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    Tribune

    Formation professionnelle: Comment adapter l'expérience allemande

    Par L'Economiste | Edition N°:75 Le 15/04/1993 | Partager

    par Larbi KOULLOU, Cadre dans l'industrie

    Fin Mars, un Dahir est paru avec des mesures pour encourager les stages insertion-formation. La formule devrait permettre de sortir d'une situation paradoxale: des entreprises cherchent sans en trouver du personnel qualifié, alors que le chômage frappe la jeunesse. Les perspectives de la formation duale sont exposées ici. C'est une formule efficace éprouvée en Allemagne qu'une délégation marocaine était allée constater.

    La réflexion sur la voie pouvant mener à une plus grande coopération, en matière de formation, entre l'entreprise et le système éducatif, ne date pas d'aujourd'hui (projet de loi sur l'apprentissage, 1er projet de création d'un Centre Inter-Entreprises de formation... initiés depuis de nombreuses années).

    Avec la réforme de la formation professionnelle de 1984 "l'adaptation de la formation à l'emploi" est apparue comme une préoccupation majeure des responsables économiques et politiques.

    Mais, c'est surtout à partir de 1988 que de sérieux efforts sont menés pour institutionnaliser le milieu du travail comme lieu de formation. En effet, le système de formation alternée a été expérimenté dans de nombreux secteurs (artisanat, tourisme, agriculture, pêche, industrie...)

    L'entreprise peut tirer un avantage par une réelle intervention dans l'apprentissage: son rôle et sa force institutionnels seront renforcés.

    L'OFPPT, principal opérateur de formation, mène une politique dynamique visant à "associer l'entreprise à la formation des jeunes, afin de mieux les préparer à la vie active"(1). Les autres départements formateurs s'intéressent aussi à l'apprentissage.

    L'action en la matière est multiforme:
    - Signature par l'O.F.P.P.T de nombreuses conventions avec les secteurs économiques, consistant à impliquer ces derniers aux différents stades de la formation.
    - Promotion de la formation alternée, qui consiste à ce qu'"un jeune, admis dans un établissement de formation professionnelle et sous sa responsabilité, fréquente tout au long de sa formation une ou plusieurs unités de production.
    - Dans le cadre de collaboration entre la Chambre de Commerce et d'Industrie de Kénitra-Sidi Kacem et la Chambre de Commerce et d'Industrie de Bochum (Allemagne), un "centre de perfectionnement professionnel dans le domaine de la mécanique et de l'électricité électronique" a été créé. Des mécaniciens industriels sont formés, dans cet établissement et dans les entreprises membres de la Chambre, en collaboration avec l'O.F.P.P.T suivant le modèle allemand de formation.
    - Création d'un centre de perfectionnement des artisans, à Fès, dans le cadre de collaboration entre la Chambre d'Artisanat de Fès et la Chambre d'Artisanat de Frankfort (Allemagne). L'O.F.P.P.T prend part à l'activité de cet établissement. Les filières de formation concernent l'artisanat et les métiers modernes (mécanique automobile, construction métallique, soudage, ébénisterie, menuiserie... ). Les bénéficiaires sont des adultes maîtres, compagnons et ouvriers qualifiés qui sont membres de la Chambre d'Artisanat ou de la Chambre de Commerce et d'Industrie.
    - Création par I'O.F.P.P.T, en association avec la FIMME(*), d'un Centre Inter-Entreprises (C.I.E) dans le cadre de la coopération maroco-allemande(2), La G.T.Z(3) participe à la mise en place de ce centre qui fonctionnera en adoptant le mode de formation duale (allemand). La part de formation dispensée au C.I.E est de 60%, le reste (40%) sera assuré en entreprises, ce qui est non négligeable comparé avec le système de formation résidentiel.

    Compétence pédagogique

    La formation duale requiert des formateurs et des tuteurs(4) d'un niveau de compétence très élevé sur le plan technique, et également pédagogique.

    C'est une grande responsabilité qui exige, non seulement de la volonté, mais également du savoir et du savoir-faire (technique et surtout pédagogique).

