Evénement

Forum de Paris Casablanca Round
Le lien social pour mieux construire l’après-crise

Par L'Economiste | Edition N°:3459 Le 03/02/2011 | Partager
L’Ires lance une enquête nationale
La culture de manifestation succède à celle des émeutes

Une salle archi comble lors de la seconde édition du Forum de Paris Casablanca Round. On remarque au premier rang, Salaheddine Mezouar, ministre des Finances, Moncef Belkhayat, ministre de la Jeunesse et des Sports, Abdellatif Maâzouz, ministre du Commerce extérieur, Hassan Bouhemou, PDG de SNI et Anas Alami, DG de la CDG

DANS un contexte d’après-crise et d’apparition des premiers signes de reprise, la sécurisation de la croissance économique revêt une importance capitale. D’autant plus que la crise économique induit la remise en cause des paradigmes qui étaient auparavant incontestables. «Nous assistons à une forte prise de conscience de la nécessité de relayer les équilibres macro-économiques par le renforcement de la cohésion sociale», explique Tawfik Mouline, directeur général de l’Institut royal des études stratégiques (Ires), lors de son intervention au Forum de Paris, organisé par L’Economiste, mercredi 2 février.
Un constat confronté par les tendances au niveau mondial sur les risques de délitement du lien social et de la cohésion sociale. En effet, selon l’expert, l’on assiste à un processus irréversible d’autonomisation et d’individualisation, ainsi qu’un retour notable à la spiritualité, avec la coexistence entre les phénomènes de l’islamisation et de la sécularisation, essentiellement dans les pays à référence islamique. Un constat concomitant à un phénomène de virtualisation accrue des relations sociales, via Internet par exemple, lequel peut avoir des effets importants sur la jeunesse. Il y a également une tendance à l’homogénéisation des modes de vie, assortie d’une protection des Etats à travers des politiques de différenciation. Autre constat à l’échelle mondiale, la modernisation des moyens de protestation. «Les citoyens sont passés d’une culture d’émeutes à une culture de manifestation, organisée de plus en plus par la société civile», précise Mouline. Le renforcement du lien social est devenu un levier pour sécuriser la croissance. Mais d’abord comment définir ce concept? Selon le chercheur, c’est une notion diffuse et donc difficile à appréhender car elle ne se prête pas à une conceptualisation exhaustive. Toutefois, l’on pourrait l’assimiler à un ensemble de règles, de normes, de valeurs… Le lien social peut concerner des individus, mais aussi des groupes, liés par l’histoire, l’identité, l’espace… Il suppose des relations de confiance et de solidarité. De plus, c’est un levier qui conditionne la cohésion sociopolitique et donc la performance économique.
Par conséquent, la consolidation du lien social est devenue une préoccupation pour la plupart des pays, tant industrialisés qu’en voie de développement. Mais le développement du lien social suppose une connaissance précise de la société.
D’où le rôle de la recherche académique pour déboucher sur une connaissance scientifique des différents paramètres sociaux. Au Maroc, l’Ires développe déjà trois programmes autour du changement climatique et son impact sur le pays, la compétitivité globale et le positionnement du Maroc dans un système mondialisé ainsi que le rôle de l’Etat et de l’ensemble des acteurs dans la promotion de ce type de lien. «Nous venons de finir la première phase, qualitative, avec un ensemble de travaux sur la corruption, les mouvements sociaux de contestation, les crispations identitaires, culturelles et religieuses…», annonce Mouline. Pour pouvoir proposer des orientations efficaces, l’Ires s’apprête à lancer une enquête nationale quantitative sur le lien social.


Modèles


L’analyse au niveau international de la cohésion sociale s’appuie sur deux axes principaux. L’axe horizontal, qui regroupe 45% de l’information totale, comprend des variables liées au fonctionnement des institutions, des marchés et de la mobilité sociale. L’axe vertical concerne la capacité des Etats à définir des visions stratégiques, à assurer la sécurité intérieure, mais aussi des variables qui évaluent les libertés économiques, sociales, politiques… «L’interprétation de ce schéma d’analyse montre qu’il y a des pays à régulation sociale personnalisée ou autoritaire comme la Syrie, la Libye, la Tunisie, l’Egypte…», explique Mouline. Quant au Maroc, dont le positionnement date de 2009, il se trouve dans le groupe de pays à régulation sociale personnalisée et fragmentée. Il est donc à la médiane au niveau du fonctionnement des institutions, des marchés et de la mobilité sociale. La Turquie, qui est également située au même niveau que le Maroc, s’oriente désormais vers le modèle ouvert, qui regroupe des pays comme le Canada ou encore les pays d’Europe du Nord. Si le Maroc veut s’orienter vers ce schéma, il devra procéder à des réformes structurelles, notamment de la justice.


H. E.

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