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    Culture

    Festival des musiques sacrées
    Fès reçoit les cultures de la paix

    Par L'Economiste | Edition N°:1780 Le 01/06/2004 | Partager

    . Une urgence: En finir avec la folie militariste. Fin du consensus de Washington?Rares sont les moments de dialogue que les rencontres de Fès tentent de combler chaque année. Des rencontres qui recèlent quelque chose de magique. Et quelle magie dans ce contexte international chaotique que d’écouter une humanité dans sa complexité se soulever contre les menaces qui pèsent sur elle. Le choix de “Traces de lumière” pour définir cette édition du Festival des musiques sacrées n’est pas fortuit. En marge des concerts donnés par des “voix du ciel”, comme celles de Françoise Atlan, Aïcha Ridouane, ou Sœur Marie Keyrouz, des rencontres sont organisées chaque matinée.D’Afrique du Sud, d’Irak, des Etats-Unis, d’Inde, de France, du Tibet, du Liban et de bien d’autres contrées, les voix se font entendre, sans fard, intransigeantes. Elles sont unanimes: l’heure est grave et la responsabilité partagée.Au cœur du Musée Batha, près de son jardin verdoyant, et sous son arbre séculaire, les festivaliers sont venus pour panser les plaies du monde. La première rencontre, qui s’est déroulée samedi dernier, était intitulée “Pour une démocratie globale”. Téméraire mais réussie. S’il a été impossible de ne pas évoquer le drame irakien, palestinien, Bush et Ben Laden, cela s’est fait dans un esprit de dialogue et dans une culture de paix.Mais comment parler de démocratie quand la plus grande puissance mondiale bombarde des civils? Comment parler de démocratie quand plus d’un milliard de personnes vit dans la pauvreté la plus absolue? Quand deux milliards d’individus vivent dans 48 Etats non démocratiques (selon l’Institution américaine Freedom House)? Que les décisions mondiales se prennent entre quatre murs, comme le G8, l’OCDE, le FMI et auxquels on ne demande jamais des comptes? Ainsi posées par Aïcha Belarbi, consultante auprès de l’Unicef, l’Unesco, le Pnud, et l’une des intervenantes de cette rencontre, ces questions ont trouvé écho auprès de la petite centaine de chercheurs, prix Nobel, intellectuels, membres d’associations, etc. présents. . “Noyau dur non négociable”La puissance militaire américaine remet en question toutes les instances internationales, les droits de l’homme, et toutes ces leçons que le monde croyait avoir retenues après les guerres mondiales. L’Irak est le plus grand constat de l’échec des idéologies d’après-guerre. L’unilatéralisme est à son apogée, la société des nations est impuissante et les replis identitaires, avec ce qu’ils comportent comme extrémisme, se multiplient. “Le noyau dur non négociable”, selon l’expression de Assia Bensalah, que représentent les droits de l’homme, est attaqué. Le problème de la représentativité se pose un peu partout dans le monde, y compris dans les pays développés, explique la juriste. “Dans les pays développés, plusieurs temps existent: le temps médiatique, le temps politique et le temps économique. La puissance et la richesse sont les deux critères qui prévalent”. En somme, le citoyen a perdu le contact direct avec les instances censées le représenter et prendre les décisions pour le bien commun. Au Conseil de sécurité de l’ONU, il y a le droit de veto. Mais, dira l’experte, c’est “un conseil incapable de mettre en oeuvre ses propres résolutions. Les institutions financières, l’OMC, sont dirigées par les grandes puissances qui imposent un certain ordre”, ajoute l’intervenante. Et pour l’instant, l’altermondialisme est beaucoup plus un mouvement de nuisance pas encore réactif, estime Assia Bensalah. Un avis que ne partage pas Christophe Aguiton, l’un des chefs de file de ce mouvement, qui pense que celui-ci est “l’autre solution aux extrémismes et au terrorisme” (cf. interview en page 31).Le principe de la libéralisation économique comme vecteur de prospérité des peuples est aujourd’hui un échec cuisant. Mais au nom de ce principe, des accords bilatéraux et régionaux continuent à être signés.Et ils n’ont jamais été aussi nombreux. Les participants, peut-être un peu avant-gardistes, sentent bien qu’il faudra se diriger vers un autre ordre mondial, plus proche de la réalité que celui dessiné sur des conventions restées lettre morte. Le regain de militantisme est là, constate Christophe Aguiton. “Maintenant, il va falloir se lier aux militants du monde arabe”, comme pour anticiper sur la critique souvent faite à ce mouvement, qui est d’être celui d’une autre élite. “Le militant fait remarquer qu’aujourd’hui, il y a une rupture du consensus de Washington. En Union européenne, il y en a qui sont encore pour, comme le commissaire européen Pascal Lamy. Les néoconservateurs pensent qu’en plus de la puissance de l’économie, on peut régler les problèmes plus efficacement avec le gros bâton de l’armée américaine. Puis, il y a le mouvement représenté par Soros et Stigliz, qui ont remis en cause ce qu’ils pensaient de l’économie”, analyse Aguiton. Nul doute que l’année 2003 est celle de la division idéologique de la communauté internationale. L’émergence du groupe des 20 (Pays du Sud dont le Brésil; le Maroc n’en fait pas partie) quoique lui aussi critiqué, est un autre contre-pouvoir.“Peut-on revenir au consensus de Washington? Je ne crois pas. La liberté des peuples et des cultures est à l’opposé de l’économie au mépris des droits de l’homme”, affirme Aguiton. A l’instar des autres intervenants, il estime qu’il faut penser un autre monde pour une autre démocratie. Mais lequel? Et comment? “Concrètement, il faut construire les rapports de force, donc travailler plus ensemble”. Sur le terrain, les détenteurs de richesses sont aujourd’hui les plus puissants. Comment basculer d’une situation de prédominance économique dans celle de la volonté des peuples? La construction du rapport de force dont parle Aguiton ne réside pas uniquement dans le rassemblement des Etats et des peuples lésés. L’Histoire en témoigne assez souvent. Le Lama Denys, bouddhiste tibétain, a peut-être un élément de réponse. Il s’interroge sur la volonté des riches à abandonner un certain nombre de privilèges pour repenser cette démocratie. “Le processus de changement de mentalité doit commencer par eux”, explique-t-il.Pour l’heure, un consensus existe sur l’urgence de la fin de l’oppression militaire en Irak et en Palestine. La position des intervenants rejoint celle de millions de voix qui s’élèvent un peu partout dans le monde: il ne faut pas que Bush gagne les prochaines élections. Un consensus aussi sur le fait que son challenger Kerry sera l’homme de la paix. Mais cette espérance qui s’internationalise demeure conjoncturelle. La sécurité mondiale ne peut plus se permettre de dépendre d’une seule nation au gré de ses administrations.


