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    «Un enjeu de position sur le marché»

    Jean-Laurent Santoni, membre du Comité An 2000 française
    Par L'Economiste | Edition N°:633 Le 08/11/1999 | Partager


    · Avec le bug, il ne faut pas avoir trop confiance en soi
    · La priorité doit être accordée aux plans de continuité et de franchissement
    · Grande originalité: Le bug coïncidera avec la "Nuit du destin"

    - L'Economiste: A moins de deux mois de la date butoir, les retardataires ont-ils la possibilité de rectifier le tir pour mettre à niveau leur système d'information?
    - M. Jean-Laurent Santoni:
    D'emblée, il faut leur dire de ne pas se tromper de priorité, Ils ne doivent pas essayer à tout prix de réussir l'aspect technique de passage. On distingue deux types de retardataires. Certains n'ont pas commencé suffisamment le moment opportun. D'autres n'ont pas fini toute la rénovation et la mise à niveau de leurs systèmes informatique et électronique. Aujourd'hui, dans les deux cas, la démarche adéquate consiste à organiser des plans de franchissement et de continuité pour garantir la présence de l'entreprise sur le marché. Il faut passer ainsi d'une situation technique à une autre liée à l'organisation pour faire face au bug.
    C'est-à-dire essayer aujourd'hui de ne pas travailler techniquement, mais communiquer sur le problème dans l'entreprise, mobiliser les ressources humaines et essayer de savoir l'essentiel de l'activité qu'il faut préserver. Bref, ce n'est plus un problème technique, mais un problème de position sur le marché.
    Cependant, même en bouclant un projet antibug, le risque de dysfonctionnement reste potentiel. Donc, il ne faut pas avoir trop confiance en soi.

    - Y a-t-il une nuance entre un plan d'urgence et un plan de continuité?
    - Au-delà de la magie des mots, par plan d'urgence il faut entendre qu'on est en retard et qu'on travaille dans l'urgence pour essayer de sauver la situation. C'est un plan de rattrapage négatif.
    Par contre, un plan de continuité est un plan d'action, concerté, dont l'objectif est de garantir la continuité des fonctions et de l'activité de l'entreprise.
    Ce plan comprend plusieurs parties. D'abord, un plan de préparation général (mettre le fuel dans les groupes électrogènes, le stock de la nourriture...) accompagné d'un autre plan de franchissement qui couvre la période du 31 décembre au 3 janvier.
    Parallèlement, un plan de repli doit être mis en oeuvre pour répondre à des dysfonctionnements qui résultent du bug tels que la coupure d'électricité ou les télécoms.
    Enfin, un plan de retour à la normale doit être prévu une fois l'épreuve du bug franchie.

    - En tant que membre du Comité An 2000, qu'en est-il de l'état d'avancement des préparatifs en France?
    - A la différence du Maroc, la situation en France comprend trois niveaux d'intervention. Le premier est gouvernemental, il concerne le plan du 31 décembre. Sa supervision est assurée par le Ministère de l'Intérieur en coordination avec les préfets. Objectif, garantir la sécurité publique, les secours et l'énergie.
    Pour ce qui est de la mission du Comité An 2000 dirigé par M. Gérard Thierry, elle a pour tâche d'assurer le bon fonctionnement des services publics (sécurité sociale, chômage, assurance...).
    Dernièrement, un autre pôle constitué à l'initiative de l'ordre économique s'attache à appuyer l'action des entreprises françaises dans l'avancement de leurs projets an 2000.
    Le chef de file de ce pôle est le patronat, le Mouvement des Entreprises Françaises (MDEF).

    - Les assureurs marocains ont exclu le bug de la couverture. Ne s'agit-il pas d'une position de facilité pour se décharger de la responsabilité vis-à-vis de leurs clients?
    - Le marché français est un peu différent sur ce point, puisqu'il a démarré relativement un peu tôt le traitement de la question de l'an 2000.
    Les compagnies prennent en charge les conséquences du bug à condition que les manifestations de dysfonctionnement soient la conséquence d'un aléa, c'est-à-dire un événement incertain.
    La démarche est la suivante. Le contractant doit prendre les mesures nécessaires pour réussir son passage. Si quelque chose arrive, on mesure ce qu'il a fait.
    Les assureurs ont mis en place un organisme d'expertise pour la coordination an 2000, qui a pour mission de donner des recommandations dans ce sens.
    Après le 31 décembre, les experts vont utiliser une base de données des références pour vérifier si la manifestation de préjudice est vraiment aléatoire ou le résultat d'une non-préparation.
    Il s'agit d'une analyse a posteriori de la qualité de préparation.
    Les Anglo-Saxons ont exclu le bug. Comme c'est eux qui gère pour l'essentiel le marché international de l'assurance et la réassurance, plusieurs compagnies se sont alignées sur cette position d'exclusion.
    Une troisième position accorde une garantie spéciale à condition de démontrer l'état d'avancement des préparatifs. Ce n'est pas une assurance accordée systématiquement, mais une garantie conditionnelle en rapportant un certain nombre de preuves sur la préparation.

    - Quel degré de fiabilité faut-il accorder aux différents rapports préparés par des bureaux d'études et des ministères sur l'état de préparation des pays?
    - Le problème à ce niveau, c'est que tout le monde ne mesure pas avec la même échelle de valeur les préparatifs, d'autant plus que le degré d'informa-
    tisation diffère d'un pays à l'autre.
    La problématique de l'an 2000 dépend aussi de l'aspect culturel qui agit sur les comportements. D'ailleurs, l'effet de panique au sujet du bug emmène des personnes à retirer leur argent des banques pour les stocker chez eux.
    Il faut souligner l'originalité de la démarche des pays anglo-saxons. Tout en étant en avance dans le domaine technique, ils ont privilégié une communication de risque qui associe la population.
    Pour les pays musulmans tel que le Maroc, le passage du 31 décembre va coïncider avec la nuit du destin le 27 Ramadan. Une donnée qu'il faut prendre en considération lors de l'établissement des plans de continuité.


    Marjori: Une approche transversale de la conversion


    Docteur en droit, auditeur spécialiste d'analyse de risques et de sécurité des systèmes d'informations, Jean-Laurent Santoni a débuté ses travaux sur le risque de passage à l'an 2000 des systèmes informatiques et électroniques en 1995 au sein de la Commission An 2000 du Clusif (Club de la sécurité des systèmes d'information).
    Au sein de son cabinet d'étude "Themis R&D "(www.themis-rd.com), il s'est attaché à développer une méthodologie spécifique dénommée Marjori 2000 (Méthode d'Analyse et de Réduction Juridique et Organisationnelle du Risque An 2000. Le principe de base de cette méthode est que la problématique du bug ne s'inscrit pas seulement dans une approche de migration technique des applications cobol des mainframes, mais devait appréhender un périmètre plus large qui comprend l'informatique, l'électronique et surtout l'électronique intégrée.
    Parallèlement, Marjori inscrit la problématique du bug, explique M. Santoni, dans une perspective globale fondée sur la sensibilisation-formation, l'organisation, le technique et le juridique.

    Propos recueillis
    par Rachid JANKARI


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