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Culture

FEUILLETON DE L’ETELes coulisses de la terreurTroisième partie: Des manœuvres très ambiguës dans le Golfe

Par L'Economiste | Edition N°:2079 Le 04/08/2005 | Partager

Un grand jeu se joue en Asie centrale, les acteurs sont bien sûr les pays de la région, mais surtout les Etats-Unis, qui ne veulent pas laisser s’échapper vers la Chine les matières premières stratégiques qui entourent la mer Caspienne. Tout se mêle dans ce «grand jeu», y compris les réseaux secrets et les réseaux terroristes. Bien qu’ils aient soutenu la formation de l’islamisme, commode pour gérer les contradictions saoudiennes et le combat contre le communisme, les Etats-Unis en sont aujourd’hui victimes. Pis, les Etats du Golfe jouent double, voire triple jeu avec les courants islamiques, rendant la situation de la région encore plus explosive.DIX jours avant les attentats du 11 septembre 2001, AI-Hayat, le quotidien saoudien publié à Londres, annonce dans les pages intérieures de son édition datée du 31 août 2001: “Le prince Turki al-Fayçal a décidé de renoncer à ses importantes fonctions. Il sera appelé prochainement à exercer d’autres tâches”. Outre que le procédé est très inhabituel, la nouvelle est de taille puisqu’elle concerne un prince du sang, fils du grand roi Fayçal. Un prince qui a dirigé les services secrets saoudiens, sans discontinuer, pendant vingt-cinq ans. Le General Intelligence Department (GID), l’une des institutions les plus importantes et les plus puissantes du royaume, est considéré comme l’un des principaux instruments de la continuité de la dynastie des Saoud. “Une histoire qui tient en une formule: le pétrole plus le GID”, résume un diplomate arabe en poste à Riyad.La nouvelle n’a pas échappé aux chancelleries et, dans la petite communauté du renseignement, elle produit l’effet d’une bombe. Les Saoudiens sont-ils devenus fous? Officiellement avalisée par le roi Fahd, depuis plusieurs années dans un quasi-coma, la décision a été prise par le prince héritier Abdallah (aujourd’hui roi d’Arabie saoudite) et constitue l’un des virages les plus considérables depuis la fondation du royaume en 1932. En effet, le prince Turki incarne presque à lui seul l’indéfectible alliance de la monarchie avec les Etats-Unis, alliance jamais démentie depuis le pacte du Quincy de 1945 (…)Soulignons-le encore une fois: Oussama Ben Laden est bel et bien le fils naturel de l’oligarchie saoudienne et des services américains.C’est à ce titre qu’il demeure durant plus de dix ans l’un des protégés du prince Turki et des services secrets de la monarchie saoudienne.A la suite des pressions de plusieurs capitales, qui ont compris son rôle dans les attaques terroristes attribuées aux activistes sunnites, attentats en expansion depuis le début des années quatre-vingt-dix, Oussama Ben Laden est officiellement déchu de sa nationalité saoudienne en juillet 1994. Quelle importance, tant que les liens avec sa famille et les membres influents du palais ne sont pas rompus ? A cette époque, le milliardaire saoudien réside à Khartoum. Mais la protection de son ami Hassan al-Tourabi, qui vient de livrer à la France le terroriste Carlos, n’est plus sûre: à la recherche d’une nouvelle respectabilité internationale, le Soudan s’efforce de donner des gages. Dans ce contexte très particulier, Tourabi propose au prince Turki d’extrader Oussama Ben Laden en Arabie Saoudite. Le prince refuse. Khartoum récidive, mais cette fois avec Washington qui, après consultation du chef des services saoudiens, refuse également, et cela malgré l’attentat de 1993 contre le World Trade Center: une instruction judiciaire concernant Ben Laden ferait apparaître au grand jour les incohérences et les effets non avouables de la “ doctrine Brzezinski”. Surtout n’attrapez pas OussamaEn réponse aux interrogations liées à l’insistance du gouvernement américain à vouloir capturer Ben Laden vivant: “Ben Laden a dit qu’il voulait livrer «la reine des batailles» -celle de la mort- contre les Américains en Afghanistan même. Les Américains, eux, veulent le capturer vivant dans ce pays pour le livrer à la justice, à la face du monde. C’est pour cela, et c’est un détail peu connu, qu’ils ont envoyé des agents du FBI dans tous les pays qui ont des frontières communes avec l’Afghanistan. Pourquoi le FBI? Lorsque les Américains auront capturé Ben Laden, s’ils le capturent, il faut que les procédures d’arrestation et d’extradition soient effectuées dans les règles, dignes d’un pays de droit comme les Etats-Unis” (sic). Personne n’a eu ces délicatesses pour les prisonniers de Guantanamo.Autre expert, mais jouant dans une autre catégorie, l’ancien héros soviétique de la guerre d’Afghanistan, aujourd’hui disparu, le général Lebed, analyse pour le même hebdomadaire la tactique suivie par le Pentagone: “Les Américains ont fait la démonstration de leur efficacité en Yougoslavie: des semaines de bombardements massifs pour détruire quatorze chars-”“ -Vous n’exagérez pas un peu, mon général?”“C’est vrai, ils ont aussi détruit des usines, des ponts, des fermes. Le problème est qu’en Afghanistan, il n’y a ni usines, ni ponts, ni fermes à bombarder. 80% du pays n’a ni routes, ni chemins de fer, ni aucune autre voie de communication. Je ne vois vraiment pas ce qu’ils peuvent bombarder pendant des semaines. Des montagnes peut-être? Nous-mêmes, nous avons bombardé l’Afghanistan pendant dix ans, avec le résultat que l’on sait”.Les bombardements quotidiens de l’aviation américaine sur Tora Bora ont débuté le 16 novembre 2001. Onze jours plus tard a été donné le signal du déclenchement de l’offensive terrestre, menée par des Afghans encadrés par des officiers des services américains et britanniques. Le 29 novembre, le vice-président américain Dick Cheney confirme alors sur ABC News que Ben Laden a bien été localisé à Tora Bora et qu’il a peu de chances de pouvoir en réchapper. Sur le terrain, la réalité de la détermination à engager une chasse sans merci à Ben Laden est bien différente.En toute logique, les commandants afghans proposent à leurs conseillers américano-britanniques d’ établir un dispositif complet autour du massif de Tora Bora avant de donner l’ assaut. Relevant du bon sens le plus élémentaire, cette proposition est pourtant balayée aussitôt d’un revers de main, les officiers américains et britanniques s’obstinant à faire pilonner le moindre trou de lapin. Ils refusent également toute proposition de pourparlers avec les Taliban, qui cherchent pourtant le contact. Ils maintiennent obsessionnellement une seule et même tactique: foncer dans le tas, et pas de quartier.En fait, ce que craignent surtout les Américains, ce sont des captures de responsables qui se mettraient à dévoiler les relations entretenues entre les extrémistes et les services de Washington, de Riyad et d’Islamabad. Un «Benladdengate» , en quelque sorte….


