×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Entreprises

    EXIFLOR 92: Recherche des partenariats pour l'horticulture devenue industrie

    Par L'Economiste | Edition N°:13 Le 23/01/1992 | Partager

    Exiflor 92 est le 3ème salon spécialisé, monté par l'Ampexfleur, l'association professionnelle des exportateurs de fleurs: "c'est déjà une tradition" s'exclame un passionné. Mais Exiflor a été comme les années précédentes, le lieu où l'on parle et reparle des problèmes de l'horticulture. Cette année, les professionnels ont certes re-exposé les difficultés classiques, mais ils ont aussi essayé de préciser des axes plus dynamiques pour amener ce secteur encore très jeune, proposer une vision plus intégrée et ce, dans un contexte de baisse des taux de profits de la branche.


    PRATIQUEMENT toutes les activités horticoles et annexes étaient présentes: producteurs, mais aussi obtenteurs, exportateurs, transporteurs, fabricant de matériels et même les services tels que la banque et l'assurance. C'est d'ailleurs la BMCE qui sponsorisait l'ensemble de la manifestation. La RAM, qui est le premier transporteur des fleurs marocaines, a, pour sa part soutenu l'organisation d'une table ronde sur le thème "quel avenir pour la fleur coupée marocaine dans la nouvelle Europe? Complémentarité et partenariat"(1). La SMAEX a de son côté offert les prix(2). La promotion du salon a été confiée à l'Agence TORO.
    Au rang des questions déjà anciennes figurent le prix du fret aérien. M. Moumile, Président de l'AMPEXFLEUR, souligne qu'il s'agit là d'un "problème majeur". Il a souhaité "l'ajustement des prix", l'amélioration des capacités et l'ouverture de lignes régulières sur les destinations des exportations. M. Mekouar, Président Directeur général de la Compagnie aérienne s'est déclaré "prêt à toute augmentation des exportations ": "sur ce plan, il n'y aura pas de problème" précise-t-il. M. Zohry, sous-directeur du Fret, s'est félicité du dialogue établi avec les exportateurs.
    La question des tarifs est plus délicate. En effet, les exportateurs situent entre 20% et 45% l'impact du fret sur leur chiffre d'affaire; le ratio de 50% a même été avancé. De son côté la RAM explique que le carburant coûte entre 4 et 5 DH dans un prix fret facturé entre 8 et 9 DH le Kg; "il faut y ajouter les salaires, les taxes, ..." précise M. Mekouar qui met en exergue l'effort de la compagnie en faveur des exportateurs et évoquant le déficit: "il nous appartient d'essayer de rentabiliser nos opérations car on ne peut afficher constamment des déficits".

    La question du prix du fret comporte un autre volet, indique l'AMPEXFLEUR: un tarif élevé raccourcit la saison des fleurs marocaines, expliquent les professionnels, car il rogne la compétitivité face aux concurrents qui arrivent sur les marchés un peu après le Maroc.
    L'évolution du marché de la Communauté européenne, où sont écoulés 90% des exportations marocaines de fleurs coupées, préoccupe les producteurs-exportateurs.
    Le Maroc reste un producteur marginal (un peu moins de 2 000 tonnes exportées). Cependant son quota hors droit de douane avait été dimensionné sur une offre réduite. Or, les ventes progressent rapidement: elles ont doublé entre 1988 et 1990 et les producteurs redoutent de se voir artificiellement handicapés par des réglementations. En outre, les droits de douanes seront supprimés dès 1993 pour l'Espagne et le Portugal, au lieu de 1996, comme il avait été envisagé au départ.

    Le Ministre du Commerce extérieur, M. Hassan Abouyoub, propose en matière de transport d'étudier les possibilités que pourraient offrir les combinaisons air-route et signale que des pays exportateurs les ont déjà expérimentées et en ont été satisfaits. Il invite les producteurs à sortir des dilemmes fret/accès aux marchés, en s'intéressant à un "marketing" de la fleur, marketing devant ici s'entendre au sens large, c'est à dire de l'étude des attentes et évolutions probables des marchés à la restructuration des choix de culture en fonction des attentes, le tout en passant par des formules nouvelles de mise à disposition. "Il s'agit, dit-il, d'un équation à plusieurs variables, où la réduction du tarif de fret n'est pas capable à elle seule de résoudre les problèmes de l'horticulture".
    L'orientation vers un mono-produit, la rose, a été jugée plutôt mal adaptée aux données du secteur. Le Maroc demeurant un petit producteur à l'échelle mondiale pourrait mieux s'imposer en développant des stratégies de "haut de gamme" avec des fleurs plus rares, y compris dans l'éventail des roses. Pour ce faire le rôle des obtenteurs est primordial, expliquent les professionnels de l'horticulture et du commerce. Mais les producteurs du Maroc se plaignent des difficultés qu'ils peuvent rencontrer chez les obtenteurs, lesquels "ne confient pas facilement leurs variétés nouvelles à des producteurs hors Communauté". Pour M. Alain Meilland, dont la famille figure parmi les grands de l'obtention horticole européenne(3), cette réticence s'explique aisément: le risque de multiplication incontrôlée est élevé. "Or, précise-t-il, les travaux de recherches qui permettent d'obtenir des variétés doivent être rémunérés". Il faut des moyens de contrôles efficaces et donc une jurisprudence produite par les tribunaux pour rassurer les obtenteurs, ajoute-t-il.

