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    Economie

    Filali-Aznar: Un nouvel accord sur la reconversion de la dette

    Par L'Economiste | Edition N°:284 Le 12/06/1997 | Partager

    De notre correspondante à Madrid, Pascale BOURGAUX


    La troisième réunion au sommet entre le Maroc et l'Espagne fut beaucoup plus économique que politique. Lors de leur entrevue, les 6 et 7 juin, les deux Premiers ministres Abdellatif Filali et José Maria Aznar ont surtout parlé de la reconversion de la dette et sont parvenus à un accord.


    Une seconde tranche de la dette marocaine sera convertissable en investissements privés espagnols. L'opération couvre quelque 4.000 millions de Pesètes et prendra effet dès que les deux tiers de la première tranche -d'une valeur de 6.250 millions de Pesètes- sera couverte. Pour rappel, cette première tranche avait été négociée, le 3 décembre dernier à Rabat, pour faciliter d'une part le remboursement de la dette de 280.000 millions de Pesètes du Maroc à l'égard de l'Espagne et encourager, d'autre part, les investissements espagnols chez son voisin méditerranéen.
    Visiblement très satisfait, Aznar a, lors de l'annonce de l'accord, jeudi, qualifié « d'excellentes» les relations entre les deux pays, tandis que Filali a salué la ferme volonté de l'Espagne à aider au développement de son pays.

    Peu d'échos dans la presse


    Cet accord important pour les deux partenaires n'a cependant pas éveillé énormément d'intérêt auprès de la presse espagnole. Dans son édition de jeudi, le premier quotidien national El Pais commente: «Pour le Maroc, le thème de la dette extérieure est fondamental, car elle s'élève globalement à 23.000 millions de Dollars, ce qui représente 68% du PIB et presque 40% du Budget de l'Etat ». Et de citer le ministre des Affaires Etrangères espagnol, Abel Matutes: «Les relations avec le Maroc sont bonnes et continues, et tous nous avons intérêt, en bons voisins, à les améliorer. De nouveaux accords de coopération vont sûrement être encore signés».
    Le quotidien conservateur ABC insiste également sur l'aspect économique du sommet et commente l'exclusivité de l'accord financier: «Cette formule, qui suppose un grand effort pour notre pays en butte à de fortes restrictions budgétaires actuelles, n'a été mis en pratique par l'Espagne avec aucun autre pays. C'est un signe clair que les Espagnols veulent contribuer au développement du Maroc».
    La pêche a également fait l'objet de débats pendant ces deux jours de réunions. «L'accord de pêche entre le Maroc et l'Europe fonctionne de manière «satisfaisante», ont assuré les deux interlocuteurs lors de la conférence de presse conjointe vendredi, sans cacher toutefois leur inquiétude pour l'avenir. C'est ce point qui a retenu davantage l'attention de La Vanguardia. Dans son édition de vendredi, le quotidien catalan s'inquiète: «Cet accord sera le dernier, ont réaffirmé récemment les autorités marocaines. Filali a dit que le commissaire Emma Bonino avait de « nouvelles idées » sur le futur de ce secteur, mais elle ne les avait pas encore exposées».
    Mais MM. Aznar et Filali n'ont pas parlé que d'économie. L'immigration illégale, la coopération juridique et militaire, la sécurité, ainsi que le problème du Sahara ont également été évoqués lors des réunions bilatérales et lors de la conférence de presse.

    En négociation depuis plusieurs mois, l'accord de coopération judiciaire d'échanges de prisonniers a fini par être signé à Madrid. En vertu de ce nouveau texte, les 200 Espagnols prisonniers au Maroc et les 1.900 Marocains incarcérés en Espagne pourront purger leur peine dans leur pays d'origine.
    L'immigration illégale a occupé le reste des débats. Questionné sur le sujet par les journalistes, Filali a qualifié de «délicat» le problème du contrôle des zones frontalières, plus particulièrement entre les localités de Nador et Melilla où sont retenus depuis plusieurs mois des centaines d'immigrés africains. L'homme fort du gouvernement de Rabat en a appelé à la coopération euro-méditerranéenne pour soutenir le développement de l'économie marocaine et mettre fin au flux migratoire vers l'Europe. Et il a également rappelé le problème de la contrebande qui transite dans les deux zones limitrophes de Sebta et Melilla et portent préjudice au Maroc.
    Vendredi, El Pais, qui ne consacre plus qu'une colonne au sommet, titre: «Le Maroc demande d'entrer dans l'économie européenne pour en finir avec l'immigration» et commente: «Filali n'a pas fui la question de l'immigration (...). Il a réaffirmé sa confiance dans la capacité de l'Espagne à faire comprendre à l'Union Européenne que si elle veut faire cesser l'émigration marocaine, elle doit aider le pays. L'Espagne doit mentaliser l'UE tout comme le font les représentants marocains à Bruxelles».


    Aznar: «Je suis très satisfait du sommet avec Filali»


    Quelques heures après la clôture du sommet hispano-marocain jeudi, le Premier ministre espagnol a reçu cinq correspondants de la presse étrangère, parmi lesquels se trouvait la représentante de L'Economiste/La Libre Belgique. M. Aznar a assuré «être très satisfait du déroulement des réunions avec M. Filali» et s'est dit «très confiant pour l'avenir de la collaboration entre les deux pays».
    Lors du déjeuner, il a ensuite surtout été question de l'Europe, des résultats des élections françaises et du nouveau panorama politique européen.
    Plus que jamais, José Maria Aznar est convaincu de l'importance de respecter le calendrier et les critères fixés pour l'Union Economique et Monétaire. «En Espagne, nous avons fait les réformes nécessaires pour être prêts pour 1998», a répété le Premier ministre espagnol. Loin de partager le pessimisme qui s'élève de Londres et Paris donc, Aznar analyse: «Je souhaite que le maximum de membres soient présents dans l'UEM, mais la solidité de la monnaie ne dépendra pas du nombre de participants... Tout n'est qu'une question de volonté politique».

    En Espagne, l'austérité budgétaire imposée par la discipline maastrichtienne a incontestablement porté ses fruits. Et tous les indicateurs économiques le confirment: l'Espagne va économiquement bien et elle fera très vraisemblablement partie du premier wagon de l'UEM. Un horizon encourageant qui explique la surprise et le reproche d'Aznar à l'égard du discours Jospin sur l'Europe du Sud et l'impossibilité d'exclure l'Italie et l'Espagne de l'UEM-: «Nous, en tout cas, nous y serons dans l'UEM! Nous avons tout fait pour y être... Si l'Italie ne remplit pas les critères, ce n'est pas notre problème. Je ne vois pas pourquoi l'Espagne est incluse dans cet espèce de «Club Méditerranée» inexistant!»
    Lors du déjeuner qui s'est déroulé dans une ambiance bon enfant, il a également été question du résultat des élections françaises. Aznar s'est entretenu à plusieurs reprises avec Chirac mais n'a pas encore contacté Jospin: «Nous attendons de voir l'attitude que va adopter le gouvernement français par rapport à l'UEM, mais pour les autres matières européennes, ce nouvel équilibre politique ne devrait pas fondamentalement changer les orientations prises ces dernières années par les Quinze».
    Après la victoire de la Gauche en France et au Royaume-Uni, le panorama politique européen a en effet considérablement changé: «Avec l'Allemagne, nous sommes effectivement le dernier bastion de la droite en Europe».

    Pascale BOURGAUX

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