autel de la globalisation. A contrario, face à l'OMC, il s'agit de se conformer aux règles commerciales qui donnent des ailes aux flux financiers, aux prestations de services et au commerce international. Et c'est là où les corrections les plus pertinentes devraient être apportées par les groupements professionnels en vue de protéger leurs filières ou apporter des moratoires à la levée des barrières douanières sur des activités fragiles et protéger enfin les citoyens des ravages d'une concurrence incontrôlée qui détruit les structures locales de production et use les forces vives du pays. D'ailleurs, à ce jour, la mondialisation se manifeste chez nous sous une forme commerciale plus qu'autre chose et tous ceux qui convoitent nos marchés veulent d'abord vendre leurs produits et services sans investir dans l'industrie sauf cas rares et limités. On peut rétorquer que les entreprises européennes constituent quand même presque le tiers de notre tissu industriel, mais ce cas prouve seulement que le dynamisme du secteur secondaire marocain est encore timide car, depuis l'Indépendance, nous tournons autour de six milles unités, soit l'équivalent du nombre en activités à Montréal au Canada. Il faut alors démasquer ces phénomènes dangereux pour la stabilité de nos emplois et le bien-être des citoyens et trouver les moyens de contrecarrer les pratiques mercantilistes incompatibles avec les efforts fournis par le secteur privé pour se moderniser et percer les marchés les plus lointains.


    Que nous ont apportés l'OMC et la globalisation


    On peut là aussi répondre que c'est encore tôt pour faire les bilans, mais en attendant, l'économie bouge et laisse sur son chemin des gagnants et des perdants. En effet et normalement, on devait drainer des investissements privés substantiels, mais le capital privé étranger est encore hésitant ou prudent et nous continuons à mobiliser bon an mal an environ 1 milliard de Dollars, ce qui, comparé à la Chine Populaire (140.000.000$) paraît insignifiant. Notre bourse devrait aussi connaître une attractivité remarquable sous l'effet de sa modernisation et de l'ambiance positive qui règne au pays avec le gouvernement d'alternance et les changements profonds dans nos législations et lois, notre Justice et notre Administration. Mais là aussi le climat dans la bourse est calme et nous faisons moins bien que la Bourse du Caire ou de Johannesburg et heureusement que les nationaux font confiance aux actions des sociétés marocaines et la privatisation a animé les marchés des valeurs. Cet ancrage dans l'économie mondiale devait aussi permettre un accès aux produits et services aux meilleures conditions de qualité/prix, mais les seuls produits bon marché qui profitent aux bourses modestes provenaient des réseaux de distribution des MRE qui puisaient dans les marchés de l'usagé européen. Ceci causait d'ailleurs des dommages au commerce légal et prenait parfois l'allure d'une nouvelle forme de contrebande déguisée. A ce jour donc, les pauvres restent exclus des avantages proclamés.
    En principe aussi, notre économie devait profiter de la globalisation en achetant des produits énergétiques moins chers nécessaires comme le pétrole. Mais il semble que ce produit rare et stratégique emprunte des réseaux différents qui ne commandent pas les mêmes règles de l'OMC qui a affaire dans ce cas à une organisation forte et jalouse de sa liberté. Il faudrait donc que les cartels de ce genre cessent d'être des bastions impénétrables et stimuler le marché au lieu de le maîtriser dans l'intérêt des producteurs et des sociétés commerciales internationales.
    Bien sûr, on peut multiplier les exemples et toucher les transferts technologiques ou la culture, on aboutira toujours aux mêmes résultats, soit une globalisation à sens unique qui risque à terme de menacer la construction démocratique du pays par une déstabilisation de l'économie et un effondrement du capital national. Il est donc urgent de réguler ces efforts notamment en défendant âprement nos acquis et notre potentiel économique, par une intégration progressive et négocier dans l'économie mondiale. La loi sur le commerce extérieur devra être révisée en conséquence et serrer les vis aux importations aveugles et la société civile devra réfléchir davantage sur l'avenir des citoyens dans une société en proie à une globalisation inversible certes, mais perfectible.
    Et au fait, qui sont nos faux amis et nos vrais adversaires dans ce cycle de fin de siècle?

    (*) Directeur de la CCISM.
    L'auteur de cet article s'exprime à titre personnel.

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc