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Economie

Commémoration de la reconstruction d'Agadir

«On ne peut prédire un séisme, mais on sait le prévenir»

Wolfgang Jalil, expert international en génie parasismique

Par L'Economiste | Edition N°:720 Le 08/03/2000 | Partager

· Le Maroc est considéré comme une zone à sismicité modérée

· Les bureaux d'étude et de contrôle doivent appliquer aujourd'hui les normes de construction parasismique PS 92 car les règles PS 69 sont maintenant obsolètes

· Le surcoût résultant de l'adoption des PS 92 ne dépasse pas 1 ou 2% du montant global de l'ouvrage


EN marge du colloque sur les séismes qui s'est déroulé à Agadir les 1er et 2 mars, M. Wolfgang Jalil, expert international en génie parasismique et directeur du département des ouvrages spéciaux de la Socotec (Société de Contrôle Technique), a livré à L'Economiste des éclaircissements sur les phénomènes sismiques et la réglementation parasismique.

- L'Economiste: Comment se produit un séisme et peut-on le prévoir de nos jours?
- M. Wolfgang Jalil: Le globe est constitué d'un ensemble de plaques tectoniques qui flottent sur le magma de la terre. En se déplaçant, celles-ci se frottent et finissent par se coincer; quand elles se décoincent a lieu un séisme car il y a un dégagement brutal d'énergie. Il y a des facteurs d'atténuation de cette force. D'une manière générale, plus vous êtes loin du foyer (là où s'est libérée l'énergie), moins vous ressentirez ces vibrations. Toutefois, le cas de Mexico a fait exception à la règle. En 1985, le foyer du séisme était à plus de 250 km de cette ville, mais c'est là où il y a eu le plus de dégâts. Car là le sol était plus sensible. En effet, ce facteur comme d'autres, peut amplifier ou atténuer ce phénomène naturel qui ne peut malheureusement pas être détecter à l'avance. Il y a eu des essais pour prédire les séismes, la méthode VAN, les techniques chinoises, mais aucun n'a été validé car ils ont tous échoué. Personne n'a donc réussi à prédire un séisme mais il est possible de nos jours de le prévenir.

- Y a-t-il des régions qui sont très menacées par rapport à d'autres? Le cas du Maroc?
- Oui bien sûr qu'il y a des zones où l'aléa sismique est très fort telle la Californie, mais heureusement le risque est nul dans d'autres parties de la terre. Le Maroc pour sa part est considéré comme une zone à sismicité modérée. Pour déterminer le degré de sismicité d'un site, des cartes sont élaborées par des services techniques, et officialisées par les pouvoirs publics. Un document à l'échelle mondiale localise d'une manière globale la répartition des zones sismiques et des précisions sont apportées par des cartes locales de macro et microzonage.

- Comment mesure-t-on la force d'un séisme?
- Deux échelles cohabitent: l'échelle Mercalli modifiée ou MSK et l'échelle de Richter. Cette dernière est la plus utilisée. Elle mesure la magnitude d'énergie dégagée lors du séisme, par contre l'échelle Mercalli estime seulement le degré des dégâts ce qui a pour inconvénient de ne pas prendre en compte la qualité des constructions.

- Quelles sont les différentes orientations que l'on doit s'imposer pour prévenir un séisme?
- Plusieurs techniques existent aujourd'hui. La plus chère consiste à poser le bâtiment sur des isolateurs sismiques (coussins en caoutchouc). Cela se fait couramment aux Etats-Unis, au Japon, et pour les grands projets en France car cette technique est hors de prix mais elle peut être une option pour les bâtiments anciens nécessitant un renforcement parasismique. D'autres méthodes de prévention existent également. Il s'agit de la construction parasismique. Celle-ci se caractérise d'une manière générale par l'utilisation de matériaux ductiles et l'adoption de formes symétriques et compactes dans la réalisation des ouvrages.

- Comment la réglementation de la construction parasismique évolue-t-elle?
- Le génie parasismique n'est pas une science exacte. A chaque tremblement de terre les experts apprennent un peu plus et les réglementations sont ainsi enrichies et modifiées. Les Américains ont ainsi amélioré en un an leur réglementation à la suite du séisme survenu en 1994 à Los Angeles. Pour exposer leurs méthodes, les spécialistes se rencontrent également. Le deuxième congrès mondial qui s'est tenu dernièrement en Nouvelle-Zélande et auquel j'ai assisté, a réuni plus de 2.300 personnes. Cela va nous permettre de faire évoluer cette science.

- Au Maroc et notamment à Agadir, les bureaux d'étude et de contrôle font leur vérification et leurs calculs en se référant au PS 69 ou règles «Agadir 60». Pensez-vous qu'il soit nécessaire d'adopter les normes réglementaires PS 92?
- C'est dommage pour la ville d'Agadir que l'on continue d'adopter ce règlement vieux de 40 ans. Les PS 69 qui avaient été rédigées par la SOCOTEC à la suite du tremblement de terre de 1960 sont aujourd'hui obsolètes car elles sont incomplètes par rapport à la nouvelle réglementation. Les PS 92 dont j'ai présidé le comité de rédaction, et qui ont nécessité plus de quatre ans d'élaboration, sont plus riches. Grâce aux leçons que nous avons tirées des nombreux séismes survenus (Asnam, Mexico, Arménie...), ces nouvelles normes rassemblent multiples points ne figurant pas dans l'ancienne réglementation, et elles améliorent ainsi notre sécurité sans réellement augmenter le coût de la construction. En fait, le surcoût n'atteint que 1ou 2% du montant global de l'ouvrage.


Les normes «PS 69» et «PS 92»


LES dispositions françaises énoncent les règles parasismiques de conception et de vérification des projets de bâtiment. Elles complètent les règles générales relatives aux divers types de construction. Grâce aux leçons tirées des séismes récents une commission a révisé les règles «PS 69» élaborées par la SOCOTEC à la suite du séisme d'Agadir en 1960. Ces travaux, qui ont fait apparaître le dépassement de certains concepts dans les «PS 69» ont donné naissance aux normes «PS 92». A noter que le décret n°2-60-893 du 21 décembre 1960 a rendu applicables les normes «PS 69» au périmètre municipal d'Agadir et à la partie sud-est de la zone périphérique de cette ville.


Qui est Wolfgang Jalil?


ngénieur des Ponts et Chaussées, le professeur Wolfgang Jalil est titulaire d'un doctorat d'état ès-sciences de l'Université Paris VI. Il a publié une quarantaine d'articles techniques et est auteur et coauteur de cinq livres, publiés aux Editions Eyrolles. M. Jalil est président du Comité de rédaction des Règles Parasismiques PS 92 Bâtiment et professeur de Génie Parasismique à l'Ecole Spéciale des Travaux Publics en France. Il est également vice-président de l'Association Française de Génie Parasismique, institution qu'il encadre bénévolement. A Socotec, M. Jalil est directeur technique pour le Moyen-Orient. Siégeant à Paris, ce groupe offre des prestations d'inspection dans le bâtiment et les travaux publics. Il réalise aussi des missions de conseil et de formation dans les entreprises. Présent dans 46 pays, il est représenté au Maroc par sa filiale Socotec Maroc qui est dirigée par M. Guy Kohle. Les agences d'Agadir et de Marrakech sont coiffées par M. Brahim Sahib.

Propos recueillis par Malika ALAMI


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