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    Economie

    Etude de cas pratique: Le camion du flic

    Par L'Economiste | Edition N°:646 Le 25/11/1999 | Partager

    · Aucun journal tunisien ne publiera l'information

    · Les journaux marocains vont se jeter dessus, mais souvent ne vérifieront pas de la véracité des faits

    · Les journaux algériens en feront une affaire politique



    "Une de mes camionnettes a été emboutie par un camion, mais je ne peux pas la faire réparer". Ce patron de PME tunisien raconte son histoire en s'énervant parfois. L'accident est maintenant vieux de huit mois. Le conducteur du camion n'avait fait aucune difficulté pour reconnaître les faits et laisser son adresse et ce, d'autant moins que l'accident est arrivé à un croisement où deux agents de police montaient la garde. Mais depuis, indique le propriétaire de la camionnette, "impossible d'obtenir les papiers du camion pour faire jouer l'assurance". Le camion appartient à un policier et le commissariat du coin n'accède à aucune des demandes, explique-t-il. Il affirme être toujours bien reçu, mais le PV dressé par les agents en faction est toujours aussi introuvable.

    "Il faut raconter votre problème à un journal, tous les journaux adorent les faits divers de ce genre, surtout s'il y a des flics dedans", commente la responsable d'une ONG marocaine. Exclamations chez les Tunisiens: "pas un journal en Tunisie ne publiera d'article même anodin si un agent de police est impliqué". Au Maroc, non seulement la plupart des journaux se seraient jetés dessus, mais encore un bon nombre d'entre eux n'auraient pas pris la précaution de vérifier les dires de la victime, et auraient compensé ce manquement en ne signalant ni le lieu de l'accident, ni le nom de la victime. C'est sans doute mieux qu'en Tunisie, mais ce n'est pas du bon travail journalistique pour autant.
    Le cas est soumis à la sagacité d'une consoeur algérienne: "Qu'aurait-on fait dans ton pays?". La réponse est tout le portrait d'une société en guerre civile: "La présentation dépendra de l'obédience du journal et des engagements politiques des personnes impliquées dans l'accident". Elle explique qu'en Algérie "les journalistes n'exercent plus un métier, mais au contraire assument une mission", laquelle peut être dangereuse pour leur vie et celle de leurs proches. Et le moindre détail, y compris les vêtements du journaliste, entre dans le domaine de la mission. "Ce n'est pas avec la police qu'il y a des problèmes, dit la journaliste algérienne, c'est soit avec les militaires, encore faut-il faire attention de savoir lesquels, soit avec les groupes islamistes des quartiers, là aussi il faut faire attention de savoir de quel groupe il s'agit". Elle ajoute avec une pointe de fierté qu'en Algérie "les journalistes peuvent démolir le Président, alors que c'est impossible dans les autres pays arabes". Aux dernières nouvelles et malgré cette démolissante liberté d'écriture, M. Bouteflika se portait bien et entier.

    Nadia SALAH


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