    En Allemagne, selon les responsables du Ministère de la Culture de l'Etat du Hesse, peuvent être formateurs les maîtres (contremaîtres), les techniciens et quelquefois les ouvriers qualifiés qui sont (les uns et les autres) très nombreux à être issus de la formation duale. Leur sélection se fait avec beaucoup de rigueur.

    Il a été précisé par M. Martin, de la Chambre de Commerce de Wiesbaden, qu'une entreprise qui voudrait assurer une formation professionnelle doit s'adresser à la Chambre dont les Conseillers examinent, avec beaucoup de soins, notamment:
    - les équipements dont elle dispose pour former;
    - la compétence (technique et pédagogique) à travers un test que passent les candidats formateurs d'entreprise.

    Après examen de ces 2 éléments, la Chambre de Commerce, se basant sur les recommandations des conseillers, octroie, ou pas, l'autorisation de former à la société qui en a émis la demande.

    Les responsables du C.I.E, conscients de l'importance du rôle des tuteurs (pédagogues de l'entreprise), ont organisé une formation au profit d'une trentaine de ces derniers qui encadrent les stagiaires de la première filière "techniciens de maintenance des machines-outils et des machines à commande numérique" qui démarre en janvier 1993.

    Cette action a consisté en 2 volets:
    Information sur le système dual, au C.I.E.
    Séjour d'une semaine en Allemagne pour approfondir la connaissance de ce mode à travers: des visites d'entreprises et de leurs écoles techniques, des écoles professionnelles, de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Wiesbaden, du Ministère de la Culture de l'Etat du Hesse, de la G.T.Z...
    * des exposés présentés par les représentants des différents partenaires du système dual,
    * des entretiens avec les formateurs, tuteurs et apprentis.

    De l'avis de plusieurs participants, cette formation, bien qu'elle réunissait un groupe très hétérogène et qu'elle reste à compléter, était de grandes utilité. Elle a permis de soulever un certain nombre de questions qui touchent à la mise en oeuvre de la formation duale au Maroc.

    Est-ce que ce modèle est transposable? Au Ministère de la Culture du Hesse et à la G.T.Z, on considère que la formation duale est un "produit exportable", mais moyennant des efforts d'adaptation.

    M. Faroune de la GTZ a évoqué un certain nombre de facteurs qui différencient l'Allemagne du Maroc et qui peuvent rendre délicate l'implantation du système dual dans ce dernier. Ces réserves, si elles paraissent fondées en partie. ne semblent pas constituer véritablement des handicaps majeurs à l'adoption du mode de formation alternée.

    1/ Facteur historique et niveau de développement

    Il est vrai que l'Allemagne et le Maroc ne se situent pas au même niveau de développement. Même par rapport à la France, pays avancé, la formation professionnelle en Allemagne coûte plus cher. "On peut évaluer la dépense annuelle totale par élève à plus de 30.000Fen Allemagne, contre moins de 24.000F en France"(5).

    Pour un pays comme le nôtre, où les moyens sont limités, la formation duale, compte tenu de sa pertinence, ne serait-elle pas plus appropriée pour servir une économie en développement, d'autant plus qu'historiquement, l'apprentissage est loin d'être étranger à l'activité économique dans la société marocaine? C'est sûrement un atout qu'il faudrait exploiter.

    2/ La centralisation administrative et économique

    Il a été observé que le "Maroc, l'Algérie, et la Tunisie sont gérés par une administration "centralisée". "Cette centralisation touche tous les aspects de la vie économique et sociale", ce qui n'est pas le cas en Allemagne où - pour la formation professionnelle notamment - les lands jouissent d'une très grande autonomie, ce qui contribue à l'élévation du degré de rationalité du système (formation répondant aux besoins de la région) et facilite son fonctionnement (par exemple placement des stagiaires dans les entreprises du lander qui a, par ailleurs, comme avantage une répartition équilibrée de ceux-ci sur le territoire national...). Il ne serait pas très hasardeux d'affirmer qu'actuellement au Maroc la "centralisation" ne constitue pas un obstacle au développement de la formation duale, car:

    - celle-ci, à sa phase de lancement, devra d'abord être promue dans les zones où l'activité économique est concentrée.

    De plus au Maroc, l'idée de l'"autonomie" est en train de faire son chemin à différents échelons.

