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    Enquête

    Grève dans l'Enseignement Supérieur : Les profs irrités par l'indifférence du gouvernement

    Par L'Economiste | Edition N°:217 Le 15/02/1996 | Partager

    Pour la seconde fois en moins d'un mois, les profs ne se rendront pas aux amphis. Sur la sellette, le vieux projet de réforme de l'Université. Déçu, le SNE-Sup estime que le gouvernement discrédite le dialogue social en ne tenant pas ses engagements. La partie ne fait que commencer, promet le syndicat qui se dit prêt à aller jusqu'au bout.


    La grogne monte chez les profs. Pour la deuxième fois en trois semaines, les enseignants du supérieur observent une grève de 72 heures pour protester contre ce qu'ils qualifient "d'indifférence inacceptable des pouvoirs publics et la stratégie du gros dos". Le mouvement qui a commencé le mardi 13 prend fin ce jeudi 15 février. Un rassemblement est prévu le 24 courant dans la capitale, où les enseignants entendent exprimer leur courroux. Ce sera également un test de mobilisation pour le SNE-Sup qui revendique plus de 7.000 adhérents sur près de 9.000 personnes que comprend le corps enseignant de l'Université.

    Auprès du syndicat, l'on n'a pas du tout apprécié que la grève d'avertissement des 23, 24 et 25 janvier derniers n'ait suscité pas la moindre réaction du côté du gouvernement. Ce qui irrite le plus les enseignants, dixit M. Ben Jilali, secrétaire général du SNE-Sup, "c'est ce sentiment de s'être fait berner par les responsables".
    Par ailleurs, les enseignants se disent déçus de l'absence du moindre iota dans la concrétisation de l'accord conclu sur un certain nombre de dossiers en dépit du calendrier convenu avec les pouvoirs publics lors des négociations.
    Aucun engagement pris n'a été tenu. Le processus va de report en report, et chaque date se fait remplacer par une autre, explique le secrétaire général du syndicat des profs.
    "Nous irons jusqu'au bout; et si le gouvernement cherche à nous pousser à la faute, il n'y parviendra pas. A lui d'assumer ses responsabilités", assure-t-il.

    Sept mois de discussions pour rien

    Selon lui, c'est toute la logique du dialogue social auquel aspire tout Etat de droit qui est vidée de sa substance. "Demain, dit-il, personne ne fera plus confiance à personne. A quoi bon passer des centaines d'heures de discussions pour déboucher sur le néant", s'interroge M. Ben Jilali.
    Le syndicat, qui a négocié les accords durant 7 mois au rythme de 4 réunions hebdomadaires, redoute que sa crédibilité ne s'étiole auprès de sa base, déçue par des promesses sans lendemain.
    Le compromis conclu avec le gouvernement en juillet 1994 portait essentiellement sur la réforme de l'Université, qui elle-même englobe quatre volets sensibles: la réforme pédagogique, la révision des structures, la réforme de la recherche scientifique et celle du statut de l'enseignant-chercheur. A la suite de quelques mouvements de grève au printemps 1995, le gouvernement s'engagea alors à appliquer ces accords en deux étapes. Priorité devait être donnée aux aspects considérés comme urgents, c'est-à-dire le statut de l'enseignant-chercheur, la situation matérielle de l'enseignant et la réforme du système doctoral. En principe, il était convenu que ces chantiers soient mis sur rails en juin 1995. Rien n'avait été entamé depuis. Amer, le syndicat ne pouvait que constater le statu quo. La réplique fut immédiate, et à la suite d'un arrêt de travail en septembre 1995, le dossier fut repris par une commission gouvernementale. Plusieurs engagements y ont été pris, confirme le SNE-Sup, et selon les termes du compromis, l'application de la réforme devait entrer en vigueur le 1er janvier 1996. Face à l'absence de tout progrès, le syndicat a dû recourir à un premier arrêt de travail de 3 jours en janvier. Il récidive en espérant se faire entendre par les pouvoirs publics, confie M. Ben Jilali.

    L'un des points sur lesquels achoppent les discussions concerne la régularisation de la situation administrative de détenteurs du doctorat français, nouvelle formule. Ils sont aujourd'hui entre 800 et un millier de personnes à être victimes d'un traitement "injuste". L'Administration leur refuse l'équivalence administrative avec le doctorat d'Etat, laquelle est pourtant accordée aux diplômes américain, canadien, belge, allemand, etc... Plus étonnant, les Américains, les Belges, les Canadiens eux-mêmes reconnaissent au doctorat français l'équivalence au diplôme délivré par leurs universités. Logiquement, estime le syndicat, la question ne devrait même pas se poser. Mais les contraintes budgétaires ne seraient sans doute pas étrangères à l'attitude du gouvernement. En effet, le traitement de ce dossier se traduirait, entre autres, par des incidences financières que le Budget de l'Etat ne peut supporter actuellement. Le syndicat des enseignants se dit ouvert à la discussion concernant toute formule de compromis.

    Abashi SHAMAMBA .

