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    Guerre singulière au Sri Lanka
    Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

    Par L'Economiste | Edition N°:2698 Le 23/01/2008 | Partager

    Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet dont «La guerre au XXe siècle», Hachette 2003; «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad», Editions Complexe, 2004Le Sri Lanka, ex-Ceylan, «l’île resplendissante», ancienne colonie britannique, avait tout pour être heureuse: frontières naturelles, climat plaisant nonobstant les tsunamis (35.000 morts en 2004), population alphabétisée à 90%, terres fertiles, eaux poissonneuses, pierres précieuses… Les Anglais l’avait même dotée d’un système parlementaire, avec deux grands partis qui pratiquaient l’alternance mais en ignorant la minorité tamoule. Le pays plaisait aux touristes. C’est moins le cas aujourd’hui. Pour cause de guerre. Depuis l’indépendance, en 1948, 3 millions de Tamouls ne disposent pas de droits égaux à ceux des 17 millions de Sri lankais cinghalais. Cette minorité est établie dans l’île depuis le VIe siècle, sauf un tiers transplanté par les Anglais à la fin du XIXe siècle à partir de l’Inde, pour travailler sur les plantations de thé. Les Tamouls, mal considérés, brimés, se révoltent en 1983. Un mouvement révolutionnaire naît, le LTTE (Liberation Tigers of Tamil Eelam). Son programme: l’indépendance pour le nord et l’est du pays, là où vivent les Tamouls et où il établit une dictature impitoyable, éliminant tous ses rivaux. En dépit d’un cessez-le-feu négocié en 2002 sous l’égide de la Norvège, la guerre ne cesse pas. Il y a trois semaines, le 3 janvier, Colombo prévient l’ambassadeur norvégien qu’il ne reconnaît plus l’accord de cessez-le-feu. Depuis qu’il a reconquis cet été les côtes orientales de son territoire, le gouvernement sri lankais croit pouvoir gagner cette guerre interminable qui a coûté la vie à 70.000 personnes et entraîné l’exode d’un million de Tamouls vers la zone cinghalaise. Samedi dernier, le ministre de la Défense annonçait avoir tué soixante «Tigres tamouls»; le 8 janvier, une bombe avait tué son collègue chargé de la «Rénovation de l’Etat». Parmi les affrontements qui ensanglantent la planète depuis 1945, ceux du Sri Lanka sont représentatifs de leur époque mais revêtent aussi des caractères originaux, en particulier militaires. Tous les conflits entraînent des tragédies, les guerres civiles aussi. Là, plus de droit qui tienne, plus de «guerres limitées» par les grandes puissances, nul Croissant ou Croix Rouge pour visiter les prisonniers. Des groupes ethniques luttent pour la reconnaissance de leur identité. Et ce type de dispute génère souvent un acharnement sans nom. C’est le cas au Sri Lanka. Dans ce conflit séparatiste, la lutte entre Cinghalais et Tamouls irrédentistes a pour origine des antagonismes ordinaires, ethniques, linguistiques, religieux. Les Cinghalais parlent le sinhala et pratiquent le bouddhisme. Les Tamouls, originaires de l’Inde où ils sont soixante millions, sont en majorité hindouistes, parfois chrétiens, et parlent le tamoul. A ces disparités s’ajoutent des exaspérations d’ordre communautaire, social, politique. Longtemps, les Tamouls, accusés d’avoir été de zélés collaborateurs des Britanniques, ont été exclus de la fonction publique et de l’armée,  ceux « des plantations(1)» n’ont pas droit à la nationalité sri lankaise; longtemps, le cinghalais est la seule langue officielle, le tamoul ne l’étant devenu qu’en 1977, trop tard sans doute. Sans compter d’innombrables discriminations : embauche, logement, terres irriguées, admission dans les universités… L’Etat est «laïc» mais protège et développe le seul bouddhisme.Réputée prôner le respect de la vie, cette religion n’empêche pas les massacres. Tout combattant tamoul porte pendue à son cou une dose de poison pour éviter la capture. Les exactions ne manquent pas, les attentats suicide non plus, à commencer par ceux du 29 novembre 2007, aux portes de Colombo, deux jours après le discours annuel du chef du LTTE, Velipullai Prabhakaran, ou celui de 1991, perpétré à Madras contre Rajiv Gandhi, Premier ministre de l’Inde et ancien chef d’une Force de paix indienne de 70.000 hommes. New Delhi, en effet, avait jugé bon d’intervenir au Sri Lanka pour tenter de ramener les Tamouls à la raison. Peine perdue! Après trente-deux mois de combats, entre 1987 et 1990, l’Inde s’était retirée piteusement. . Une insurrection pas comme les autresLe conflit est devenu purement interne, ce qui est rare. Il est aussi méconnu car la presse est muselée. Hormis une coopération indienne modeste, il n’est plus d’intervention étrangère autre que diplomatique. Surtout, les Tamouls alignent marine et aviation, du jamais-vu dans une insurrection.La volonté des combattants tamouls n’a d’égal que leur audace et leur imagination. Les «Black Tigers», commandos suicide du LTTE, assaillent le 22 octobre 2007 la base aérienne d’Anuradhapura (170 km NE de Colombo). 33 soldats sont tués et 8 avions détruits. Un semestre plus tôt, en mars 2007, des avions légers tamouls, de la jeune « Tamil Eelam Air Force » (TAF), avaient bombardé la base militaire de Colombo, voisine de l’aéroport international, puis récidivé en avril contre des installations militaires dans la péninsule de Jaffna. On se bat sur mer, les Tamouls disposant de centaines d’embarcations rapides. Force conçue pour le harcèlement d’un adversaire plus puissant et moins manœuvrier, le LTTE sait aussi s’enterrer. Ce faisant, il tient ferme ses positions, au moins au nord. Ce conflit interne a des aspects symétriques, à l’instar de la guerre civile d’Espagne, enjeux mondiaux et internationalisation en moins. Il n’est plus grand monde en 2008 pour aider le LTTE, hormis une diaspora nombreuse mais inégalement motivée(2). Ne croyant plus à une solution politique pour avoir déjà consenti à de multiples compromis, le pouvoir a choisi la guerre à outrance. Il n’écoute plus les conseils de la communauté internationale, prodigués par la «Sri Lankan Monitoring Missio » (UE, Japon, Norvège, Etats-Unis). Même chose pour le LTTE, lequel ne semble pas prêt à déposer les armes, malgré ses lourdes pertes humaines et territoriales. Seul l’épuisement des combattants pourrait faire s’évanouir la détermination suicidaire des Tamouls en quête d’une indépendance probablement illusoire. La paix va devoir encore attendre un peu. -------------------------------------------------(1) Il existe deux communautés tamoules, celle de Jaffna, au nord, la plus nombreuse, 2 millions, la plus virulente aussi, est installée dans l’île depuis 1500 ans, les « Tamouls des plantations », eux, arrivés à Ceylan à la fin du XIXe siècle, sont plutôt installés sur la côte orientale.(2) Ainsi 30.000 Tamouls, originaires des anciens Comptoirs français de l’Inde, comme celui de Pondichéry, ont émigré en France métropolitaine et à la Réunion où ils se sont assimilés.