    Le Maroc a pris conscience de ces problèmes et souhaite adhérer à l'Union pour la Protection des Obtentions Végétales (UPOV). Un dispositif réglementaire voire législatif doit être mis en place pour rendre l'adhésion possible.
    En principe, l'exploitation commerciale des variétés juridiquement protégées doit être soumise à l'accord préalable avec le titulaire des droits et régie par un contrat ou un "gentlemen agrément". Alors la commercialisation peut se faire sans restriction, sous réserve que les produits répondent bien aux normes publiques des Etats importateurs et aux spécifications de l'obtenteur.
    L'introduction de nouvelles variétés telles que les freesias, glaïeuls ou alstromérias a déjà commencé. Les producteurs signalent néanmoins des difficultés de maîtrise technique des cultures et estiment que les actions de partenariat avec l'Europe notamment pourraient aider à surmonter ces difficultés.
    C'est encore aux actions de partenariat que pense M. Abouyaub, lorsqu'il souligne "l'importance des relations avec les acheteurs des marchés cible". Il y voit certes les débouchés mais aussi la possibilité de lobbying auprès des pouvoirs publics européens, nationaux ou communautaires.
    Le ministre du Commerce extérieur propose de créer un "label Maroc". Il reconnaît que ce label serait difficilement accessible aux moins performants d'entre les producteurs mais estime qu'une activité saisonnière comme la fleur ne peut plus faire l'économie de la recherche de la qualité. La concurrence, souligne-t-il, se fait avec des pays comme l'Espagne mais aussi avec des origines lointaines comme Israël, le Kenya ou la Colombie. Ce dernier pays retient particulièrement l'attention des producteurs marocains. En effet, comme le Pérou, l'Equateur et la Bolivie, la Colombie vient d'obtenir une entrée hors droit de douane sur la Communauté et l'on s'attend à des progressions significatives de la présence colombienne sur les marchés européens de la fleur coupée.

    Actuellement, les fleurs marocaines bénéficient, sur la France, d'un quota de 500 tonnes hors droits et taxes et d'un autre de 300 tonnes, à taux réduit (2,1% pour cette année). Les droits payés par les fleurs marocaines sont de 17% de Novembre à Mai et de 24% pour le reste de l'année. L'utilisation des contingents est aléatoire et soumise au respect de conditions sévères de prix. Le système est jugé "pratiquement inapplicable" par les exportateurs.
    En principe, à partir de 1993 les droits devraient disparaître, mais l'on ne sait pas encore si le démantèlement sera immédiat ou progressif. La question se jouera à Bruxelles, d'où l'importance des liens organiques avec les clients ou fournisseurs européens, lesquels pourraient être des relais dans l'explication de la position des producteurs marocains.
    En attendant l'entrée plus libre sur ce marché naturel, les professionnels estiment que les entreprises les moins performantes "auront fermés leurs portes": le boum des premières années cède la place à une activité à forte voire très forte intensité capitalistique, où les marges sont érodées. L'horticulture et ses métiers annexes évolue vers une forme d'industrialisation où l'investissement, hors foncier, est de l'ordre de 1,2 million de DH pour l'hectare de roses et de 1,04 million de DH pour l'hectare d'oeillets. Les montants en jeux ne permettent plus guère l'erreur et les horticulteurs commencent à manquer de techniciens compétents, un signe, s'il en faut, du changement de nature de cette activité.

    La floriculture en chiffres

    En 1990, superficie cultivée: 410 hectares
    - 150 hectares plein champ
    - 260 sous serres dont 90% de la production ont été exportés.
    Régions de Produit:
    Région d'Agadir: 50% des cultures, Le Haouz: 20%, Azemmour et Tadla: 20%, Benslimane, le Gharb et Skhirat: 8% et Autres régions: 2%.
    Saison d'export:
    Début Novembre à fin Mai, principalement les mois de Décembre, Janvier, Avril et Mai.
    Débouchés:
    Les fleurs coupées marocaines sont exportées vers:
    La France: 70%, La Suisse: 10%, La Hollande: 10%, L'Allemagne: 5%, La Grande Bretagne: 2%, Canada et Scandinavie: 3%.
    Concurrents du Maroc sur l'Europe
    Colombie: 20.000 tonnes, Israël: 22.000 tonnes, Le Kenya: 14.000 tonnes, l'Espagne: 20.000 tonnes.

    Sources: Centre Marocain de Promotion des Exportations et Ampex fleurs.

    Hakima EL MARIKY

    (1) L'ECONOMISTE a été invité à cette table ronde en tant que participant.
    (2) L'AMPEXFLEURS a en outre organisé un gala de jazz, sponsorisé par la RAM.
    (3) De nombreuse variétés florales portent son nom. Les variétés Selection Meilland sont protégées par des certificats d'obtention ou des brevets dans la plupart des pays européens et par des brevets aux Etats Unis et au Japon, nous explique l'obtenteur français.

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc