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Etats-Unis, Pakistan, la crise qui vient Etats-Unis, Pakistan, la crise qui vient
Par le colonel Jean-Louis Dufour

Par L'Economiste | Edition N°:2862 Le 17/09/2008 | Partager

Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’Armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er Régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet, dont «La guerre au XXe siècle» (Hachette 2003), «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad», (Editions Complexe, 2004)La situation en Asie des moussons ne laisse pas d’inquiéter. Le conflit afghan s’avère périlleux pour des Occidentaux, imprudemment engagés dans une guerre sans fin et sans victoire possible. Soumis à des désordres croissants, le Pakistan apparaît extrêmement fragile. Or le comportement brutal des Etats-Unis, soucieux de neutraliser les fameuses zones tribales devenues un sanctuaire pour Talibans en lutte, n’arrange point les choses. Le sous-continent indien pourrait bien devenir un de ces centres de crises à répétition qui rythment la vie de la planète depuis le début du XXe siècle. Pour l’heure, comme si la brouille entre l’Iran et les Etats-Unis ou les rapports devenus difficiles entre le Kremlin et la Maison-Blanche n’étaient pas suffisants, voilà que les tensions s’exaspèrent entre Islamabad et Washington. Le 15 septembre, l’agence Reuter rendait compte qu’un hélicoptère transportant une formation militaire US pour remplir une mission de combat au Pakistan avait dû faire demi-tour en raison du tir de militaires pakistanais.Depuis des années, le commandement US des opérations spéciales mène des actions de force au Pakistan en liaison avec ce pays. Cependant le président Bush a autorisé cet été l’armée américaine à intervenir dans les zones tribales sans l’accord des autorités pakistanaises. A cette décision américaine, révélée par le New York Times, le chef d’état-major pakistanais, le général Ashfadans Parvez Kayani, a bientôt répondu qu’aucune force étrangère n’était autorisée à conduire des opérations en territoire pakistanais, ajoutant qu’il en avait fait part à son homologue américain, l’amiral Mike Mullen, président du Comité des chefs d’état-major. Ce dernier affirmait le 10 septembre avoir conçu «une stratégie pour combattre les Talibans des deux côtés de la frontière». Le lendemain, le porte-parole militaire pakistanais, le général Athar Abbas, lui répondait: «L’armée a reçu instruction de répliquer par la force à toute irruption armée étrangère sur son territoire».Pour les généraux pakistanais, cette crise avec les Etats-Unis survient au plus mauvais moment. La situation politique, économique, sécuritaire du pays se détériore. Si l’establishment militaire est apparu désireux de travailler avec le nouveau président Asif Ali Zardari et son Parti du peuple pakistanais (PPP), l’actuelle dissension avec Washington peut entraîner, à l’intérieur du pays, de graves oppositions entre civils et militaires. Ces derniers s’offusquent des récents raids américains qui visaient des chefs talibans ou des repaires d’Al-Qaida nichés dans les zones tribales sanctuarisées. Ces attaques ont causé de lourdes pertes au sein de la population et enflammé le nationalisme pakistanais. De son côté, le président Zardari, ligoté par sa dépendance militaire et financière étroite vis-à-vis des Etats-Unis, n’a pas pu protester aussi vigoureusement qu’il eut été souhaitable. L’ancien président Musharraf était devenu impopulaire pour s’être aligné, au moins officiellement, sur la politique américaine de «guerre au terrorisme», proclamée aux lendemains du 11 septembre 2001; son successeur, réputé laïc et libéral, chiite de surcroît, risque d’être rapidement l’objet d’une désaffection semblable.Du côté américain, cette guerre et ses développements afghans exigent de sécuriser les frontières entre l’Afghanistan et le Pakistan. La coalition occidentale doit empêcher la libre circulation des insurgés talibans d’un pays à l’autre, sécuriser les axes logistiques entre Karachi et Kaboul, combattre les trafics de drogue et d’armes, les premiers permettant de financer les seconds. Cependant, les dégâts collatéraux entraînés par les raids US au Pakistan attisent la haine des populations à l’encontre des forces US, mais aussi, par ricochet, des militaires pakistanais, accusés de collusion avec les Américains, dès lors que l’état-major à Islamabad cherche à reprendre un semblant de contrôle des zones tribales.Or ce n’est un secret pour personne. Les Etats-Unis soupçonnent l’armée pakistanaise, tout particulièrement ses services de renseignement (ISI), d’être pour le moins réticents à lutter contre Al-Qaida et ses affidés. La collusion de certains militaires avec les Talibans est notoire. Toute information transmise à Islamabad par l’état-major américain sur de futures opérations est aussitôt rapportée aux insurgés pour leur permettre d’échapper à l’US Air Force. Impossible pour les officiers américains de continuer ainsi. C’est sans contraintes paralysantes qu’ils entendent livrer bataille aux insurgés afghans venus chercher refuge dans les zones tribales au sein de populations amies, pashtounes, sunnites et pakistanaises.Le mouvement taliban est une organisation militaire, conçue pour mener un combat de guérilla en Afghanistan et qui dispose de bases au Pakistan. Hier encore, le faible niveau d’activité des Talibans au Pakistan ne paraissait pas de nature à compromettre les relations entre Washington et Islamabad. Ce n’est plus le cas. Depuis deux ans, les Talibans se sont considérablement renforcés en armes, effectifs et encadrement et soumettent les forces occidentales à une pression manifeste. Dès lors, l’impasse se révèle dans toute son ampleur. D’un côté, le Pakistan est hors d’état de chasser les Talibans, de l’autre, les Etats-Unis ne peuvent imaginer remporter un quelconque succès militaire en Afghanistan sans avoir réduit au préalable les quelque 150 camps d’entraînement talibans, situés au Pakistan le long des 1.360 km de la frontière. Or cette destruction n’est pas à la mesure des seules forces spéciales US, appuyées par les appareils, pilotés ou non, de l’armée de l’air américaine. Il y faudrait une vaste opération de nettoyage, du temps, des milliers d’hommes, et une volonté politique hors du commun. Le moment de la décision approche. Dès sa prise de fonction en 2009, le prochain président des Etats-Unis devra choisir, ou bien abandonner l’Afghanistan à ses démons, ou bien entrer au Pakistan pour y combattre les Talibans…


Les zones tribales

«A défaut d’être la source de la crise afghane, les zones tribales pakistanaises en sont un des aliments. Islamabad n’a pas su ou voulu éradiquer les groupes talibans et les noyaux d’Al-Qaida qui y ont trouvé refuge. Ces «zones tribales» sont situées à l’ouest du Pakistan, le long de la frontière avec l’Afghanistan. Cette frontière, dite «ligne Durand», tracée par les Britanniques en 1893, traverse artificiellement des populations pachtounes qui ne l’ont jamais reconnue. Sa porosité est un défi permanent: les Américains en font les frais comme jadis les Soviétiques.»«Au sein de l’Etat pakistanais, ces zones ont un statut administratif particulier qui en fait des entités quasi indépendantes, régies par l’ordre coutumier. La Constitution et la législation pakistanaises ne s’y appliquent pas. Islamabad s’est résolu à cette dévolution des pouvoirs pour mieux désamorcer un nationalisme pachtoune à même de déstabiliser sa frontière occidentale. Ce souci de ne pas s’aliéner les Pachtounes est d’autant plus fort que la construction nationale pakistanaise est fragile. L’Islam partagé n’a pas suffi à transcender des identités ethniques (pendjabie, sindhie, baloutche, mohajire, pachtoune) aux penchants centrifuges ». (d’après F. Bobin, Le Monde, 13 septembre 2008).

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