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    Entreprises

    Fêtes, ponts, horaires: Agacements dans les entreprises

    Par L'Economiste | Edition N°:85 Le 24/06/1993 | Partager

    Aléatoire, et suivant un week-end, le 1er Moharrem pose le problème des fêtes et des ponts. Entreprises et salariés sont déjà perturbés par des horaires non coordonnés. Le point sur le droit et la pratique.

    Le 1er Moharrem, du point de vue de l'entreprise, ne pouvait pas plus mal tomber. Soumis aux caprices de la lune, il ne peut, par nature, être déterminé à l'avance. A la base, il introduit donc des perturbations dans les plannings des entreprises, les industrielles surtout.

    Quand l'alternative devient lundi ou mardi, il s'y ajoute toutes les tentations des week-ends prolongés et des ponts. Quelques perturbations ont été relevées lundi 21 juin, 1er Moharrem présumé Quelques employés dans les banques et les administrations sont rentrés de voyage en catastrophe. D'autres savouraient une grasse matinée quand ils ont été réveillés par l'agitation de la ville.

    De tels doutes sur le jour perturbent les processus industriels: il faut allumer des fours, des chaudières, quelques heures avant le début des fabrications. Dans ce cas, le tout démarre avec des retards. Ceci ajouté aux agacements des chefs d'entreprise, créés par l'absence d'un horaire d'été commun, aux administrations, aux banques, aux entreprises.

    Fériés, chômés, payés

    La répartition de l'horaire de travail dans la journée n'est pas réglementée, et la liberté laissée par le législateur est mal assumée. En revanche, les jours fériés sont clairement définis par la loi, mais les usages et la séparation des secteurs public et privé brouillent les esprits.

    Différents décrets ont complété celui de 1962 qui fixe les jours fériés, chômés et payés. Des jours peuvent être fériés mais non chômés-payés. Ainsi le 11 janvier était férié, mais le Manifeste de l'Indépendance était commémoré par le labeur, sur les chaînes et les chantiers. Le 11 janvier a finalement été ajouté à la liste des jours chômés-payés qui donnent droit à repos et salaire, qui, désormais, se présentent comme suit:

    11 janvier (Manifeste de l'Indépendance), 3 mars (Fête du Trône), 1er mai (Fête du Travail), 23 mai (Fête Nationale), 9 juillet (Fête de la Jeunesse), 14 août (Journée Ouad Dahab), 20 août (Révolution du Roi et du Peuple), 6 novembre (Marche Verte), 18 novembre (Fête de l'Indépendance). De nouvelles fêtes nationales se sont ajoutées avec l'histoire du pays et la liste s'allonge. Aucune n'a jamais été supprimée. Cependant, est tombé de la liste héritée du Protectorat le 1er janvier, remplacé par le premier Moharrem.

    Rien donc ne donne droit à rester chez soi au matin d'un joyeux réveillon. Le 1er janvier est le tabou qu'aucun chef d'entreprise ne peut remettre en cause. Il lui serait lui-même difficile de donner l'exemple par sa présence.

    De fait, les administrations, banques et entreprises commerciales modernes fêtent, chôment et payent, ce jour là. Les industries, réputées peu sociales, comme la confection ou le BTP travaillent ce jour là. D'ailleurs, les milieux ouvriers revendiquent rarement cette journée qu'ils ne considèrent pas comme la leur.

    Question de ponts

    En revanche, les ouvriers (et les autres) réclament souvent une rallonge pour les fêtes religieuses. Pour le secteur privé, un seul jour est donné pour les fêtes d'Aïd El Fitr, Al Adha, Al Mouloud et le 1er Moharrem.

    Les fonctionnaires dans les administrations bénéficient, eux, de2 jours.

    Les banques et les assurances se sont alignées par convention collective. Les industries font rarement cadeau d'un deuxième jour, et leur personnel croit souvent, à tort, qu'il y a droit.