    Le financement

    Outre l’aide apportée par la diaspora, le LTTE (Liberation Tigers of Tamil Eelam) trouve son financement de trois manières :- Appui des autorités régionales indiennes tamoules qui fournissent sanctuaire, subsides et assistance matérielle,- Aide « fraternelle », moins évidente aujourd’hui, procurée par la Libye, la Corée du nord, l’OLP…,- Trafic de drogue en direction de l’Europe, contrebande et racket.


    La «marine» tamoule

    Le LTTE (Liberation Tigers of Tamil Eelam) aligne plusieurs centaines d’embarcations en fibre de verre. Armées de mitrailleuses et de lance-roquettes, équipées de moteurs puissants (vitesse > 30 nœuds), ces vedettes sont utilisées pour mettre en place et ravitailler les groupes de combat, et harceler la marine sri lankaise. Outre cette «poussière navale», les Tigres possèdent des installations portuaires bien adaptées, de petits chantiers navals de construction et de réparation, ainsi que des radars mobiles leur permettant de contrôler le trafic maritime dans le détroit de Palk et de suivre les mouvements des unités sri lankaises(1). -----------------------------------------------------------------------------(1) Voir Jean-Marc Balencie et Arnaud de La Grange, « Mondes rebelles », « Sri Lanka », Paris, Michalon, 1996, tome 2, 825 p., pp 80-102

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