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    Culture

    Faut-il avoir peur de la Chine ou plutôt s’inspirer d’elle?
    Par Marie-France JAMAL-ALAOUI

    Par L'Economiste | Edition N°:1985 Le 24/03/2005 | Partager

    LES craintes marocaines ne manquent pas face à la concurrence mondiale mais aussi nationale de ce pays très agressif industriellement et commercialement qu’est devenue la Chine depuis plus de 20 ans. Des articles, ici ou là dans la presse nationale, traduisent, parfois, hélas, de façon très xénophobe, cette inquiétude marocaine légitime.Pourtant depuis des lustres nous voyions, simples consommateurs, des articles chinois dans les magasins, pas seulement à Derb Ghallef, mais aussi dans les boutiques du Maârif, telles les incontournables nappes, les services de porcelaine, etc. Les Chambres de commerce et associations professionnelles organisent périodiquement des voyages d’affaires pour permettre aux entrepreneurs marocains de se rendre aux différentes foires chinoises. Les hommes d’affaires marocains sont avant tout des importateurs de Chine. Certes, la donne a bien changé désormais, puisque toute la planète frémit devant la puissance chinoise, le Maroc avec!Le Maroc semble se réveiller de sa douce torpeur avec une violente migraine. En effet, ou bien il a pratiqué la politique de l’autruche, ou bien il a eu une excessive confiance en lui, ou encore il s’est mal ou/et peu préparé. Il a mal anticipé les répercussions sur sa propre économie. Il est sous le choc. Est-ce pour autant qu’il faille crier “au loup!”?Est-ce pour autant qu’il faille incriminer l’autre, les Chinois, débarqués en force dans les lieux de commerce stratégiques de Casablanca, se substituant aux commerçants marocains qui souvent vendaient des “chinoiseries” d’ailleurs, mais plus cher? C’est la simple loi de la concurrence qui a joué et le consommateur va donc spontanément au plus offrant, ce qui semble normal. Le Maroc, que je sache, a permis à ces commerçants de s’installer le plus légalement du monde. Il semble bon de faire quelques remarques:Le Maroc a le plus souvent été une terre d’émigration. Il devient, comme n’importe quel pays du monde, une terre d’immigration. Il doit apprendre à perdre sa frilosité et accepter cette ouverture internationale, dont chinoise. Comment peut-on se réjouir de la réussite des siens dans d’autres pays quand on n’est pas prêt à accepter celle des autres dans le sien? Quant à moi, je trouve plutôt optimiste que des Chinois viennent à montrer à une jeunesse sans espoir, décidée à fuir le pays par tout moyen, qu’on peut y faire quelque chose. Ce que le jeune Marocain méprise, le Chinois voit comment le transformer pour pouvoir vivre, mieux que chez lui (car ce ne sont pas les gros industriels ni les entrepreneurs chinois qui sont visibles, mais des provinciaux tentés par la dynamique de la réussite). On reproche également aux Chinois de renvoyer l’argent gagné chez lui, pour subvenir aux besoins des siens: n’est-ce pas le transfert des MRE qui est la source la plus importante de devises au Maroc? Reprocher à l’autre ce qu’on fait soi-même me semble curieux! Ça c’est pour “l’autre”, voyons à notre porte.Le Maroc avait tenté, il y a longtemps, une plantation de thé à Larache avec l’assistance chinoise. On sait que la rentabilité du théier est très longue, environ 5 à 10 ans. Des études avaient été faites pour rechercher des terres marocaines susceptibles de permettre une extension de la culture. Tout cela est resté dans les tiroirs, l’expérience de Larache est morte alors que la culture du thé marocain aurait progressivement baissé en prix de revient, généralisé des emplois dans l’agriculture et économisé des devises. La Chine, elle, a fait cela avec la plantation de vignobles sous la houlette française et réussit maintenant à produire un vin bien plus qu’honorable!De grosses entreprises chinoises, dont Haier de Qingdao (parmi les plus importants groupes mondiaux!), avaient été démarchées par le conseiller économique marocain de l’ambassade du Maroc en Chine dans les années 2000. Vu le manque d’intérêt, les tergiversations du Maroc à leur égard, ils ont filé en Tunisie, heureuse de les récupérer. Idem pour d’autres entreprises que l’Algérie a recueillies! Pourquoi? Il y a eu, également, une tentative avortée de drainer des touristes chinois au Maroc, par ce même conseiller économique, qui s’était lié avec l’antenne Air France de Pékin: une extension de 3 jours depuis Paris vers Marrakech pour un week-end de golf. Pas de réaction! En vivant en Chine, on devinait de façon plus que perceptible le désir des Chinois aisés de sortir de chez eux, de voyager, de découvrir l’Europe. Or le coût de l’extension Paris-Casablanca, depuis la Chine, est dérisoire: c’était facile de réussir, encore fallait-il le vouloir. Il y a eu cette année entre 