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    Economie

    Femmes : Les si grandes diversités arabes

    Par L'Economiste | Edition N°:645 Le 24/11/1999 | Partager



    · Une collection de préjugés des femmes les unes envers les autres
    · Des contradictions internes qui montrent les ambiguïtés de la modernisation


    Le centre Cawtar parviendra-t-il à créer le réseau qu'il souhaite pour promouvoir la femme arabe? Cawtar est un centre d'études basé à Tunis, soutenu par le Prince Talal d'Arabie Saoudite, par le PNUD et par le gouvernement tunisien, dont l'objet est de soutenir le mouvement de modernisation concernant les femmes.
    Le séminaire de Tunis, du 18 au 20 novembre 1999, marque d'une part la relance des activités de Cawtar et d'autre part la mise en place d'un réseau d'ONG.
    Il n'a pas été possible de savoir pourquoi ce centre avait été mis en sommeil pendant au moins deux ans, ni pourquoi il est aujourd'hui relancé, ni avec quels moyens financiers.
    La nouvelle équipe dirigeante, autour de Mme Soukaïna Bouraoui (qui a à son actif la relance du Credif, centre de documentation tunisien ayant maintenant une bonne réputation régionale) est assez activiste pour réussir la relance.
    Cette équipe a eu l'astuce d'impliquer des femmes chefs d'entreprise, responsables d'ONG et surtout des femmes responsables de médias de manière à donner davantage de visibilité à sa nouvelle approche.
    Quel est l'intérêt de communautariser des données sur les actions, les situations des femmes dans les pays arabes?
    Accumuler encore du papier imprimé? Non, ou bien pas seulement. En fait, c'est un travail silencieux qui commence spontanément, car rapidement les femmes se comparent. Les premières victimes des comparaisons, ce sont les a priori, les idées reçues.
    Les Maghrébines ouvrent de grands yeux devant la représentante d'un fonds d'aide saoudien: avec naturel et spontanéité, elle ramène l'assemblée à des procédures démocratiques pour décider quelles recommandations le groupe retiendra. Elle aurait pu pourtant faire ses quatre volontés: son fonds est un important pourvoyeur pour les ONG moyen-orientales et le principe "qui paie décide" est universel.
    Les Jordaniennes et les Libanaises sont, inversement, surprises de trouver chez les Marocaines un esprit d'entreprise aussi en prise sur la globalisation. Pour les Moyen-Orientales, le vieux Royaume du Maroc leur semblait en dehors de la modernisation. Mais ces découvertes ne vont pas sans contradiction.
    Quelle surprise pour les autres femmes arabes d'entendre une des Marocaines rejoindre une représentante du Yémen pour exiger l'emploi exclusif de la langue arabe, alors que Cawtar avait prévu trois langues de travail (arabe, anglais, français).
    Elles se font toutes les deux assez vertement critiquer par une Koweitienne et une Tunisienne, cette dernière représentante d'une ONG qui s'occupe des femmes arabes émigrées en Europe.
    "Vous en êtes encore là au Maroc?", s'interroge une Egyptienne. Elle écoute avec attention les explications de cet "étrange problème marocain": le Maroc est une société à deux vitesses dont la frontière passe largement mais pas exclusivement par la langue.
    Cela lui paraît incroyable: société à deux vitesses, l'Egyptienne connaît bien, puisqu'elle le vit chez elle, mais cela lui paraît "so stupid" de croire qu'en imposant une langue ou une autre on peut résoudre la question sociale! Les Tunisiennes qui ne savent pas vraiment ce que veut dire "société à deux vitesses" savent bien, en revanche, ce que veut dire la revendication linguistique, mais pour elles cela n'a pas le même sens qu'au Maroc: Les Tunisiennes pensent qu'il s'agit d'un désir de fermeture culturelle! Elles ne conçoivent pas que ceci peut signifier qu'une Marocaine souhaite ainsi se rapprocher de la culture arabe parce qu'aux yeux des Tunisiennes l'arabe des Marocaines comporte trop de fautes de vocabulaire et de grammaire!
    Autre question abondamment discutée à table ou dans les couloirs; l'extrême diversité des statuts de la femme. Dans chaque pays, le statut apparaît comme l'héritage immuable (exception faite de la Tunisie) de la religion. Mais alors comment comprendre que l'unicité religieuse produise tant de différences sur des questions identiques?
    En réalité, une rencontre de femmes arabes, c'est avant tout une rencontre sur la diversité culturelle.

    Nadia SALAH

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