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Economie

Après le départ de M. Abdellatif Filali

Le bilan économique des trois gouvernements qu'il a conduits
Par L'Economiste | Edition N°:482 Le 09/04/1999 | Partager

· Finances publiques et privées: lutter contre les tendances passéistes
· Moderniser les comportements en s'appuyant sur les relations avec l'UE
· Préparer les hommes au gouvernement d'alternance

LE remplacement de M. Abdellatif Filali par M. Mohamed Benaïssa met fin au long calvaire physique du ministre des Affaires Etrangères, trois fois de suite Premier ministre. En effet, ce n'est que grâce à une volonté hors du commun que, depuis son accident, il y a trois ans, M. Filali parvenait à assumer ses charges. Le communiqué du Cabinet Royal annonçant la nomination de M. Benaïssa souligne que c'est suite à un long entretien avec M. Filali que SM le Roi a décidé de "libérer M. Filali des fonctions".
A partir de 1994, M. Filali a conduit trois équipes gouvernementales jusqu'au début printemps 1998, moment où il remet les clefs à M. Youssoufi, tout en restant ministre d'Etat chargé des Affaires Etrangères. Dans chacune, et avec le recul, sa mission aura été de lutter contre les tentations de retour en arrière économique.
L'histoire économique du Maroc retiendra trois éléments-clés dans la mission gouvernementale de M. Filali: il a eu à conduire la sortie de l'ajustement structurel, la rénovation des relations avec l'Union Européenne et la préparation de l'alternance. Le premier point est sans aucun doute le plus important. Juste avant son arrivée, l'enchaînement des faits montrait déjà que le niveau de risque était très élevé: le Maroc du début des années 90 était certes dans la mouvance libérale, mais l'enracinement était loin d'être acquis. M. Mohamed Karim-Lamrani se trouvait être Premier ministre à la fin du programme d'ajustement en 1992-93. Mais à ce moment, la voiture Maroc se trompe de bretelle de sortie pour foncer tout droit dans le mur du déficit budgétaire. Exactement ce qu'il ne fallait pas faire. L'erreur coûte son poste au Premier Ministre, remplacé durant l'été 1994 par M. Abdellatif Filali, puis au ministre des Finances nommé par M. Karim-Lamrani et conservé quelque temps par M. Filali, M. M'Hamed Sagou.
Démarche inédite, en juillet 1994, le Premier ministre va à la rencontre des hommes d'affaires et leur promet que la Première priorité gouvernementale sera le maintien des équilibres financiers de l'Etat.
C'est ainsi qu'avec beaucoup de difficultés le gouvernement Filali parvient à redresser l'axe budgétaire, mais il lui faudra deux années entières et des négociations très dures pour y parvenir. Il a fallu au Premier ministre bien de l'endurance pour faire revenir ses équipes à des conceptions plus saines et plus modernes des finances publiques et ce, dans un environnement politique imprévisible, avec les premières tentatives d'alternance, qui finalement n'aboutiront pas.
En face, la réforme financière (banque puis bourse) poursuit la transformation du monde financier privé marocain. Mais lui aussi va souffrir du ralentissement de la privatisation: à partir de la fin 1996, M. Filali est constamment sollicité pour des arbitrages, souvent autour de conflits de personnes, et le processus de privatisation s'enlise.
L'impact du travail avec l'Union Européenne effectué par M. Filali et ses trois équipes comprend deux volets. Le plus visible concerne évidemment les avatars de l'accord de pêche et la signature de l'Accord d'Association. Mais le plus profond est sans doute la mise à niveau interne du Maroc sur les standards communautaires et ce, de manière à faire évoluer les comportements entrepreneuriaux. C'est effectivement ce qui s'est passé. Bien que l'histoire des comportements économiques soit encore à écrire, l'observateur a aujourd'hui du mal à retrouver la logique qui les expliquaient il y a seulement sept ou huit ans.
Enfin, la troisième grande mission qu'il faudra retenir des trois gouvernements Filali est la conduite des affaires pour préparer l'alternance. C'est effectivement ce qui a été fait en amenant les hommes et les femmes à servir le gouvernement formé par l'ancienne opposition, comme un fait politique naturel.

Nadia SALAH

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