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Grandeurs et misères de la famille Bradley

Par L'Economiste | Edition N°:1054 Le 06/07/2001 | Partager

. Entre le mythe et le drame, les Bradley n'ont jamais cessé d'affronter un destin de plus en plus cruel...Certaines idées, qui paraissent folles au départ, s'avèrent audacieuses à la fin. Elles font de leurs défenseurs des héros ou des héroïnes. C'est le cas de Nadia et Ghita Bradley, deux soeurs marocaines, qui, un jour de 1971, ont décidé de prendre des valises remplies de bombes pour faire sauter des hôtels en Israël...A peine l'adolescence passée, Nadia et Ghita étaient imprégnées de militantisme. Leur père, célèbre pour ses cars de transport interurbain au Maroc, était un résistant pendant le Protectorat français. «On a milité auprès de la Résistance, mon mari fut un grand nationaliste». D'origine espagnole, madame Irène Pellicer Bradley est née au Maroc, à Souk Larbaâ, en 1922. Aux côtés de ses parents, elle passe sa vie de jeune-fille à Doukkala jusqu'à 1942, quand elle rencontre Bachir Bradley. «Il était mûr et moi je n'ai jamais aimé les jeunes hommes. Il avait 35 ans quand je l'ai rencontré». En 1943, Irène donna naissance à un garçon: Abderrazak... Deux ans après, le couple Bradley eut sa première enfant: Nadia. A partir de quatre cars qu'il possédait avant son mariage, Bachir passe à un véritable parc qui assure les liaisons les plus importantes du Royaume. En 1950, les Bradley eurent une deuxième fille: Ghita.Après huit ans de bonheur, le destin commence à jouer ses premiers mauvais tours à la famille. «La Résistance... Mon mari était souvent entendu au commissariat. J'ai épousé un homme qui faisait de la politique et moi je l'ignorais!», raconte Irène. «Nous avons été de grands travailleurs mon mari et moi. A la Route de Médiouna, quand il n'était pas là, je prenais la relève». Prise entre le garage Bradley et les enfants, Irène cherchait «toutes les astuces pour que ses enfants ne sortent pas dans la rue». «De 7 heures du matin à 19 heures, notre planning était fait à la seconde», explique Ghita. Ainsi, les deux soeurs ont tout fait: «cours de langues, piano, peinture, danse...», «sans cela, je ne me serais jamais occupé des affaires», raconte Irène.Après l'Indépendance, les Bradley retrouvent le bonheur d'antan... mais pas pour longtemps... En janvier 1966, une mort tragique emporta Bachir Bradley. «Il est mort empoisonné», affirme Irène. Convaincue de cette thèse, jamais la famille ne demandera à ouvrir une enquête officielle... Le destin allait encore changer la vie de cette famille. «Les associés de mon père nous avaient arnaqués. Nous n'avons pas eu notre part de l'héritage», explique Ghita. «Soudainement, je suis devenue chrétienne sans droit à l'héritage. Alors que je m'étais convertie à l'islam juste après mon mariage», déplore la maman.A 44 ans, Madame Bradley n'était pas au bout de ses peines. Quelques années plus tard, un événement tragique remet la famille sous les feux des projecteurs. «En avril 1971, quelqu'un a tapé sur ma porte pour me dire que mes filles sont emprisonnées en Israël!», raconte-t-elle. En effet, Nadia et Ghita devaient, selon leur mère, partir en France pour des soins médicaux. En vérité, elles faisaient partie d'un commando qui milite pour la cause palestinienne. «Le Commando de Pâques», se rappelle Ghita qui ajoute: «Trois Françaises et deux Marocaines: ma soeur et moi. Nous avions pour objectif de faire exploser trois hôtels en Israël en même temps!». Arrêté à 36 km de Tel Aviv, le commando n'est jamais parvenu à atteindre son but. Au Maroc, prise de panique, Irène vend sa ferme et part à Tel Aviv pour assister au procès de ses deux filles. «Je suis arrivée en Israël, je leur ai dit «pourquoi vous avez fait cela?». Elles m'ont répondu: «Maman, on fait comme notre père». «Je ne pouvais rien leur dire», raconte Madame Bradley. Elle se rappelle qu'un Israélien lui avait dit: «On relâche un Palestinien parce qu'on juge qu'il a le droit de lutter. Mais vos filles sont étrangères. Elles vont être condamnées!». Chose promise, chose due: «Nadia a été condamnée à 12 ans de prison et moi à 10 ans», explique Ghita. Cette fois-ci, le destin avait frappé fort, chez «l'ennemi», loin du pays. Mais ce n'est pas pour autant que Irène, grande habituée des vents difficiles, allait baisser les bras...