    Formation résidentielle

    3/ La formation résidentielle est le mode principal adopté jusqu'à présent au Maroc.

    Un fait important est souligné: "en Allemagne on ne connaît pas la formation résidentielle. La formation se déroule dans l'entreprise".

    Au Maroc, à aujourd'hui, la formation résidentielle est le modèle dominant, puisque généralement, l'étudiant n'effectue que 2 à 3 mois de stage, organisé d'une manière traditionnelle et rarement encadré comme il le faudrait. Mais cela ne veut pas dire que l'entreprise ne contribue pas à l'acte de formation. Elle est traditionnellement formatrice. Avant la réforme de la formation professionnelle de 1984 de nombreuses sociétés formaient, elles-mêmes, leur personnel qualifié, vu que les filières dans lesquelles les centres assuraient la formation étaient limitées en nombre.

    4/ Degrés de représentation des entreprises et des salariés dans les instances de gestion de la formation.

    La formation est un domaine privilégié de la concertation entre les différents partenaires en Allemagne. Est-ce le cas au Maroc? Les salariés et les entreprises sont représentés dans les instances de gestion de l'OFPPT. Dans le C.I.E, le Comité Technique de suivi est présidé par un représentant de la FIMME. La tendance pour l'avenir est au renforcement de la contribution des représentants du monde économique à la gestion du système éducatif. Cependant, la mise en place, d'un système de formation emprunté au système allemand, implique l'existence d'un certain nombre de conditions.

    L'élaboration, des règles et procédures, claires et précises, connues et respectées par l'ensemble des partenaires, est indispensable pour le bon fonctionnement du mode de formation alternée. La pertinence de celui-ci requiert que:
    * les responsabilités, les obligations et droits de chaque partenaire soient définis avec précision et de façon à éviter tout malentendu possible susceptible de générer la réticence de l'une ou l'autre partie;

    En Allemagne, le plan de formation est établi au niveau de la région. Un plan cadre est adopté au niveau national (harmonisation) et diffusé aux régions pour arriver aux différentes écoles professionnelles dépendant des landers (et non des organismes fédéraux). Ces écoles ont la responsabilité d'assurer la formation théorique à côté de l'entreprise qui dispense une formation pratique.

    * Le profil des formateurs et tuteurs soit clairement établi. Comme il a été dit plus haut, les tuteurs des entreprises allemandes sont des contremaîtres, techniciens et quelquefois ouvriers qualifiés formés à la pédagogie. Les formateurs des écoles professionnelles sont répartis en 2 catégories:
    - ceux orientés vers la "théorie" sont généralement de formation universitaire;
    - ceux chargés de la "pratique" sont, dans leur quasi-totalité, des anciens contremaîtres ayant reçu une formation complémentaire en pédagogie.
    * L'on détermine le nombre de filières (elles sont de 374, en 1992) et le nombre d'années de formation).

    3 ans de formation

    Par ailleurs, en Allemagne, la durée de formation varie autour de 3 ans. Elle est fixée pour le C.I.E à 2 ans. Estelle suffisante, lorsque l'on vise la formation de techniciens, de grande qualification et surtout lorsqu'il s'agit d'un domaine très complexe, et dont l'évolution est très rapide. C'est une question à laquelle il ne serait pas inutile de réfléchir et que l'on définit: les modalités de l'évaluation des résultats de la formation et notamment du déroulement des examens.

    La formation est un domaine privilégié de la concertation entre les différents partenaires en Allemagne. Est-ce le cas au Maroc?

    A la fin de la formation duale, en Allemagne, les stagiaires passent un examen dont l'organisation est confiée à un organe spécialisé de la Chambre de Commerce et d'Industrie auquel prennent part:
    - 2 représentants du patronat;
    - 2 représentants des syndicats;
    - 2 représentants des écoles professionnelles.

    Au milieu de la formation, une évaluation obligatoire (sou forme de test) est effectuée, dans le but de détecter les lacunes pour les combler avant l'examen final.
    * le contrôle du déroulement de la formation

    La Chambre de Commerce et d'Industrie assure le suivi et le contrôle de la formation duale et, notamment, des examens par le biais des conseillers de formation qui peuvent se présenter à l'entreprise, même en l'absence de l'employeur, pour constater si les règles pédagogiques sont respectées et si les cours évoluent conformément aux normes.