    M. Driss Khalil, ministre de l'Enseignement Supérieur, de la Formation des Cadres et de la Recherche Scientifique

    "Les enjeux de la réforme dépassent la seule sphère éducative"

    Les problèmes de l'enseignement sont plus complexes qu'il n'y paraît, estime le ministre. Selon lui, les mouvements actuels de grève à l'Université ne sont plus justifiés dès lors que les textes de réforme sont à l'étude au gouvernement.


    L'Economiste: Le Syndicat National des Enseignants du Supérieur vient de lancer un deuxième mot d'ordre de grève en l'espace de quelques semaines. Quelles sont les réponses apportées par votre département aux mouvements de grève qui se développent dans le supérieur?
    M. Driss Khalil: Vous savez, les problèmes de l'enseignement en général sont d'une très grande complexité. Ils ont besoin, pour être résolus, de temps et de sérénité. Pour ce qui est de l'enseignement supérieur, département dont j'ai la responsabilité, je déplore que le dialogue entamé avec les enseignants et leurs représentants, dès ma prise de fonction, ne nous ait pas permis jusqu'à présent de faire l'économie de ces mouvements. Ceci étant dit, les grèves que connaît l'enseignement supérieur depuis la rentrée universitaire ne sont désormais plus justifiées, puisque des textes législatifs sont soumis au gouvernement pour étude par les départements ministériels concernés. Il s'agit d'un décret portant statut du corps des enseignants-chercheurs et de deux autres textes relatifs à l'organisation des études doctorales et à l'habilitation universitaire.

    - Peut-on déceler dans cette succession d'arrêts de travail un signe de malaise profond dans la profession?
    - Le malaise de l'enseignement existe au Maroc comme partout dans le monde, qui peut nier cela? C'est le signe très fort de la difficile adaptation des systèmes de formation aux mutations de la société. Dans cette phase de transition, l'enseignant est contraint de se remettre en cause, de se poser des questions sur ses conditions d'exercice certes, mais aussi sur l'efficience et la finalité de son travail. Les enseignants, dont un des rôles est d'anticiper les mutations sociales, pourraient-ils être indifférents à l'augmentation du nombre de chômeurs parmi les diplômés? En d'autres termes, il serait erroné de penser que les origines des mouvements actuels se réduisent aux revendications catégorielles stricto sensu. A mon sens, les enseignants sont parfaitement conscients de l'inadaptation de notre système de formation et de la nécessité de sa restructuration en profondeur. Je leur demande d'adhérer à l'idée qui inspire mon approche et qui est la suivante: dans la refonte à laquelle nous travaillons, la responsabilisation de l'enseignant et la revalorisation de son rôle sont deux éléments-clés. Dans les prochains mois seront organisées, sous forme régionale ou nationale, de larges consultations sur le système de formation et d'enseignement, l'organisation de la recherche scientifique, de l'insertion universitaire des étudiants A cet effet, des dossiers techniques sont en cours d'élaboration, et où seront posées les grandes questions concernant l'avenir de ce secteur ainsi que les différentes solutions y afférentes.

    - Le décryptage du communiqué du syndicat des professeurs laisse penser que le Ministère reste indifférent, ou plutôt n'accorde pas toute l'attention voulue aux revendications du corps enseignant. Les enseignants se disent déçus par l'absence d'un début de réponse à leur requête. Quel est votre sentiment?
    - Comment pourrait-on parler d'indifférence alors même que j'ai veillé à maintenir un dialogue constructif avec les enseignants et leurs représentants et ce, depuis ma nomination au gouvernement? L'indifférence aux questions posées par les enseignants ne peut, à mes yeux, me tenir lieu de politique. Pis encore, elle est contraire à mes convictions et à mon sens du devoir.

    - Quel est l'état d'avancement de l'examen des différents problèmes soulevés par la profession (réforme de l'enseignement, statut des titulaires de doctorats français, révision de la grille des salaires, etc)?
    - Il ne faut pas croire que les questions de l'enseignement relèvent du seul secteur de l'enseignement. Comme évoqué plus haut, le dossier est d'une rare complexité et ce, parce que les enjeux dépassent de loin la sphère éducative. En effet, peut-on parler d'efficacité d'un système de formation sans tenir compte de l'évolution du tissu économique? Peut-on traiter les problèmes de l'enseignement supérieur sans se soucier de l'éducation de base? D'où la nécessité de réponses globales qui seraient à la mesure des défis posés à notre pays au seuil du XXIème siècle. D'où aussi préalablement la nécessité d'une vision prospective du nouveau système d'éducation, d'enseignement, de formation et de recherche scientifique dans ses multiples rapports avec les besoins culturels et socio-économiques de notre pays. Dans de très nombreux pays à travers le monde, des réflexions ont été initiées. Dans notre pays, conformément aux Directives de Sa Majesté le Roi, nous travaillons depuis plusieurs mois sur un projet de réforme de l'enseignement supérieur.
    Quant aux autres dossiers que vous évoquez, des textes ont été élaborés et -je le répète- sont actuellement soumis au gouvernement.

    Propos recueillis par Abashi SHAMAMBA

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