    Reste la douloureuse question des ponts. Pour le salarié, le pont est un avantage, en compensation de son labeur, un "petit bout" de vacances. Pour les chefs d'entreprise, les ponts sont des perturbations de livraison, des journées de travail perdues, des atteintes à la compétitivité. C'est le discours qui se développe depuis quelques années. Il peut difficilement être chiffré, argumenté. Car le gaspillage est la règle en matière de ressources humaines. Les entreprises déterminent si mal l'apport, du personnel, 300 jours par an: il leur est difficile de déterminer l'apport et donc la perte, un jour de pont.

    Quoi qu'il en soit, le caractère familial des fêtes religieuses s'accommode mal du jour unique. D'autant plus que les villes sont composées de salariés de souche rurale qui vont passer les fêtes au "bled'.

    De ce fait, l'absentéisme, allant jusqu'à l'abandon de poste se développe, au lendemain de ces fêtes, Aïd El Adha surtout. BTP et petits ateliers de confection s'adaptent et se montrent plus "sociaux", arrêtant chantiers et ateliers, une, voire deux semaines, à cette occasion, avec suspension des salaires bien sûr.

    Le social s'impose ici à l'économique, à ses contraintes commerciales, à ses délais de livraison, au-delà de toute législation.

    Liberté d'horaires

    En revanche, en matière d'horaires, l'économique poursuit le social, jusqu'à ses derniers retranchements, en matière d'organisation d'horaires. La seule limite est la nuit. Le Dahir du 2-7-1947 portant réglementation du travail fixe le travail de nuit entre 22 heures et 5 heures. Les femmes et les enfants de moins de 16 ans ne peuvent exercer dans cette plage, sauf dérogation.

    Le législateur s'est soucié de la "durée du travail", et non de sa répartition.

    Son premier objectif était d'éviter les abus des débuts de l'ère industrielle. Ainsi le Dahir du 18-6-1936 stipule "la durée du travail effectif des ouvriers et employés, de l'un ou l'autre sexe et de tout âge, ne peut excéder 8 heures par jours, soit 48 heures par semaine, soit une limitation équivalente établie pour une période de temps autre que la semaine ".

    Il ne s'agit que de déterminer des plafonds, pas une répartition de la journée.

    Parce qu'il y a cette liberté cette saison, les administrations abandonnent la journée continue: 16 heures, qui était l'heure de sortie l'an passée, devient l'heure du retour.

    Pourtant, des fonctionnaires s'accommodaient de l'ancien horaire d'été. La soirée commençait plus tôt pour une vie familiale ou quelques loisirs. Les sueurs des transports du 12- l 4 heures étaient évitées. Le repas de midi était sauté, ou pris chez l'épicier du coin. D'autres abusaient. laissant leur veste pour leur "pause", qui durait jusqu'au lendemain. La journée continue était en fait réduite à la demi-journée.

    Plancher d'horaire

    Les banques, gros employeurs doublés de service public, se sont alignées sur le nouvel horaire administratif, mais avec une pause plus courte (11h50-14h) et une sortie plus tôt (17h30).

    Banquiers et fonctionnaires ne travailleront pas ensemble 3,5 heures par jour. Les assurances ont créé un système intermédiaire (15h-18h30).

    Sur cette liberté d'horaire, il peut se greffer par ailleurs quelques problèmes plus graves. La loi définit un plafond, pas un plancher. Tout chef d'entreprise peut donc réduire l'horaire et le salaire en conséquence, sans limite, en l'absence de limite légale.

    Le Dahir du 14 août 1967 sur le maintien des activités de l'entreprise ne vise que l'effectif. Le licenciement de personnel même pour motifs économiques est soumis à autorisation du gouverneur, qui n'est jamais octroyée.

    Du coup, les employeurs utilisent leur liberté de réduire l'horaire et le salaire. En cas de crise économique, certains en arrivent jusqu'à le réduire à une heure par semaine, en toute légalité. Le personnel est contraint au départ ou à la résistance par une grève c'est-à-dire à l'arrêt du travail et donc du salaire.

    Khalid BELYAZID

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