    * Les organes d'arbitrage

    Le système dual met en présence plusieurs parties et requiert ainsi beaucoup de concertation. C'est un lieu de confrontation des idées . Dans ces conditions, il est normal que les points de vue ne convergent pas toujours. En Allemagne, les organes d'arbitrage existent et sont prévus par les textes.

    Statut de l'apprenti

    Au Maroc, les textes juridiques, régissant la formation, restent relativement limités. Un projet de texte sur l'apprentissage existe depuis plus de 10 ans. Il n'est pas encore promulgué. Le développement de la formation en entreprise nécessite un cadre juridique définissant - au minimum - la statut de l'apprenti et les responsabilités de chaque partie.

    En Allemagne, la responsabilité de gestion du système dual incombe à un organisme unique. Dans ce pays, les Chambres de Commerce et d'Industrie sont chargées de superviser la formation professionnelle.

    Diversification des partenaires

    Au Maroc, dans les expériences menées en apprentissage, l'organisme représentant le monde économique ne joue pas le même rôle que les Chambres de Commerce et d'Industrie allemandes. A titre d'exemple, c'est la Chambre de Commerce et d'Industrie de Kénitra et Sidi Kacem qui parraine l'expérience à Kénitra. Par contre, dans celle de Casablanca (C.I.E.) c'est la FIMME qui est impliquée. La multiplication des organes de supervision de la formation en entreprise ne risque-t-elle pas de générer des difficultés au niveau l'organisation, de la coordination et du suivi de ce nouveau mode de formation?

    Si l'on désire avoir une cohérence en matière de formation à l'échelon sectoriel, régional et national, il faudrait peut-être éviter la multiplication des organismes intervenant comme responsables de la gestion du système.

    En principe, les Chambres de Commerce et d'Industrie, compte tenu de leur vocation et de leur présence géographique sur l'ensemble du territoire national, sont les plus indiquées pour jouer un rôle moteur dans le développement de ce mode de formation.

    L'attraît sur les jeunes

    Mais, disposent-elles des moyens requis pour s'acquitter convenablement de cette tâche? Sont-elles représentatives d'entreprises à même de prendre en charge ce type de formation?

    La formation professionnelle en Allemagne exerce un grand attrait sur les jeunes. Une enquête par sondage, menée par l'Institut Fédéral de la Formation Professionnelle, fait ressortir qu'en moyenne 72% des sortants du système scolaire général en 1987 ont entrepris une formation duale directement ou quelques années après leur sortie de l'école ...(6)".

    Quelles sont les raisons qui expliquent cet "engouement" des jeunes envers l'apprentissage? Il se pourrait que ce soit le facteur démographique.

    On peut avoir tendance à conclure que seul ce phénomène est dernière le fait que les entreprises s'efforcent d'attirer les jeunes pour les former, puisqu'il y a "pénurie" de candidats à l'apprentissage, comme il a été observé par plusieurs responsables des entreprises visitées. M. Schmelze, responsable de la formation de la société Karl Mayer a affirmé que les entreprises ont des difficultés à trouver des candidats à l'apprentissage et qu'elles organisent la "chasse" aux stagiaires. Le phénomène démographique joue certainement en faveur de la formation duale, mais il ne semble pas qu'il soit le plus important.

    Les apprentis rencontrés au cours des visites d'entreprises n'ont pas manqué d'exprimer leur satisfaction de la formation suivie comme ils ont souligné que le choix du type de formation opéré, est volontaire et personnel et loin de constituer, pour eux, une solution de "dépannage" ou une deuxième chance. Ceci reflète et explique en même temps leur haut degré de motivation ainsi que leur forte implication aux travaux et aux enseignements qu'ils poursuivent. Sans aucun doute, ce facteur se trouve à la base de l'efficacité et de la grande performance de la formation professionnelle en Allemagne. Selon les responsables de la Chambre de Commerce et d'industrie de Wiesbaden, le taux d'échecs en formation duale est limité. Il est inférieur à 5%, bien que les entreprises dans la sélection des candidats à l'apprentissage ne prennent pas que les apprentis à haut potentiel de base.

