×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Economie

France: Des familles dont des enfants sont morts en prison réclament justice

Par L'Economiste | Edition N°:974 Le 13/03/2001 | Partager

De notre correspondante, Hanane AKORRI

. Suite à la mise en place d'un conseil national sur les prisons, les parents des victimes réagissentRebondissement dans l'affaire des morts en détention en France après la mise place d'un conseil national sur les prisons par le Ministère de la Justice. La réaction de l'Association des familles en lutte contre l'insécurité et les décès en détention (AFLIDD) ne s'est pas fait attendre. “Nous réclamons justice pour nos enfants morts en détention”. Cette phrase de Salah Zaouiya, président de l'AFLIDD, d'origine marocaine, est d'autant plus forte qu'elle est également prononcée par un père, dont les responsabilités liées à la mort de son fils n'ont toujours pas été établies. Salah, en effet, a perdu Jawad le 22 juillet 1996 lors d'un incendie survenu dans la cellule de la maison d'arrêt de Bois d'Arcy (région parisienne) où il était incarcéré. Depuis son décès, la famille Zaouiya n'a eu de cesse de réclamer justice. En vain. En juin 2000, un non-lieu est prononcé à la plainte déposée en 1997 par Salah Zaouiya. Le drame remonte à juillet 1996. Mantes-La-Jolie (région parisienne) est secouée par la mort dite accidentelle du jeune Sada Ba, 20 ans. Voulant échapper aux gendarmes qui le poursuivaient pour vol de moto, il se serait noyé en voulant traverser la Seine à la nage. Dans le quartier du Val Fourré, dont Sada est issu, la révolte des jeunes ne se fait pas attendre. Ces derniers “n'ont pas compris, explique Salah Zaouiya. Sada était dans l'armée, jeune et sportif, comment pouvait-il mourir noyé?”. Une émeute explose, sévèrement réprimée par les forces de l'ordre. Aussitôt, une vague d'interpellations place une dizaine de jeunes du quartier en préventive pour “dégradation volontaire, destruction volontaire par incendie, attroupement armé, provocation et violence à agent de la force publique”. Parmi les interpellés, Jawad. “Les policiers sont venus le chercher à la maison le 8 juillet 1996 à 6 heures du matin. . Arrestation muscléeIl est resté 48 heures en garde à vue et aussitôt incarcéré en préventive au Bois d'Arcy”, explique M. Zaouiya. Mais aujourd'hui encore, la raison de son arrestation reste floue pour la famille: “Il a été arrêté pour “rébellion”, mais c'est trop facile. Son arrestation n'est pas claire. Le jour des émeutes, il était là, en bas de notre immeuble! Il est même venu nous rassurer ma femme et moi. Mais la veille de son incarcération, les policiers du quartier sont venus se vanter, devant lui et ses amis, de son arrestation prochaine”, continue Salah. Et tout de suite d'ajouter: “Mon fils n'était pas un délinquant, il était honnête, droit et responsable. S'il a été arrêté, c'est parce qu'il ne répondait jamais à la provocation policière qui pouvait avoir lieu dans le quartier”. Dix jours après l'arrestation musclée, les événements se précipitent. Dans la nuit du 22 au 23 juillet, Hassan, un des codétenus de Jawad, menace les gardiens de nuit de mettre le feu si on ne l'affecte pas à une autre cellule. Selon la version policière, la demande de Hassan était motivée par la crainte de se voir contaminer par la maladie du détenu de la cellule voisine. A 1h25, face au refus des matons, Hassan aurait aussitôt mis le feu à un matelas. Un incendie se serait ensuite rapidement propagé, provocant du même coup la mort de deux des trois détenus qui partageaient la cellule. Jawad et Hassan, tous deux âgés de 20 ans, sont morts intoxiqués, le troisième détenu, Abdellah, aurait, quant à lui, été gravement brûlé. “Les secours ont tardé à arriver, précise Salah, la nuit, les matons n'ont pas de clé, alors entre le temps de prévenir le surveillant-chef, l'attente des renforts et l'arrivée sur place des sapeurs-pompiers, beaucoup de temps à été perdu”. Selon le rapport d'expertise, les matelas n'étaient pas conformes aux réglementations en vigueur. La fumée toxique dégagée par ces derniers aurait été la raison du décès des jeunes hommes. Négligence? Erreur flagrante dans les procédures d'urgence? Aucune réponse aux dysfonctionnements constatés durant l'enquête préliminaire ne sera fournie. Le juge d'instruction de la chambre d'accusation de la Cour d'appel de Versailles à prononcé un non-lieu le 13 septembre 2000 à la plainte pour “non-assistance à personne en danger, homicide involontaire, entrave à l'arrivée des secours et abstention volontaire de combattre un sinistre”, déposée par l'avocat de Salah Zaouiya. Prise de court pour un pourvoi en cassation, aujourd'hui la famille n'a plus qu'une seule possibilité: préparer un recours auprès de la Cour européenne. “Ce qui n'est pas normal dans le dossier de Jawad, c'est que nous sommes arrivés à des considérations d'ordre technique, explique Azzouz, un ami de la famille, comme s'il n'y avait pas eu de faute constatée, comme si la vie d'un jeune du Val Fourré ne valait rien”. Il va même plus loin dans ses propos: “Les prisons françaises sont dans un état lamentable. Les jeunes sont incarcérés dans des conditions scandaleuses, ils sont souvent provoqués, injuriés, tabassés. Le pire, c'est que l'avancée des droits des prisonniers en France fait trop souvent suite à l'incarcération d'un homme politique!”. Si quatre ans se sont écoulés depuis la mort de Jawad, aucun responsable politique n'a répondu aux nombreux appels lancés par la famille. “Nous sommes face à un mur de silence”, explique Salah. Et à Azzouz de conclure: “C'est un silence organisé. On isole les familles des victimes parce qu'en France, la justice est à deux vitesses!”


«Se battre seul, c'est usant»

Salah Zaouiya, président de l'AFLIDD et père de Jawad, mort en détentionL'Economiste: Pourquoi avoir créé une association de défense? Quel est son objectif?- M. Salah Zaouiya: Pour que justice soit rendue. En 1999, après la prononciation du non-lieu, nous avons constitué l'AFLIDD pour faire entendre les voix des familles. Notre objectif est de faire la lumière sur les conditions de décès des détenus. Se battre seul, c'est usant… c'est pas facile”.- Combien avez-vous recensé de cas de morts suspectes?- Depuis la constitution toute jeune de l'association, nous avons d'ores et déjà réuni 124 dossiers. Tous sont considérés par le gouvernement comme des morts par suicide, mais des éléments d'enquête prouvent le contraire. Beaucoup de ces affaires ont été classées sans suite”.- Quels sont les moyens dont vous disposez pour être entendu?- On a tenu des réunions publiques un peu partout en France. On s'infiltre lors de colloque des ministres pour faire entendre nos voix. Mais la droite et la gauche, c'est kif-kif. J'ai adressé une lettre à Mme Guigou, la ministre de la Justice, pour tenter de la sensibiliser, de l'alerter même de ce qui se passe en prison. Mais elle n'a rien voulu savoir. Il a fallu que le livre de Véronique Vasseur, médecin chef de la prison de la santé, soit publié pour qu'il y ait une prise de conscience de ce qui se passe dans les prisons.Propos recueillis par Hanane AKORRI

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc