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    Economie

    Analyse de politique économique

    Le visage grimaçant du financement des «petits agriculteurs»
    Par L'Economiste | Edition N°:468 Le 22/03/1999 | Partager

    · Une politique de l'autruche trop longtemps menée
    · Fragilisation croissante d'une partie de l'agriculture


    Pendant une trentaine d'années, la politique économique s'est attachée à financer des exploitations agricoles en difficulté. Parmi elles, il y a des petites exploitations, mais aussi des grandes, des terres ingrates, d'autres pas très bien mises en valeur, de l'élevage extensif plus ou moins réussi, du maraîchage...
    En fait toutes sortes de situations très diverses, que l'on range commodément, mais inexactement dans la catégorie des «petits agriculteurs».
    Face à cette politique, la seule question que l'on ne s'est jamais posée c'est de savoir si l'Etat, la Communauté nationale, arriverait ou non à payer. Et l'on range cette stratégie dans le tiroir des politiques sociales. C'est très commode, car cela donne bonne conscience et cela évite de parler du véritable motif. Ce dernier est une grande méfiance de l'urbain face au rural: sans le financement des «petits agriculteurs», les villes seraient peut-être envahies, et il vaut mieux que ces paysans restent loin.

    Que les paysans restent loin!


    C'est la stratégie de l'autruche qui évite de poser le problème central de la politique agricole. Le seul problème qu'elle pose est un problème de tenue comptable, au moment où les passifs accumulés ont besoin d'un traitement global: abandon de créances, transformation des créances par le miracle du rééchelonnement ou encore recapitalisation de la CNCA... C'est une question d'écriture comptable de manière à ce que l'autruche puisse continuer le plus longtemps possible à faire l'autruche et à en tirer bonne conscience.
    Mais reprenons la question autrement, du point de vue de l'agriculteur, cette fois.
    Dans le cas des exploitations peu rentables, le crédit n'est pas un vrai crédit. Il a deux visages contradictoires: d'un côté, il est une aide financière et de l'autre, c'est une dette. Le visage souriant est immédiatement souriant, c'est-à-dire que l'aide financière crée immédiatement un confort pour le fellah et sa famille. Inversement, le visage dette n'est grimaçant que 8 mois ou un an plus tard. Le décalage entre sourire et grimace rend évidemment le recours au crédit très tentant. Mais lorsque la grimace arrive, la position de l'emprunteur est fortement affaiblie: c'est son patrimoine d'avant l'emprunt qui est alors menacé. Et cela ne va pas sans mettre le fellah dans une position d'infériorité vis-à-vis de son environnement administratif et commercial.

    Patrimoine menacé


    A cause de dettes récurrentes, combien de fellahs ont-ils été obligés de vendre leurs récoltes au-dessous de leur prix de revient? A la campagne suivante, le problème se reproduit. Il reste identique à lui-même s'il n'y a pas de sécheresse. Il s'aggrave s'il y a une sécheresse. Les années de miracle pluviométrique sont rares et lorsqu'elles se produisent, elles ne tirent pas pour autant l'agriculteur de ses difficultés. En effet, à ce moment, toutes les productions agricoles de la région sont excédentaires et ce sont alors les prix qui baissent.
    Voila la vraie toile de fond qui se dresse derrière les masses financières que la CNCA n'arrive pas à recouvrer. Le problème de fond n'est pas dans le recouvrement ou l'abandon de ces créances. Il est dans la fragilisation qu'elles laissent derrière elles.
    «On ne pourra pas éviter longtemps l'exode rural», notait le Pr Habib El Malki, pas encore ministre de l'Agriculture, mais déjà secrétaire général du Conseil National de la Jeunesse et de l'Avenir. Oserait-il ouvertement cette analyse aujourd'hui? Nul ne le sait. Au Salon de l'Agriculture, il n'a pas évoqué le problème, préférant parler de modernisation. Mais le Maroc ne pourra pas encore très longtemps éviter la question de l'effet réel de sa politique de financement agricole.

    Nadia SALAH




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