    Les entreprises sont satisfaites des résultats de l'apprentissage. Elles n'hésitent pas à le faire remarquer. Les apprentis qui, à 95%, terminent leurs études avec succès, n'en sont pas moins satisfaits. La formation duale chacun y trouve son compte. C'est lé secret de sa renommée. Mais il n'en est pas le seul facteur. La valorisation de la formation professionnelle requiert l'existence d'au moins deux autres conditions:

    * le système éducatif allemand est caractérisé par "une relative précocité de l'orientation scolaire (...), les jeunes Allemands sont dirigés dès l'entrée dans le secondaire (...) vers une des trois filières existantes qui correspondent à des niveaux d'exigence distincts"(6).

    La formation professionnelle est ne filière vers laquelle le jeune est orienté, non pas comme "solution de rechange" après échec dans l'enseignement, mais compte tenu de ses motivations et de ses aptitudes.

    En outre, la formation duale attire toutes les catégories sociales.

    L'OFPPT a mis en place un système d'orientation qu'il est en cours de généraliser. Mais l'orientation concerne, à aujourd'hui, essentiellement les candidats à la formation après avoir quitté l'enseignement général. L'idéal serait la mise en place d'un système d'orientation dès la 9ème année scolaire et pourquoi pas avant? Ce qui suppose que l'éducation nationale accepte de le faire en utilisant les moyens adaptés.

    Si l'on veut rendre la formation professionnelle attrayante au Maroc, il est temps de mettre en place un système d'orientation performant qui dirige les élèves, à bas âge, vers les filières qu'ils désirent et en fonction de leurs possibilités intellectuelles. Ceci implique - au moins - que le cloisonnement qui caractérise les rapports, Education Nationale/Formation Professionnelle, soit rompu et que celle-ci soit réellement érigée en composante centrale du système éducatif offrant les mêmes possibilités d'évolution, à ceux qui la choisissent, que celles offertes à leurs camarades qui suivent d'autres études.

    La formation duale, conçue et reconnue comme filière centrale et non résiduelle, comme n'importe quelle autre filière du système éducatif, peut mener un niveau d'études des plus élevés en Allemagne.

    Comme pour l'orientation pédagogique, il se dessine au Maroc une politique visant à ouvrir aux lauréats de la formation professionnelle des perspectives d'évolution en créant un système de "passerelles", du moins au sein de l'OFPPT. Et il n'y a pas de raisons de penser que cette politique ..e se renforcera pas dans l'avenir.

    Expérience mythifiée

    La mise en place "de passerelles" au sein d'une même entité du système éducatif comme entre ses différentes composantes (enseignement-formation professionnelle) est une mesure indispensable à prendre en compte si l'on veut valoriser la formation duale.

    L'équité voudrait que le jeune qui suit la formation professionnelle ait les mêmes chances qu'ont les élèves des lycées pour accéder à l'enseignement supérieur.

    Cela encouragerait un grand nombre de jeunes à s'orienter vers la formation professionnelle par intérêt et par "amour", ce qui aurait des retombées positives sur sa performance et sur la qualité du travail une fois le lauréat en activité. La formation duale, si elle s'implante dans les conditions évoquées, profitera largement à l'entreprise, au système éducatif et à l'économie nationale.

    Etant donné qu'elle se réalise en grande partie dans le milieu professionnel, elle est doublement avantageuse pour les stagiaires qui:
    - acquièrent une grande pratique et un degré de qualification plus élevé que s'ils ont été formés dans le "système résidentiel",
    se dotent d'une (première) expérience d'entreprise, demandée et très appréciée par les employeurs (l'expérience est "mythifiée" dans nos unités économiques. L'une des enquêtes du CNJA a fait ressortir que les employeurs ont tendance à préférer, lors du recrutement, les candidats ayant déjà exercé un ou plusieurs emplois. L'expérience constitue un critère de sélection prédominant).

