Economie

Grippe aviaire: Le canard sauvage sous haute surveillance

Par | Edition N°:2220 Le 23/02/2006 | Partager

. Opération de sensibilisation des éleveurs . La consommation du poulet a chuté de 60% LA menace de la grippe aviaire pèse sérieusement sur l’aviculture. L’inquiètude gagne en ampleur chez les professionnels, éleveurs, aviculteurs ou simplement marchands de poulets. Des chiffres font état d’une baisse de plus de 60% de la consommation et d’une chute de 70% de la mise en place de nouveaux élevages industriels, selon Ahmed Ennaji, docteur vétérinaire et conseil en productions avicoles intensives. «Il y a une perte de confiance flagrante dans le secteur. Beaucoup ne veulent plus consommer ni y investir. Plus de 230.000 emplois sont directement menacés», affirme-t-il. Devant un parterre d’éleveurs, réunis mardi 21 février à Casablanca, Ennaji a essayé de sensibiliser au risque qui pèse sur le Maroc. Mais cela «ne doit pas nous empêcher de continuer à travailler pour sauver le secteur qui est au bord de la faillite». Les producteurs s’estiment victimes d’une injustice: ils sont directement frappés, sans être responsables de cette situation, souligne Ennaji. Maintenant, que faut-il faire? «Sensibiliser éleveurs et consommateurs, d’abord», répond Ennaji. Ensuite, suivre à la lettre les consignes des services vétérinaires officiels. Les consignes sanitaires concernent en premier le confinement des élevages (cf. le plan d’attaque contre la grippe aviaire dans notre édition d’hier; www.leconomiste.com). «En ce qui concerne l’élevage industriel, toutes les volailles sont pratiquement confinées et cela dans toutes les régions du Maroc et bien avant la menace de la grippe aviaire», assure Ennaji. Ajouté à cela, il faut savoir que tous les élevages industriels, qui fournissent 95% de la consommation de poulet de chair au Maroc, sont installés loin des zones humides à risque.Pour le poulet fermier, il est certain que le confinement sera difficile. En tout cas, il faut d’abord commencer par sensibiliser les éleveurs en leur expliquant qu’il s’agit tout simplement d’enfermer les volailles et de ne pas les laisser traîner dehors. Une mission qui peut être confiée, selon le vétérinaire, aux auxiliaires du ministère de l’Intérieur, notamment les chioukhs et les mokaddems. Ahmed Ennaji explique que les régions humides sont le passage privilégié des oiseaux migrateurs. Moineaux, hirondelles et pigeons ne sont pas des volatiles à eau et par conséquent ne sont pas porteurs du virus. Par contre, ce sont les canards sauvages qui en sont, en quelque sorte, le réservoir. Ce sont des porteurs sains, explique Ennaji. Un canard sauvage porteur du virus s’arrête sur un étang, un lac, un marécage pour se reposer, manger et boire. Il dépose des fientes, un poulet beldi des alentours peut en manger, marcher dessus et attrapper le virus. La transmisssion du virus se fait donc soit par le fiente, soit par le contact. Dans ce dernier cas, il faut que le porteur et le volatile contaminé aient été enfermés dans le même local.Au Maroc, la tâche principale consiste donc à surveiller en premier le passage des canards sauvages, souligne Ennaji. Il y a une veille sanitaire qui a été mise en place et qui est très efficace, reconnaît Ennaji, mais il faut aussi renforcer cette veille par des campagnes de sensibilisation des éleveurs, des techniciens, des vétérinaires… «Notre situation géographique nous impose cette veille. Le risque est là, il ne faut pas le cacher et il ne concerne pas uniquement le Maroc. Le jour où la grippe aviaire sera déclarée dans un pays voisin (Espagne, Algérie, Mauritanie et Mali entre autres), il faut alors que l’alerte passe au rouge», lance-t-il. Des vétérinaires privés procèdent régulièrement à des contrôles dans les élevages dont ils ont la charge, rapporte Ennaji. Ces contrôles sont effectués sur des poulets de 50 semaines et «il n’y a pas de quoi s’inquièter de ce côté-là», rassure-t-il. D’autant plus que pour l’homme, la contamination se fait uniquement par le contact direct. Ce sont les gens, qui travaillent à proximité immédiate avec la volaille, qui sont les plus exposés. Il n’y a aucune contamination par la nourriture, affirme Ennaji qui appele «les éleveurs à se retrousser les manches et à mener campagne pour défendre leurs produits». En l’absence d’une reprise de la consommation et donc des ventes, le secteur ne tardera pas à être déclaré sinistré, s’il ne l’est déjà.Jamal Eddine HERRADI

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