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Economie

Fès: La médina colmate ses brèches

Par L'Economiste | Edition N°:2414 Le 04/12/2006 | Partager

. Quelque 1.219 bâtiments étayés par des poutres en bois. L’heure est à l’urgence. La ville est pourtant classée patrimoine universel depuis 25 ans  «JE préfère ne plus me rendre chez ma tante Radia qui habite au fonds de Derb Benaazahoum, au quartier Talâa Lekbira. La raison est simple: j’ai remarqué que cette ruelle s’est rétrécie. Ses murs se sont rapprochés, et le passage, étroit, laisse passer difficilement une personne. Donc, il y a risque de ne pas revenir dudit derb! Ce péril est désormais quotidien pour ma tante ainsi que pour ses voisins». Les propos sont de Driss, un jeune garçon de 13 ans. A cet âge, Driss est déjà sensibilisé à la problématique des effondrements. «Je me souviens encore de la mosquée Aïn-El-Khayl qui s’est effondrée en novembre 2004, causant 11 morts. Parmi eux, un ami à mon père, originaire de Marrakech; il est parti faire la prière, et il n’est plus revenu», se désole cet enfant. Comme lui, plusieurs personnes, même adultes, évitent d’aller et venir dans la médina. Pour mieux comprendre leur motivation, une visite «aventureuse» au milieu des murs soutenus par le bois s’impose. L’Economiste a suivi deux «circuits» pour atteindre le fameux Derb Benaazahoum. Le premier commence à Bab Boujloud, en passant par Talaa Essghira, Derb El Horra puis Talaa Lekbira. Cet itinéraire, très animé, comprend trois bâtisses étayées par le bois massif. L’une de ces maisons appartient à la famille Berrada Rkhami, installée à Casablanca. Un mur de cette ancienne maison s’est effondré en 2004 la veille de la visite du roi des Belges dans la ville. Il fallait donc réagir dans l’urgence, puisque l’hôte du Maroc devait visiter la médina et passer par le quartier Talâa. L’Agence de la dédensification et de la réhabilitation de la médina de Fès (Ader-Fès) avait donc mobilisé ses équipes, renforçant toute la nuit le mur donnant sur le quartier. L’Ader, la Ville et les autorités ont essayé de contacter les Berrada, par la suite, pour restaurer leur vieille demeure. Mais en vain. Et Dieu seul sait combien ces poutres en bois, installées depuis près de deux ans pour colmater le problème, résisteront encore! L’autre chemin, est celui que pourrait emprunter «paresseux». Ce dernier laissera son véhicule au parking Aïn-Azleten, qui donne directement accès à Talaa Lekbira. Là, encore, des poutres soutiennent murs et fondations. Bref, plusieurs quartiers en médina sont à l’image d’un échaffaudage construit en allumettes de bois. «L’étayement est une solution provisoire, adoptée en 2004 pour éviter les effondrements et les pertes de vies humaines», explique Foaud Serrhini, directeur de Ader-Fès. En effet, les bâtiments qui sont dans un état de délabrement continu souffrent de la sur densité, de l’obsolescence, des rajouts inadéquats, et du démembrement de la propriété (plusieurs locataires dans une seule maison). Ce qui accentue la dégradation des structures, des fondations et des canalisations d’eau. Autre particularité: la précarité des ménages qui habitent les maisons menaçant ruine. «D’après nos études, les locataires constituent plus de 70% de la population touchée par ce phénomène. Ils occupent une superficie moyenne de 21m2/ménage. Et chacun d’entre eux dépense un budget de 300 dirhams en moyenne sous forme de loyer mensuel», explique Serrhini. De son côté, Taoufiq Héjira, ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme, souligne que ces gens peuvent être insérés dans un processus d’acquisition d’un logement salubre. Cependant, cette équation n’est pas aussi simple. La situation foncière des maisons délabrées et l’absence du vrai propriétaire ajoutent à la complexité de la problématique. Or il s’agit d’un patrimoine qui risque de devenir irrécupérable. C’est le cas de Dar Lezrek, médersa de l’époque des Mérinides. Malheureusement, ce joyau est abandonné depuis une dizaine d’années. Dernièrement, les experts de l’Ader y ont découvert un palmier qui a poussé à l’étage. «C’est le summum de la négligence», commente Serrhini. Et d’ajouter que l’Agence a visité 6.286 bâtiments en médina. De ce chiffre, 1.141 constructions présentent un risque de 1er degré, et 1.219 maisons ont été déjà étayées par le bois. Mais seulement 10% des demeures sont irrécupérables. Des comités de vigilance procèdent à un contrôle quotidien de toutes ces constructions à risque. En tout cas, la Wilaya (notamment dans le cadre de l’INDH) et la Commune urbaine de Fès sont déterminées à poursuivre l’opération de restauration. En fait, le soutien financier des pouvoirs publics, aux citoyens désireux de mener des opérations de consolidation de leurs logements à hauteur de 50%, reste de mise. Au cas où des habitants refuseraient que leurs maisons soient consolidées pour une raison ou pour une autre, la commune les avisera et effectuera les travaux de consolidation à 100%. Sauf que dans ce cas, le propriétaire devra couvrir toutes les charges, et un dossier juridique sera constitué s’il y a lieu. A cet égard, l’accompagnement juridique et la création de mécanismes restent de mise pour assurer la pérennité de l’opération.  Par ailleurs, autorités locales, Commune et ministère de l’Habitat se penchent actuellement sur le projet de création d’un fonds pour le consolidation des bâtiments menaçant ruine. Ce fonds sera alimenté par la contribution de tous les partenaires du projet de réhabilitation en plus des recouvrements des opérations réalisées. Outre la création de cette caisse, la Commune urbaine entend poursuivre l’aménagement de la place Boujloud en procédant à son extension. Le dossier d’expropriation est en cours d’instruction.


 
Patrimoine mondial

LA médina est classée depuis 25 ans patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco (voir article p. 31). Pour le responsable de l’Ader, depuis 1981, le projet de réhabilitation a nettement relevé le niveau technique des différents opérateurs à Fès. En effet, les cadres techniques de Fès -au niveau de l’Ader, de la Wilaya, des Communes notamment- ont acquis une expérience certaine dans les différents volets relatifs à la réhabilitation d’une ville historique (bâti, infrastructure, aménagement urbain, restauration des monuments). Au niveau de l’environnement, on notera que le nombre d’entreprises spécialisées a augmenté de trois à une douzaine. Les architectes, ingénieurs et chefs d’entreprise (120 personnes au total) ont, quant à eux, bénéficié, à côté des cadres techniques des organismes publics, de cycles de formation et de séminaires spécialisés. On peut ainsi dire que la ville de Fès est en mesure aujourd’hui d’assurer la continuité de ces actions avec des performances améliorées au niveau des coûts, de la qualité et des délais. Ce dernier volet est tributaire de la réception des fonds. «Entre l’approbation du budget et sa réception par l’Ader, il faut compter au moins 7 à 8 mois. Pendant ce temps, les bâtiments qui ne peuvent pas résister s’effondrent», conclut Serrhini.De notre correspondant,Youness SAAD ALAMI

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