    Il faudrait, cependant, attirer l'attention sur le fait qu'une formation, dispensée essentiellement dans le cadre du travail dans notre contexte technico-organisationnel (travail a la chaîne, parcellisation des tâches...), pourrait être incomplète ou - du moins strictement adaptée à l'entreprise où elle a eu lieu. il n'est possible de pallier à ce risque qu'en faisant en sorte que l'encadrement pédagogique de l'établissement, qui assure la formation théorique, soit soutenu, "d'investir" dans les formateurs d'entreprise d'une part, et veiller à une meilleure coordination entre ces 2 catégories de formation d'autre part.

    Attachement à l'entreprise

    Le profit que l'entreprise peut tirer du développement de l'apprentissage est qu'elle trouve à sa disposition des salariés ayant une expérience du milieu du travail, hautement qualifiés et compétents. De plus, vu qu'ils ont appris leur métier dans l'entreprise, ils restent attachés à celle-ci et ce qui rend leur implication et motivation aisées. M. Drebes (représentant de la G.T.Z. au C.I.E, qui a brillamment encadré le voyage d'étude effectué en Allemagne), ingénieur et économiste, est très fier que la formation duale figure dans son cursus de formation ainsi que de l'entreprise dans laquelle il a poursuivi ses études. Il en parle avec beaucoup d'enthousiasme. Il garde, à ce jour, la première pièce qu'il a confectionnée et le livre dans lequel sont consignés les éléments relatifs à son évolution pédagogique en tant qu'apprenti en 1959 à la société OPEL (il les a présentés avec grande fierté aux tuteurs lors de la réunion au C.I.E.) dont les ouvriers qualifiés sont tous des lauréats de la formation professionnelle et qui abrite (en son sein) l'école professionnelle chargée de la formation théorique.

    L'entreprise peut tirer, du développement de l'apprentissage, un avantage particulièrement intéressant. Par une réelle intervention dans le domaine de la formation professionnelle, elle verra son rôle dans la conception de celle-ci et dans son organisation se renforcer, ce qui lui procurera une force institutionnelle.

    En Allemagne (pour ses raisons démographiques notamment) les candidats à l'apprentissage sont recherchés par l'entreprise, elle-même, qui les forme et essaie, une fois la formation terminée, de les embaucher en grande partie - sinon tous -. Elles les forment essentiellement pour leurs propres besoins.

    Au Maroc, la situation est différente. La formation duale étant à ses débuts, sa promotion requiert que les entreprises, qui acceptent et qui ont les moyens d'assurer ce type de formation, forment pour elles-mêmes mais aussi pour le marché. Aussi il serait souhaitable de les encourager, ce qui suppose l'adoption par les pouvoirs publics d'une politique d'incitation du monde économique la contribution à la formation initiale des jeunes. L'adoption de l'apprentissage est susceptible d'induire un changement significatif dans le système éducatif. L'introduction de ce mode de formation devra se réaliser progressivement. C'est un travail de longue échéance. M. Vesper (conseiller ministériel au Ministère de la Culture du land Hesse) a souligné que c'est un système qui réussira s'il s'appuie sur une éducation de base étoffée et s'il est généralisé, progressivement, à partir des résultats d'expériences menées dans différents secteurs et zones géographiques. La volonté d'adopter la formation duale ne se limite pas au Maroc. C'est aussi le cas pour l'Algérie et la Tunisie. C'est un domaine qui peut faire l'objet d'une coopération des trois pays. Il serait utile que le suivi des trois expériences soit effectué et qu'un échange soit organisé entre les organismes qui conduisent les projets de formation duale au Maghreb.

    L.K.

    (1) Circulaire sur la formation alternée diffusée par l'OFPPT aux entreprises.
    (*) Fédération des Industries Métallurgiques, Mécaniques et Électroniques.
    (2) Voir "L'Economiste" du 24.09.1/992 page 4.
    (3) G.T.Z: Organisme chargé de la concrétisation des programmes allemands de coopération technique.
    (4) Responsables des entreprises prenant en charge la formation au sein de celle-ci.
    (5) Formation professionnelle et emploi: Une comparaison France-Allemagne. Maritine Mobus, Patrick Sevestre-Revue Problèmes économiques N°2259 du 22 janvier 1992.
    (6) Formation Professionnelle et Emploi: Une comparaison France/Allemagne

    N.B. Les commentaires présentés sont strictement personnels et n'engagent que l'auteur de l'article.

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