Comment se servir des Islamistes?

LES stratèges du ministère américain de la Défense ont très tôt compris tout le parti qu’ils pouvaient tirer des islamistes, notamment de la puissante confrérie égyptienne des Frères musulmans, face à Gamal Abdel Nasser, devenu le champion d’un nationalisme arabe ayant fait le choix de Moscou. Du côté d’Israël, la même approche consistera, au début des années soixante-dix, à favoriser et à financer le Hamas palestinien pour essayer de casser l’OLP de Yasser Arafat. Cette politique d’instrumentalisation de l’islamisme sunnite culmine durant la guerre d’Afghanistan contre l’armée soviétique (1979-1989), puis avec le soutien que Washington accorde aux Taliban, jusqu’à l’échec des pourparlers de Berlin en juillet 2001.Cette politique éponyme de l’un de ses plus fervents protagonistes, Zbigniew Brzezinski, se flatte d’être l’une des causes essentielles de l’effondrement du camp soviétique. Brzezinski, l’ancien conseiller à la Sécurité nationale du Président Jimmy Carter, déclare: “Qu’est-ce qui est le plus important au regard de l’histoire du monde? Les Taliban ou la chute de l’empire soviétique? Quelques excités islamistes ou la libération de l’Europe centrale et la fin de la guerre froide?”. A cette époque, Oussama Ben Laden a la faveur de Washington. On ne rappellera jamais assez que c’est avec l’aval conjoint des services américains et de l’oligarchie saoudienne -dont son protecteur de toujours, le prince Turki, qui incarne tout autant que Brzezinski cette politique afghane menée conjointement par Riyad et Washington- qu’Oussama Ben Laden s’impose comme l’un des principaux bailleurs de fonds de la résistance afghane aux Soviétiques, puis comme l’un des chefs religieux et militaires d’Afghanistan.


A quoi sert la guerre contre le terrorisme?

LA croyance à la guerre sans fin contre le terrorisme est une référence floue, molle et filandreuse de l’idéologie dominante. Elle peut servir d’alibi à n’importe quelle aventure politico-militaire. Et, depuis le II septembre 2001, l’administration Bush ne s’est pas privée d’en user et d’en abuser, d’abord pour justifier une deuxième guerre contre l’Irak. C’est aussi au nom de la lutte antiterroriste que le président américain et le Premier ministre israélien Ariel Sharon ont tenté d’écarter Yasser Arafat, qui demeure pourtant le président élu du peuple palestinien.Annonciatrice d’autres confrontations avec l’Iran, la Syrie, le Liban entre autres, l’idéologie de la guerre sans fin ne vise pas seulement à l’imposition d’un nouvel ordre proche-oriental, mais aussi et surtout à la construction d’un monde unipolaire, d’une puissance et d’un savoir absolus, constitutifs d’une fin de l’Histoire bien peu hégélienne: trop exclusivement américaine.

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