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    Franckie Tacque, vice-présidente de Balanciaga : «Les Italiens font la haute couture, les Français du cirque»

    Par L'Economiste | Edition N°:259 Le 19/12/1996 | Partager

    Les hôtesses de Royal Air Maroc auront de nouvelles tenues réalisées par Balanciaga. La maison de haute couture et de parfums de luxe conçoit aussi des uniformes pour une production industrielle.


    L'Economiste: Vous voilà dans la confection d'uniformes standard alors que le nom Balanciaga évoque les belles robes en exemplaire unique.

    Franckie Tacque
    : Balanciaga lui-même ne reniait pas les uniformes, puisqu'il avait créé lui-même ceux d'Air France, en 1969, l'année où il a arrêté la haute couture.
    Cristobal Balanciaga s'était installé en 1938 Avenue GeorgeV. Après mai 1968, il a arrêté la haute couture, disant qu'il y avait un changement de société. Il est décédé en 1972. Son neveu a repris l'affaire, puis l'a vendue au groupe allemand Hoechst, qui l'a vendue au groupe de parfums Bogart en 1986. Je suis entré dans la maison en 1987 pour recréer la branche haute couture qui n'y existait plus. Et moi-même j'ai gagné le concours Air France en 1987.
    Les uniformes bleu marine, avec les cravates rayées marine et blanc, ce sont mes enfants.

    - Les uniformes sont du travail à la commande, où est la création, l'art?
    - L'art est mon métier. Je suis peintre. J'ai passé ma vie à faire des gammes de coloris, pour des tissus, des foulards. Et j'ai été la première à faire une licence avec un couturier pour faire des uniformes. J'ai 30 ans dans la haute couture, j'ai été vice-présidente de Carven avant d'être directeur général de Balanciaga, mais je suis surtout connue pour être une grande créatrice d'uniformes.

    - Vous n'avez pas l'impression d'être bridée dans votre créativité?
    - Jamais. Mon métier est comme celui de l'architecte. C'est difficile de réaliser un uniforme. C'est un équilibre de formes, de couleurs, de budget. Dans la haute couture, il n'y a pas de limites. Mettez-y des broderies qui coûtent une fortune, le prix importe peu. Quant à l'uniforme, il doit répondre à tous les paramètres. Le vêtement doit être féminin, aller à tout le monde, être à la mode, ne pas se démoder pendant 5 ans

    Des uniformes pour la police


    - Les uniformes créés pour les hôtesses de la RAM semblent très simples. Pourquoi ce bleu?
    - Le bleu marine est la couleur de l'aviation en Europe, aux Etats-Unis. A partir de là, j'agrémente avec du clair au visage. Une jeune femme qui a travaillé toute la nuit doit réveiller les passagers au matin et être jolie, agréable à regarder. A l'époque, je voyageais avec des mannequins et je voyais les hôtesses coincées dans des uniformes ringards, peu fonctionnels. Je me suis dit qu'il y avait quelque chose à faire.

    - Et ces hôtesses qui portent le voile? Avez-vous une résistance à dessiner leurs uniformes?
    - Je respecte la culture des pays. J'ai travaillé pour l'Arabie Saoudite et des pays asiatiques musulmans depuis 20 ans sans problème. J'ai réalisé les uniformes pour les hôtesses d'Air Afrique. Pour l'impression du tissu, j'ai travaillé tout un livre sur les dessins des pois Baoulé.

    - Vous finirez par créer des uniformes pour la police.
    - J'en ai déjà réalisés. J'ai relooké les tenues des commissaires de police en France. Ils sont 2.000. J'habille aussi les "pervenches", préposées aux contraventions du stationnement d'automobiles à Paris.

    - Vous donnez du baume à des fonctions répressives
    - Oui, s'il y a du bleu marine à bord, c'est aussi une touche policière. Il faut de la discipline dans l'avion, le personnel doit se faire respecter. La couleur bleue est une marque pour cela.
    - La confection en Europe subit la délocalisation vers des pays comme le nôtre. S'il n'y avait qu'un dernier carré à garder en France, serait-ce la haute couture?
    - La haute couture a eu son époque. Il faut tourner la page. En 1986, il y avait 1.500 clientes italiennes et françaises qui s'habillaient en haute couture. Aujourd'hui, il y en a beaucoup moins. Car la vie a beaucoup changé. Il y a d'autres tentations comme les grands voyages à l'autre bout de la Terre. Le vêtement a eu son heure de gloire au XIXème siècle, quand les industriels voulaient exhiber leur fortune en parant leurs femmes comme des paons. C'étaient leur vitrine. L'époque est désormais à la discrétion, même chez les riches.

    Déguisement et loufoqueries


    - Existe-t-il des ponts entre la haute couture et la confection, ou est-ce compartimenté?
    - C'est compartimenté. La première se fait en grande partie à la main, la seconde surtout en machine. Ce n'est pas comparable.

    - Vous avez quand même un rôle de tracteur.
    - Difficile à dire. Dans les années 50, la haute couture était un monde exceptionnel. Aujourd'hui, je suis contre le déguisement et les loufoqueries que l'on fait en France. Pendant que les Français font du cirque, les Italiens font une belle couture, bien coupée, qui met en valeur les femmes.

    - Quelles sont les grandes tendances de la mode?
    - Le cirque. Et c'est lamentable.

    - Les mannequins qu'on appelle Top Models ont-elles ravi la vedette au produit?
    - Les Top Models ont ravi la vedette aux stars de cinéma qui n'existent plus. Les dernières ont été Elizabeth Taylor et Brigitte Bardot. Les gens ont besoin de rêver. Mais aux défilés, les gens continuent de venir voir les vêtements et non les Top Models.

    - La haute couture est-elle une activité franco-française, parisienne, ou bien êtes-vous touchés par la mondialisation?
    - Le textile est obligé de s'expatrier pour la fabrication. Chez Balanciaga, une partie du cosmétique se fait en Chine et nul ne peut échapper à la modernité.

    En rose et bleu


    Raffinement et sobriété, c'est le style voulu pour les nouvelles tenues que porteront les 750 hôtesses de Royal Air Maroc. Pour cela, ITC/Balanciaga a éclairé le bleu marine de rose tendre. Les hôtesses volantes et au sol porteront le tailleur veste croisée à 6 boutons dorés, sur jupe droite ou pantalon. Les premières auront surpiqûres roses pour les revers et les poches. Par beau temps, la robe manteau à manches courtes remplacera le tailleur. Par mauvais temps, le manteau droit en cachemire est de rigueur. Les couleurs sont censés donner une harmonie des contrastes avec celle des cabines avion.
    C'est Icomail qui assume la confection des tenues.

    Propos recueillis
    par Khalid BELYAZID

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