«Je suis restée 5 ans en prison et Nadia avait passé 4 ans et trois mois», raconte Ghita. En effet, sa maman, toujours aussi combative, allait se livrer à la plus pénible des batailles: faire libérer ses deux filles. «Elle a changé nos conditions carcérales», continue Ghita. «Ma mère venait nous voir avec du chocolat, des biscuits, des fruits pour toute la prison!». Comme elle ne pouvait pas visiter ses filles souvent, Madame Bradley obtient des conditions spéciales. Elle pouvait voir ses filles trois fois par semaine. «Quand j'ai vu que mes filles piochaient la terre, j'ai menacé de tout dénoncer. Je leur dis que mes filles étaient des prisonnières politiques et qu'il fallait les traiter en tant que tel», se rappelle la maman. «Il ne faut pas parler d'Israël comme cela. Nous allons prendre soin de vos filles», lui avait-on répondu. Pourtant, elle n'a pas fait confiance à ces promesses. «Notre mère est allée voir François Mitterrand, chef de parti à l'époque», affirme Ghita. «Je ne sais pas ce qu'il a fait. Peut-être a-t-il a donné ses instructions pour que les Marocaines soient libérées avec les Françaises», affirme Irène. Elle se rappelle surtout de l'action du consul de France en Israël. Selon Ghita, ce consul parlait très bien l'arabe qu'il avait appris durant ses 20 ans en Algérie. «Il avait tout fait pour libérer Nadia», renchérit-elle. «Les Israéliens avaient menacé d'amputer à ma soeur ses dix doigts. On était considérés comme des prisonniers terroristes et non politiques», continue Ghita. A cette époque, Nadia était malade. Elle a eu des gangrènes, les interrogatoires étaient très difficiles. Le consul français avait mené une grande lutte pour les prisonnières. Il venait souvent les voir. Il était proarabe. «Il avait pratiquement de menacer de faire un scandale si les mains de Nadia étaient touchées», affirme Ghita. Dans sa cruauté, le destin avait fait une fleur aux Bradley: la maman connaissait ce consul. Il avait passé trois ans à Marrakech et Irène lui envoyait le pain et les gâteaux amicalement! Non par gratitude, mais par conviction, il usa de tous ses moyens pour libérer Nadia et Ghita à mi-chemin de la peine. En 1975, les deux soeurs retrouvent la liberté.... Après la prison, la guerre!Après un passage à Paris, Nadia et Ghita sont revenues à Beyrouth en avril 1975. «Nous voulions voir les Palestiniennes en dehors du contexte carcéral», affirme Ghita. Trois jours après, c'était la déclaration de guerre. «Nous avons fait les 7 ans de guerre», précise-t-elle.Pendant ce temps, au Maroc, la mère se réconfortait d'entendre la voix de ses filles... sur la radio. «Nous faisions une émission sur la radio pour le mouvement «Fath» en hébreu!» affirme Ghita. Séparément, la maman et ses deux filles affrontaient leur avenir singulier. «Je n'avais plus d'argent. Je ne pouvais plus payer mes factures d'eau. J'avais acheté six grandes jarres que je remplissais pour m'en sortir quand on m'a coupé l'eau», raconte Irène. Elle attendait impatiemment le retour de ses filles.En 1982, Nadia et Ghita rentrent au Maroc. Elles sont accueillies en héroïnes. Nadia était mariée à Moustpha Jaffal, qu'elle a rencontré en 1975 à Beyrouth. Ghita étant considérée mineure, un tuteur usant de faux actes notariales s'était chargé de son héritage. La période de prescription était arrivée à terme. De 1982 à 1985, Ghita s'est engagée dans le plus célèbre procès pour un héritage, qu'elle a remporté. La famille Bradley pouvait enfin souffler. Le destin semblait se mettre de son côté.Ghita a trouvé du travail dans une imprimerie. Nadia, quant à elle, a pris la direction du journal «Message de la Nation» du parti de l'Union Constitutionnelle. Elle mena brillamment une carrière de journaliste: invitation à la télévision, couverture de visites d'Etat, grandes interviews... Sa passion pour ce métier la poussa à créer son journal: Le Libéral. Naturellement, sa soeur Ghita faisait partie de l'aventure. «Nous avons mis nos revenus de l'héritage dans le journal», affirme Ghita qui ajoute: «Nadia était estimée comme journaliste. Elle faisait partie d'un noyau de journalistes qui constituaient l'élite». En 1995, la famille Bradley avait encore rendez-vous avec le destin, avec un cran de cruauté en plus...Nadia tombe gravement malade. A la polyclinique de la CNSS, les médecins se sont admirablement occupé d'elle. «Je disais: elle a des choses à écrire, des livres à terminer, elle n'a pas dit tout ce qu'elle avait à dire», raconte sa soeur. A l'âge de 50 ans, le 10 août 1995, Nadia Bradley rend l'âme. «Elle est décédée d'une septicémie, infection générale. La cortisone n'admet pas de microbes. Un petit microbe s'est transformé en 15 jours à une septicémie qui l'a emportée»...Dans la presse, tout le monde regrette sa disparition. Ses amis voulaient la lire éternellement, ses rivaux ne retrouvent plus cette belle plume à laquelle ils pouvaient se mesurer.Après la mort de Nadia, les choses se sont très mal passées. Au terme d'une longe saga judiciaire, Moustapha Jaffal, son veuf, obtient gain de cause contre Ghita et Irène. La famille Bradley est condamnée. Ses meubles et immeubles vont être saisis. Est-ce le dernier tour du destin?. Nadia Bradley était une grande journaliste. Elle était souvent invitée pour la couverture des visites d'Etat, aux grandes manifestations et aux débats télévisés

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