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France : Les nouvelles bases de l'armée

Par L'Economiste | Edition N°:219 Le 29/02/1996 | Partager

De notre correspondant à Paris Jean Guisnel

Le service militaire supprimé avait des soubassements socio-politiques, tout comme la force de frappe nucléaire renforcée.


C'est une authentique révolution militaire que le président de la République Jacques Chirac vient d'annoncer. Il veut que les armées françaises contribuent davantage que par le passé à la mise sur pied de "forces de projection", pouvant engager jusqu'à 50.000 professionnels, et qu'elles entérinent dans leur organisation le fait que la France ne compte désormais plus d'ennemi envisageant de l'envahir.
Les principales décisions que le président français a officialisées concernent donc la professionnalisation totale de l'armée et la fin de la conscription en vigueur depuis 1905. Celle-ci, rappelons-le, avait été instituée après la très humiliante défaite de 1870 contre un ennemi prussien qui avait justement bâti ses forces armées autour d'une conscription solide et particulièrement bien organisée. Depuis de longues années, le service militaire avait cependant perdu la plupart de ses vertus: sa fonction de creuset de la République, où toutes les classes de la société voisinent et s'amalgament, a perdu de sa pertinence.
L'autre grande fonction de la conscription, à savoir le contrôle démocratique et populaire sur une caste d'officiers qui pourraient être tentés, en se trouvant à la tête d'une armée de métier, par des aventures putschistes, a elle aussi perdu sa raison d'être. Le putsch d'avril 1961 en Algérie, alors en voie d'accéder à l'indépendance, avait été stoppé par les appelés refusant d'obéir à des ordres félons; depuis, l'armée a compris qu'il n'y a pas d'autre voie, dans une démocratie, que le respect des décisions prises par un pouvoir politique légitime. Elle est définitivement rentrée dans le rang et n'a plus jamais fait preuve, depuis 35 ans, de la moindre velléité d'insoumission.

Un service civil


A cette démarche de professionnalisation de l'armée, qui ne fait pas débat en France puisque plus de 70% de la population se dit d'accord avec elle, Jacques Chirac a toutefois voulu apporter un curieux accompagnement. Il a annoncé qu'un grand débat national aurait lieu sur l'opportunité ou non de lancer un nouveau service civil, consistant à rendre obligatoire pour tous les jeunes gens -durant six mois- d'effectuer des tâches d'intérêt collectif dans les services sociaux, la coopération internationale, les pompiers, la police ou la gendarmerie.
Si le Parlement devait voter contre cette idée de service obligatoire, celui-ci serait uniquement volontaire: une éventualité qui paraît la plus probable à tous les observateurs. Le problème est de savoir pourquoi le président se lance dans cette opération qui risque de se perdre dans les sables d'un pseudo-débat.
Au départ, il avait des idées assez iconoclastes sur la question, allant jusqu'à envisager de contraindre également les jeunes femmes à donner six mois de leur vie pour cette mission gratuite au service de la société. Il a renoncé à cette perspective, mais pas à celle du service civil obligatoire: Jacques Chirac risque donc d'être bientôt accusé de vouloir lancer le travail forcé en France, voire d'être tenté de remettre sur pied les funestes Chantiers de jeunesse, que le maréchal Philippe Pétain avait institués durant la Seconde Guerre mondiale.
Autant de raisons qui conduisent à penser que la France moderne n'acceptera pas cette éventualité et qu'elle se contentera désormais d'une armée de métier, et d'offrir à sa jeunesse de consacrer son temps à sa formation professionnelle et à ses études. Tout en lui ouvrant la possibilité de laisser libre cours à sa générosité. Et l'on sait que ce n'est pas si simple...

Missiles


Jacques Chirac a par ailleurs annoncé la fin de deux systèmes d'armes nucléaires: les 18 missiles sol-sol S3-D en silos du plateau d'Albion (Provence), d'une portée de 1.800 km, et les 30 missiles mobiles Hadès de l'armée de terre d'une portée de 350 km. Il a estimé que la France est certaine "d'avoir une arme nucléaire dissuasive totalement sûre" pour les cinquante prochaines années, en raison de la réussite des derniers essais nucléaires.
Précisant que la Défense recevrait chaque année environ 185 milliards de Francs pour ses dépenses d'équipement et de fonctionnement, Jacques Chirac a enfin confirmé les deux premières initiatives en matière d'industrie de défense: la vente de la grande entreprise d'électronique de défense Thomson, qui appartient actuellement à l'Etat, avant la fin de cette année, et la fusion des deux principaux avionneurs du pays, Aérospatiale et Dassault. Le président veut que l'industrie militaire française soit "parmi les meilleures du monde" et entend la restructurer rapidement afin qu'elle soit plus compétitive et davantage apte à remporter des marchés à l'exportation.
Annonces d'une grande importance pour les industriels: aucun grand programme d'armement lancé au cours des dernières années ne paraît menacé dans sa survie. Le quatrième sous-marin nucléaire lanceur d'engins verra sa fabrication démarrer vers 2001, et le programme d'avion de combat Rafale sera poursuivi, de même que celui des hélicoptères d'attaque Tigre et de transport NH 90.

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