    Construction géante

    A travers une histoire véridique, Aïcha Belarbi raconte ce qu’est la démocratie mondiale.“Une femme indienne illettrée, ayant deux enfants, vit avec ses beaux- parents à New Delhi dans la misère. Elle a suivi des séances de sensibilisation, de formation professionnelle, et de relations publiques. Lors de sa séance d’évaluation, on lui demande quel est le principal changement qu’elle a observé dans son comportement après ces formations. Elle répond: “Avant, lorsque j’étais en face d’une personne influente, je regardais le sol, je hochais la tête, je répondais par oui ou par non. Et au fur et à mesure que j’apprenais, je commençais à regarder la personne au niveau du buste puis du menton puis du visage sans distinction et enfin dans les yeux. Et là, je sentais que j’existais, que j’étais une personne”. C’est cela la démocratie mondiale. Dans le regard et dans l’écoute, dira Aïcha Belarbi. Autant dire que le chemin est encore long, au moins pour les pays où l’analphabétisme sévit. Si aujourd’hui, elle se rapproche de la chimère, la démocratie demeure “une utopie porteuse” (dixit Christophe Aguiton), que les citoyens du monde ont la responsabilité de protéger. “Nous sommes en même temps les concepteurs et les bâtisseurs d’une construction géante dont les plans ne doivent pas nous échapper”, insiste Belarbi.-Assia Bensalah, professeur de droit public international et coprésidente du Groupe des sages, Aïcha Belarbi, figure emblématique des droits de la femme et ancienne ambassadrice du Maroc auprès des communautés européennes, Hans Peter Durr, physicien allemand engagé pour la paix dans le monde, et Karen Torjesen, professeur universitaire, enseignant la religion aux Etat-Unis et militant contre la réélection de Bush, ont eu la lourde tâche de cerner le problème de la démocratie globale devant un auditoire très attentif.-Mouna Kadiri

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