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    Abbas Fassi poursuit la rénovation de l'Istiqlal: Koutla, gouvernement et propositions
    Par L'Economiste | Edition N°:485 Le 14/04/1999 | Partager

    De notre correspondant à Paris, Omar Jouahri

    · L'Istiqlal va vers les futures élites du Maroc

    · Bilan nuancé des gouvernements précédents


    Abbas Fassi a animé le 3 avril à Paris une conférence à l'Ecole Centrale de Paris sur le thème "Le Maroc vit-il une alternance aujourd'hui?».
    Cette rencontre a été pour les participants, principalement des jeunes lauréats de grandes écoles, une opportunité de décrypter l'analyse politique du responsable de l'Istiqlal et, le cas échéant, d'adhérer ou critiquer les orientations de l'héritier spirituel de Allal El Fassi.
    L'intérêt de cette discussion était triple. D'une part, il a permis de souligner les subtiles nuances entre les différentes composantes de la Koutla. D'autre part, le dialogue, sans concessions, entre une partie de la future élite du pays et une figure emblématique de l'expérience politique de l'ouverture démocratique était véritablement un indicateur des aspirations et des enjeux d'une des composantes de notre société. Ce débat était également une occasion implicite, pour le nouveau "zaïm" de l'Istiqlal, de raffermir plus encore son engagement sur l'échiquier politique marocain.
    Pour mieux appréhender le discours de M. Fassi, il serait peut-être intéressant de mentionner deux clés de lecture. La première est relative à un positionnement alternatif au sein même de l'action de la Koutla et pose clairement le leader de l'Istiqlal comme étant une force de proposition pour l'action du gouvernement Youssoufi.

    L'autre clé de lecture est qu'au-delà du "soutien critique" il y aurait un partage des rôles entre un Premier ministre (qui doit gérer son action en fonction de la "realpolitik") et un allié, d'aujourd'hui, moins tenu par l'obligation de réserve et donc plus enclin à dire les choses de manière abrupte.
    Aussi a-t-il réaffirmé avec force sa conviction profonde: "Point de salut sans élections propres". "Pour dire toute la vérité", il a indiqué que seules les élections communales de 1960 n'ont pas fait l'objet de manipulations. Il poursuit sa démonstration en ajoutant que la problématique de la transparence électorale a modifié la réalité du dessin de la carte politique du pays. C'est pourquoi il préfère ne pas parler de gouvernement d'alternance. Il s'agirait plutôt d'un gouvernement comme étant la résultante d'un combat pour la liberté et la démocratie: en ce sens, la réalité de ce gouvernement est un événement historique pour le Maroc et un exemple de courage politique pour les autres pays arabes.
    Il illustre son propos en citant deux actes institutionnels majeurs initiés par Sa Majesté le Roi: la Constitution de 1993, qui souligne l'attachement aux droits de l'Homme, institue le vote de confiance et le renforcement du rôle du Premier ministre, le Discours historique de Sa Majesté le Roi en 1994 relatif aux choix du Premier ministre au sein du parti majoritaire.

    Un constat sévère


    Fidèle à sa réputation de la "main de velours dans un gant de fer", selon l'expression consacrée, Abbas Fassi estime néanmoins nécessaire de mettre en exergue les points faibles de l'expérience actuelle.
    Ainsi, il critique le nombre de partis soutenant le gouvernement (neuf partis), la composition pléthorique de certains ministères comme celui de l'Education Nationale (quatre ministres), le principe d'avoir cinq ministres n'ayant pas d'appartenance partisane et non représentatifs, selon lui, de la société civile.
    Il dit en effet que "ce sont là des handicaps, cependant c'était à prendre ou à laisser et le devoir commandait d'accepter". Pièce maîtresse de la Koutla, l'ancien ministre de l'Habitat et ancien titulaire du Ministère des Affaires Sociales donne son satisfecit au programme gouvernemental qui intègre des valeurs fortes: l'Islam, l'intégrité territoriale, le Plan.
    Fin politique, il rejette l'idée d'un état des lieux essentiellement négatif du travail accompli par les gouvernements précédents. L'ancien ambassadeur à Paris reconnaît notamment que le poids du Maroc dans le Monde arabe et sa crédibilité, l'idée marocaine à l'origine de la construction de l'UMA. et le développement des infrastructures depuis l'Indépendance sont des éléments tout à fait appréciables.

    Puis, il égrène les aspects négatifs de "l'héritage": 200.000 diplômés chômeurs, 17% de taux de chômage et, pour tout dire, faillite du système éducatif avec son corollaire de 53% de la population analphabète (cette réalité a été rappelée non sans un certain courage politique dans la mesure où un ancien membre, non historique, du Parti de l'Istiqlal a dirigé ce département pendant de nombreuses années), un médecin pour 2.750 habitants, alors que les standards internationaux sont proches du ratio d'un médecin pour 1.000 habitants, seule 20% de la population a une couverture sociale, corruption
    Son constat est sévère: "(au plan économique) le Maroc n'est pas géré en bon père de famille". Alors, dans ce contexte, que faire?
    Se voulant être une force de rappel pour le Premier ministre, M. Abderrahman Youssoufi, il revient à la charge, régulièrement, vis-à-vis de son binôme de la Koutla, afin d'accélérer le processus des réformes qu'il juge essentielles. Il ajoute qu'il a proposé 50 mesures à M. Youssoufi, mais pour la plupart non satisfaites
    Il admet toutefois qu'avec un solde de l'ordre de 15% du Budget de l'Etat affecté au budget d'investissement (niveau à peine soutenable pour absorber les nouveaux entrants), l'absence de ressources fiscales en 1999 contrairement à l'exercice 1998 dopé par l'amnistie fiscale, le désarmement douanier, la marge de manoeuvre est faible et pourtant son volontarisme ne faiblit pas: "Il faut que l'alternance réussisse!", martèle-t-il.
    Comment? Par l'innovation.
    Il faut, en effet, selon M. Abbas Fassi, "appliquer les mesures difficiles pour maintenir l'espoir".


    Les chantiers à réaliser pour l'Istiqlal


    Les chantiers prioritaires pour M. Abbas Fassi sont les élections et la consolidation de l'Etat de droit (création effective de la cour de justice prévue par la Constitution; la composition du Conseil Constitutionnel). Il s'agit également de la mobilisation des jeunes, par la "réhabilitation du politique", en faisant appel au civisme (exemple de la route de l'unité après l'Indépendance). Les 50 propositions de l'Istiqlal intègrent le chantier de la réduction du train de vie de l'Etat (gérer en bon père de famille") et la refonte de l'échelle des salaires au Maroc. La création d'une agence foncière (d'un transfert de compétences en matière foncière entre les différents ministères et cette agence même "si chaque ministère est jaloux de ses attributions"), pour stimuler les secteurs stratégiques que sont le tourisme, l'habitat et l'industrie, serait un acte de politique économique important. La distribution des fermes de la SODEA et de la SOGETA aux diplômés chômeurs (ingénieurs agricoles) et la création d'une haute autorité pour l'audiovisuel, pour dépasser les conflits de personnes dans le cadre de la réforme de ce secteur constituent un autre volet des mesures préconisées. Enfin, M. Fassi demande la mise en place de campagnes d'explication de l'action gouvernementale ("les ministres du gouvernement doivent consacrer leur week-end à cela").

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