400 et 500.000 touristes chinois en France: ne comptons que 50.000 qui seraient venus faire un détour au Maroc (juste 10%!), en sachant qu’ils dépensent plus que les Japonais, environ 300 à 400 euros /jour en Europe! Mais pour cela, il faudrait d’abord une mise à niveau du tourisme: le “petit-déjeuner” chinois, veut dire un thermos d’eau chaude dans sa chambre, le Chinois ne veut pas être logé au 4e étage car en chinois c’est le même mot que “mort”, etc. Il faudrait également que l’ambassade du Maroc en Chine donne les visas! Des amis chinois, chercheurs universitaires, écrivains, critiques d’art que je devais accueillir, n’ont jamais réussi à obtenir leur visa, alors qu’ils sont reçus très officiellement en France, au Canada et aux USA. On pourrait accepter quand même les touristes qui ont le visa européen! Tous les Chinois ne sont pas des migrants clandestins potentiels!Et puis pourquoi les Marocains ne chercheraient-ils pas à réfléchir sur des exportations en Chine: à force d’attendre, il s’est fait devancé par les Espagnols et les Grecs pour l’huile d’olive, par les Français pour la semoule de couscous! Il ne faut pas oublier qu’il y a, en Chine, une grande communauté d’expatriés internationaux qui se régale, à Pékin par exemple, dans les restaurants libanais, dans les restaurants des hôtels internationaux, ou entre amis.Les jeunes étudiants marocains, ayant fait leurs études en Chine sur proposition des autorités, avec des bourses, qui ne rentrent pas tous au pays à cause de la difficulté d’homologation des diplômes (il ne fallait donc pas leur permettre d’y aller!!) ne sont pas exploités, eux qui maîtrisent très bien le chinois, tout comme les étudiants chinois venus apprendre le français ici, au Maroc (mais si j’ai rencontré, dans mes séminaires de formation faits à la Chambre de commerce et de l’industrie française de Pékin des assistantes direction qui connaissaient très bien Rabat!): rien ne les fidélise auprès de l’ambassade du Maroc en Chine. Bref, tout cela donne l’impression qu’il n’y a aucune idée, aucun désir de suivi, de pérennité. Le premier enthousiasme passé, il semble parfois qu’il est plus dur de convaincre les Marocains que les Chinois de continuer à collaborer!!Le marché chinois est prometteur car encore peu développé et avide de consommer alors que le pouvoir d’achat s’accroît, mais il est déjà complexe. Les clivages de la société chinoise le segmentent : villes côtières versus intérieur des terres, populations jeunes et éduquées versus populations plus âgées et conservatrices. C’est aussi un marché où la concurrence est féroce et où les marges sont faibles.Mais il faut tenir compte du fait que le consommateur chinois est fondamentalement différent du consommateur européen:- Importance primordiale du prix- Fort taux d’épargne- Importance de la marque- L’enfant unique et les grands parents à la maison- Habitudes alimentaires spécifiques (même chez Carrefour, le poisson doit être vivant…)- La grande majorité des Chinois vont faire leurs courses à pied ou en transports en commun- Le fossé entre les générations est particulièrement fort.Si le faible volume de nos échanges s’explique aisément par la non-adaptation du produit marocain, les causes de celle-ci sont difficiles à cerner. Elles sont multiples. Certaines sont communes à tous les étrangers, d’autres nous sont spécifiques.Pour ce qui concerne les causes communes:La langue tout d’abord. Le recours à l’anglais, encore mal maîtrisé, entraîne des frais de traduction, des pertes de temps et des risques d’incompréhension aux conséquences considérables. La culture après. Les différences culturelles peuvent être conflictuelles: alors que notre conception des affaires exige une prévision minutieuse des droits et obligations de chacun, celle des Chinois est contraire: les contrats ne sont que des contrats qui figent les choses alors que celles-ci évoluent de manière imprévisible. Pour évoluer en harmonie avec son environnement, il faut des relations personnelles, étroites et suivies, permettant de se connaître, de se comprendre, d’échanger des informations et de prendre au moment opportun les décisions que la situation impose.La distance, le décalage horaire, les conditions climatiques, la nourriture, ensuite. Tous ces facteurs ont un coût en termes d’argent, de fatigue ou de troubles dont le cumul n’est pas négligeable.Nous savons tous qu’Ibn Battouta est allé en Chine, nous ignorons que 13 ans avant lui, le grand voyageur chinois Wang Da Yuan avait fait halte à Tanger, qu’il décrit dans ses relations de voyage et qu’avant lui encore, des émissaires du second empereur Yuan y avaient aussi séjourné en 1303: c’est ce que nous rapportent les annales de cette dynastie descendant de Gengis Khan.Tirons de l’Histoire la morale: un travail rigoureux “d’interculturalité” semble indispensable!


    Stratégie industrielle: Deux axes

    Les dépenses de R&D, elles, progressent à une vitesse fulgurante en Chine et sont passées en l’espace de 4 ans, à 89 milliards de yuans, soit 1% du PIB. Deux stratégies sont particulièrement explicites: celle du “redressement du pays par la science et par l’éducation” et celle sur le “développement durable”.Au sein du gouvernement a ainsi été créé depuis quelques années un groupe interministériel pour le développement, présidé par le Premier ministre. Parmi les ministères membres, il y a le ministère de la Science et de la Technologie (le MOST) qui est responsable de la recherche civile, la Costind, responsable de la recherche militaire, et encore les ministères de la Santé, de l’Agriculture, de l’Industrie informatique, des Transports, des Chemins de fer. On trouve également l’Agence nationale pour la protection de l’environnement, l’Académie des sciences, la Fondation nationale de la science naturelle. Enfin, il y a évidemment le ministère des Finances et la Commission d’Etat au Plan. Ce groupe interministériel se réunit plusieurs fois par an pour fixer la stratégie générale, définir les grands projets et les programmes nationaux.


    Empire industriel dans les mairies

    L'ETAT est toujours aussi incontournable, cependant. La mairie de Shanghai par exemple a un véritable empire industriel et peut être même un fonds d’investissement. Et, le gouvernement chinois dans son ensemble met l’accent sur sa politique d’encouragement de l’économie privée. Dans les années futures, les entreprises privées bénéficieront sans doute dans tous les domaines du soutien de l’Etat par l’intermédiaire d’une politique financière favorable. Un très grand nombre d’incubateurs existe. Shanghai compte, par exemple, 26 parcs technologiques, essentiellement financés sur fonds publics. 1 a été créé par la municipalité, 6 par l’Etat, 6 par les universités, 9 par les districts locaux (plus petits que la municipalité), 4 par des investisseurs directs. La municipalité donne des garanties bancaires – 2 millions d’euros en 2003 pour 16 millions de prêts bancaires consentis. Elle a octroyé 60 millions d’euros à une société de capital-risque local. Rares sont les jeunes pousses shanghaiennes qui ne comptent pas à leur tour de table l’un de ces “business angels” (co)financé par une municipalité ou un district.


    Des chiffres qu’il faut retenir

    Quelques chiffres montrent bien une population avide de consommer:- 200 millions de téléphones portables environ en Chine (bonne approximation sur le nombre de réels consommateurs, c’est-à-dire les salariés ayant un pouvoir d’achat minimum et pouvant acheter des produits manufacturés fabriqués en Chine),78 millions d’internautes, 25 millions de cartes de crédit, une quinzaine de millions de touristes chinois sortant de Chine chaque année, 10 millions de voitures particulières- sur 200 millions de consommateurs, 50% seulement consomment régulièrement (l’autre moitié consomme surtout aux 3 périodes de fête).Mais le style-consommation gagne rapidement bien que les classes sociales soient très marquées: - 2 millions de Chinois gagnent plus de 2.300 €/ mois (“nouveaux riches”); - 10 millions de Chinois environ gagnent plus de 1.000 €/ mois; - 65 millions de Chinois gagnent entre 450 € et 1.000 €/ mois; - La majorité des 200 millions de consommateurs gagne entre 100 et 300 €/ mois.Même si on vante souvent la Chine pour les coûts particulièrement bas de sa main-d’œuvre non qualifiée, on s’aperçoit bien vite que ses élites sont, elles aussi, de mieux en mieux adaptées aux besoins de l’économie: environ 70.000 jeunes décrochent chaque année un master (bac+7) ou un Phd (bac+10). Forte, selon l’OCDE, de 700.000 chercheurs, la Chine s’affiche déjà comme la 2e nation scientifique du monde après les Etats-Unis (1,3 million), mais devant le Japon (650.000).


    La Chine modèle? Pourquoi pas!

    LA Chine pourrait cependant être un sujet de réflexion et pourquoi pas de modèle.En effet, l’économie privée chinoise est devenue un segment de croissance très important.Actuellement, le nombre des entreprises privées ne cesse d’augmenter et leur qualité continue à s’améliorer. En Chine, l’économie privée désigne les entreprises chinoises soumises à divers régimes de propriété, en dehors des entreprises d’Etat ou contrôlées par des capitaux publics; elle recouvre les industries et commerces individuels, les entreprises à capitaux privés et collectifs. L’approche chinoise du financement en capital est différente de celle que nous connaissons: Le capitalisme chinois se distingue des autres modèles de capitalisme dans le sens où il met l’accent sur la flexibilité pour la survie. Il est fondé sur une approche différente des financements en capital. Alors que les entreprises occidentales se fondent sur l’actionnariat et la gestion des fonds propres, les entrepreneurs chinois ont recours au capital privé. En d’autres termes, ils jouent avec leur propre argent plutôt qu’avec l’argent des autres. En conséquence, les sociétés chinoises ont tendance à maintenir leurs coûts au plus faible niveau et à optimiser leur utilisation (depuis des lustres, la Chine a ses guides par professions et régions). La création chinoise se fait essentiellement à partir des réseaux. Ces nouvelles sociétés prospèrent essentiellement du fait de l’aptitude naturelle des Chinois à développer des réseaux relationnels, à vocation économique et financière. Ils créent en effet des entreprises qui se développent librement et spontanément en liaison avec d’autres: des fournisseurs, des sous-traitants, des équipementiers, des banques, des sociétés diverses de prestations de services, des entreprises complémentaires et partenaires et des… clients.

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