×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Politique Internationale

    Foutoua, Zen, New-age : Les mystiques montrent la voie de l'efficacité

    Par L'Economiste | Edition N°:164 Le 26/01/1995 | Partager

    Avec le dernier dîner-débat qu'Espod vient d'organiser à Casablanca autour du thème "Spiritualité, entreprise et valorisation des ressources humaines", animé par M. Faouzi Skali, c'est un nouveau point de départ dans la réflexion sur le monde de l'entreprise.

    Un professeur universitaire, dans son désir de recueillir quelques éclaircissements sur une question, avait rendu visite à un moine. Celui-ci, en lui servant le thé, remplit la tasse de son hôte mais continue de verser le thé débordant sur des dattes. Devant l'étonnement du professeur, le moine s'explique : "Je ne peux remplir que ce qui est vide, pas ce qui est plein. Videz votre mental pour que je puisse vous apprendre" .

    Comme compagnon meneur du débat, Espod a choisi Noureddine Ayouch, PDG de Shem's Publicité. Ex-fondateur de la revue disparue Kalima, aujourd'hui apôtre de la communication, M. Ayouch raconte cette histoire Zen qui l'a incité à venir découvrir comment spiritualité et entreprise peuvent former un harmonieux duo.

    Sur ce beau prélude, Faouzi Skali entame son enseignement. "Il est tout à fait légitime de parler de "spiritualité et entreprise". A y voir de plus près, ces deux termes s'interpénètrent : il n'y pas d'action sans esprit de l'action, sans un souffle qui l'anime. L'action s'entremêle étroitement à la contemplation et à la spiritualité". Faouzi Skali est anthropologue, écrivain ("la Voie soufie"), directeur général du Festival Mondial des Musiques Sacrées.

    Il incarne le soufisme à la fois serein et dynamique ; actif dans la pratique religieuse et dans la vie en société, de plain-pied avec son temps.

    La liaison "spiritualité-entreprise" est perçue différemment selon les cultures.

    Le capitalisme occidental n'a pas émergé du néant mais il est né d'une culture, comme l'explique Max Weber dans "L'éthique du protestantisme et l'esprit du capitalisme". De même, le capitalisme japonais a été propulsé par l'esprit d'une révolution culturelle. "C'est la Révolution Meiji qui a transmué un pays médiéval (le Japon) en une puissance technologique mondiale", rappelle M. Skali, qui s'envole vers un discours dithyrambique sur le Japon. "Le secret de l'efficacité japonaise réside dans le fait que celle-ci est inspirée de la stratégie d'action des samouraï, pétrie de la tradition zen : agir sans but de profit, avec un certain détachement du résultat, telle est la voie de l'action efficace, qui mène à la réussite". En clair, agir pour la vertu de l'action, pas pour ce qu'elle peut rapporter, telle est la spiritualité de l'action. Cette manière d'agir est nécessairement bénéfique, presqu'à l'insu de l'agisseur, puisqu'il n'est pas intéressé.

    New-age

    Plus près de nous, un mouvement dans le sillage de ces philosophies extrême-orientales se dessinerait aux Etats-Unis, rapporte M. Skali. Il s'agirait du New-age : "il s'y profile un chef d'entreprise différent du capitaliste classique, irascible. Le New-age prêche l'idée du partage, de la coopération, de l'alliance entre les opposés ; il reprend l'idée de valeurs devant présider à toute action".

    A cette étape de son discours, M. Skali proclame l'idée maîtresse et centrale de sa logique : "l'action est sanctifiante", et l'illustre par un proverbe arabe : "Les gens sont les fils de leur savoir-faire". L'Islam a-t-il jamais édicté autre chose à propos de l'action ? Ne prône-t-il pas que "l'action est une forme de prière", rappelle M. Skali? "Il suffit que celle-ci soit vécue d'une certaine manière, c'est à dire avec une certaine forme de gratuité, de détachement, ce qui garantie son efficacité". Historiquement, explique M. Skali, s'est développé dans le monde arabo-musulman un mode d'action "chevaleresque" : la "Foutoua". "Celle-ci procède d'une force de caractère et d'âme : c'est quelque chose où se développent à la fois la notion de l'action, l'esprit de l'action de contemplation. Cet esprit-là qui a favorisé la formation des corporations de métiers".

    Liberté et fraîcheur d'esprit

    l'apprentissage d'un métier inculquait le respect de la matière, de l'oeuvre, de l'Autre, de tout un code de l'honneur et du comportement. La valorisation de l'action de l'homme lui redonne sa dignité, plus précieuse qu'un salaire. La foutoua conduit à la solidarité, à la générosité.

    En effet, enchaîne M. Skali, l'homme efficace et désintéressé se trouve en situation privilégiée pour porter aide à autrui, et servir autrui sans aucune idée d'asservissement.

    De même, la foutoua habilite à savoir prendre du recul, à savoir se recueillir quelques instants par jour : ce qui procure un sentiment de paix. "Un regard du monde extérieur vers nous-mêmes, vers le centre de nous-mêmes, le centre qui engendre toutes nos décisions, celui-là même qui nous fait décideurs".

    Ce qui peut nous faire accéder à la liberté d'esprit et à la clairvoyance :"l'esprit débarrassé de ses préjugés qui peut saisir les choses chaque fois dans toute leur fraîcheur", signifie M. Skali. "Cet esprit apte à la modestie, qui est une valeur spirituelle profonde, un subtil état d'âme. Celle qui permet de développer la faculté d'écoute, d'apprendre à recevoir des autres, car à ce moment-là on s'aperçoit que chaque être est en lui-même d'une richesse inouïe. Chaque être et chaque chose, créations de Dieu, sont ainsi magnifiés. C'est une forme de prière. Lorsque nous réduisons les choses, nous ne faisons que disperser et perdre notre propre énergie".

    Dans sa logique, son soufisme, Faouzi Skali rappelle l'écrivain hindou Krishnamurti.

    Sauf que ce dernier cultive le raisonnement du soufisme sans référence à aucune religion, du moins dans sa dialectique. Faouzi Skali serait-il le Krishnamurti musulman? Il a aussi en commun avec lui la faculté de méduser instantanément l'assistance, avec une aura sereine et la sagesse des mots. Noureddine Ayouch n'est plus du tout sceptique. Il est en admiration devant "la simplicité, la chaleur, la foi, l'émotion" des paroles de Faouzi Skali. "Valeurs que nous oublions souvent dans notre monde de dure concurrence". Puis il a une pensée de compassion et un message de solidarité pour les chômeurs, privés des bienfaits de l'action.

    Bouchra LAHBABI

    * A ne pas confondre avec la fetwa. La foutoua, qui a pour racine "fataa", qui veut dire "jeune homme", est une expression qui symboliserait la vigueur dans l'accomplissement du travail avec toutes les valeurs qui s'y attachent.

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc