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    Entreprises

    Faible taille du marché, récession, concurrence étrangère : Les fonderies tournent à 50% de leurs capacités

    Par L'Economiste | Edition N°:178 Le 04/05/1995 | Partager

    La crise persiste dans le secteur de la fonderie. Les entreprises tournent en sous-capacité chronique de plus de 50%, le chômage technique est devenu la règle. Tel est l'état général décrit par les professionnels.


    La capacité installée du secteur est estimée à 22.000 tonnes par an de production de pièces d'usure. Aujourd'hui, le secteur produit uniquement quelque 10.000 tonnes par an sur un marché de 30.000 tonnes. De plus, le secteur est très capitalistique, des unités industrielles comme Mafoder ou FAM (Fonderies Aciérie du Maroc) ont coûté aux environs de 15 à 20 millions de DH.
    C'est un climat de crise que les industriels décrivent. FAM tourne à 50% de ses capacités. Le chiffre d'affaires a enregistré deux baisses successives, de 7% en 1993 et de 5% en 1994 . L'entreprise cherche à diminuer ses charges. Un jour de chômage technique sur cinq est institué. Les retraites anticipées sont encouragées et des stagiaires qui devaient en principe intégrer l'entreprise n'ont pas été retenus. Résultat: l'effectif de FAM a été ramené de 120 à près de 95 personnes.
    Maroc Fonte tourne, quant à elle, à 60% de sa capacité. Le chiffre d'affaires a été réduit de 5 à 10% en 1994. La production est arrêtée un jour par semaine. Fm Fonderie, entreprise qui existe depuis 1961, enregistre, quant à elle, une sous-capacité de 50 à 60%. Le travail des temporaires a été suspendu.

    Risque de fermeture

    Les dirigeants de Mafoder déclarent, eux, que s'ils n'avaient pas réalisé les derniers investissements qui leur permettent de produire des pièces à haute valeur ajoutée, ils auraient été obligés de fermer leur unité. La crise est jugée sévère. Les objectifs de retour sur investissement sont revus à la baisse. Le taux d'utilisation des capacités de production n'est que de 70%.
    Cette crise que traversent les entreprises de fonderie s'explique par la baisse de l'activité du bâtiment, "les grands projets sont au ralenti et consomment donc moins de pièces d'usure". Par ailleurs, les grands offices, à la recherche d'une limitation des charges, ont réduit leurs commandes.
    Au-delà des difficultés du moment dues à une morosité générale, la crise est plutôt structurelle.
    Le secteur des fonderies réalise les pièces d'usure pour les donneurs d'ordre, offices publics ou grandes entreprises privées. L'inexistence d'une industrie de biens d'équipement ou automobile n'a pas aidé au développement de ce secteur. Les pièces fabriquées ne peuvent être réalisées qu'en petite et moyenne série, ce qui grève les coûts de revient et donc la compétitivité par rapport aux entreprises européennes.

    Concurrence biaisée

    La crise du secteur des fonderies trouve également son origine dans la libéralisation des importations survenue en 1990. Tous les intervenants s'accordent à affirmer que cette libéralisation n'a pas été préparée. Les entreprises étrangères proposent des prix défiant toute concurrence, parfois inférieurs de 50% aux prix de revient des entreprises marocaines, déclare un professionnel. Il est également remarqué, par des cadres de l'Administration, que de grands groupes étrangers bradent les prix en vue de casser l'industrie locale.
    Les mesures anti-dumping incluses dans la loi sur le commerce extérieur ne sont pas applicables. Pour cela, le Ministère du Commerce et de l'Industrie avait demandé la création d'une Commission Nationale des Valeurs qui serait chargée de vérifier la véracité des prix en les comparant à ceux des intrants d'un même produit. Cette commission comprendrait les représentants de l'Administration des Douanes et Impôts Indirects qui sont réputés très experts dans le domaine, les professionnels et les représentants des départements ministériels concernés. Mais celle-ci n'a pas encore vu le jour.

    Par ailleurs, la nomenclature des pièces n'est pas harmonisée. En principe, les pièces d'usure sont taxées à 35% en droit de base plus le PFI de 15%. Il arrive qu'elles soient taxées à un taux de base inférieur lorsqu'elles sont considérées comme bien d'équipement ou bien même exonérées de tout droit et taxe quand elles sont incluses dans le cadre de programmes d'investissement.
    Les industriels de la fonderie considèrent, par ailleurs, qu'ils sont lésés au niveau des marchés Banque Mondiale. Les règles d'attribution de ces marchés comparent les prix hors taxes avec une majoration de 15% des produits des entreprises étrangères. Mais les fonderies trouvent que c'est injuste, car elles sont taxées à 30% sur certaines matières premières telles que la résine féranique. Les industriels marocains mettent également en avant les coûts des intrants qui demeurent supérieurs à ceux des pays voisins. Ils citent le coût de l'électricité qui participe à hauteur de 10% à leurs charges globales. "Nous devons nous battre à armes égales", concluent-ils.
    Le secteur n'est, par ailleurs, pas épargné par le phénomène de la contrebande. Les industriels n'hésitent pas, selon des dirigeants de fonderies, à traverser le Détroit pour s'approvisionner en pièces d'usure, chargées dans le coffre de leurs voitures.

    Laïla TRIKI.


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