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International

Etats-Unis: Le bon et le méchant
Par le colonel Jean-Louis Dufour

Par L'Economiste | Edition N°:3138 Le 28/10/2009 | Partager

La politique étrangère de Barack Obama peine à se déployer. En témoignent les déclarations du vice-président des Etats-Unis, Joe Biden, lors de son récent voyage en Europe de l’Est; elles donnent l’impression d’un double langage. Il y aurait, d’un côté, les propos humanistes du président, comme ceux tenus au Caire ou à Ankara, tout de fraternité humaine et d’esprit de conciliation, de l’autre, les imprécations de M. Biden, dignes de la guerre froide. Tout se passe aux Etats-Unis comme si Barack Obama jouait le rôle du gentil policier qui tente par la douceur d’amener le prévenu à coopérer et Joe Biden, celui du méchant qui le brutalise.L’ennui d’une telle méthode est qu’elle s’applique difficilement à un pays comme la Russie, qui pour être sûrement coupable – à des titres divers, tous les Etats le sont – n’en demeure pas moins un pays indépendant, fier, libre de ses décisions. Pas la peine d’y compter, la «sainte Russie» n’avouera jamais!Voulant sans doute montrer au Kremlin que l’Amérique est capable de s’en aller jouer dans son arrière-cour, Joe Biden a visité Pologne, République tchèque, Roumanie, entre le 20 et le 24 octobre. Le voyage a donné lieu à des déclarations tonitruantes du vice-président qui soulignent la volonté de Washington de ne pas s’en laisser compter par Moscou. Déjà, le 16 octobre, Stanislas Komorowski, ministre polonais de la Défense, annonçait le prochain déploiement en Pologne par les Etats-Unis d’une batterie de missiles antimissile Patriot et rappelait que les discussions pour installer un bouclier antimissile (BAM) étaient toujours en cours. Cette déclaration de M. Komorowski suivait un entretien avec le secrétaire adjoint US à la Défense, Alexander Vershbow. On ne pouvait mieux dire que l’annulation du BAM conçu par l’administration Bush et son remplacement par un système mieux adapté ne constituaient pas une rupture dans la politique des Etats-Unis. Ceux-ci considèrent la Pologne comme un allié essentiel en Europe et ils le font savoir. Du coup, Varsovie ne pouvait pas faire moins que d’envoyer six cents hommes supplémentaires en Afghanistan(). L’annonce en a été faite par un responsable du ministère de la Défense après l’offre faite aux Polonais par Joe Biden, le 21 octobre, d’un rôle dans le nouveau BAM, accepté par le Premier ministre Donald Tusk.

A bas les zones d’influence!
A Varsovie, à Bucarest, à Prague, M. Biden a réaffirmé vigoureusement l’engagement de son pays à leur dispenser un soutien politique et militaire. Dans le même temps, Alexander Vershbow se rendait en Géorgie pour y tenir des propos semblables, au grand dam de Moscou.Surtout Joe Biden a prononcé une conférence surprenante à Bucarest, le 22 octobre. Après avoir complimenté ses hôtes d’avoir tenu les promesses de leur révolution, il a déclaré que les Etats-Unis étaient opposés à la notion des «zones d’influence». «Nous ne pouvons les tolérer!» Le propos était simple et direct: les Etats-Unis n’admettent pas que Moscou puisse exiger d’avoir les mains libres dans son «étranger proche». Certes, cela M. Biden l’avait déjà dit en février, à Munich, lors de la Conférence sur la sécurité. Mais en Roumanie, le second d’Obama a invité les démocraties d’Europe centrale à aider la Moldavie, l’Ukraine, la Géorgie à prendre le chemin de la stabilité et du développement. «A votre tour de participer», a-t-il précisé, «l’Arménie, l’Azerbaïdjan, le Belarus, peuvent tirer profit de vos expériences». Joe Biden a non seulement convié la Roumanie à inciter ses voisins orientaux à changer de régime, il lui a aussi offert l’appui de Washington. Ainsi la Maison-Blanche avertit la Russie qu’elle entend pousser son avantage jusqu’aux Etats situés à sa périphérie et les enrôler dans l’OTAN, bon moyen, pour le coup, d’accroître la zone d’influence des Etats-Unis! Bien entendu la Roumanie n’est guère en situation politique et économique de subvertir ses voisins. Son gouvernement s’est écroulé la semaine dernière, remplacé par un cabinet de technocrates. Des grèves massives sont en cours et les élections présidentielles du 22 novembre vont paralyser le pays plus d’un mois durant. Cependant, le discours du vice-président a été prononcé dans un pays marqué par le renversement violent de la dictature Ceausescu, obtenu grâce à l’armée s’appuyant sur un puissant mouvement populaire. Il est donc suggéré «aux voisins de la Roumanie d’en faire autant, aux Roumains de leur indiquer comment procéder». Le message de M. Biden est clair comme du cristal de Bohême: les Américains sont en Europe de l’Est et ils sont décidés à jouer cette carte jusqu’au bout. Ces propos sont dangereux! Les quelques remarques lénifiantes qui parsèment les discours de Joe Biden sur la nécessaire entente entre les USA et la Russie (voir encadré) ne sont pas suffisantes pour neutraliser l’ire de Moscou. Dommage! L’Amérique a besoin de la Russie: en Afghanistan, pour la logistique et pour neutraliser les réseaux pro-russes, en Iran pour voter les éventuelles sanctions à son encontre et coopérer vraiment à leur application, au Proche-Orient pour que Moscou ne livre pas à Téhéran les missiles sol-air S 300 qui gêneraient si fort Israël. La Russie est une puissance globale. Ses erreurs sont manifestes, son régime autoritaire néglige souvent les bonnes règles démocratiques. Pour autant, aucun pays n’a intérêt, et les Etats-Unis au premier chef, à pousser la Russie dans un isolement pernicieux et une hostilité anti-occidentale que son opinion publique, à l’ombrageux caractère slave, se plaît à cultiver.On doit se demander pourquoi Barack Obama se comporte ainsi. S’agit-il de montrer sa force à Moscou pour ne pas avoir à s’en servir? Entend-il convaincre le peuple américain que son président sait se montrer ferme et déterminé? La Maison-Blanche prépare-t-elle déjà la réélection de son locataire au moment où ses hésitations à formuler une stratégie pour l’Afghanistan inquiètent l’opinion? On ne sait pas répondre à ces questions.On peut tout de même suggérer que le temps de la réconciliation des Etats-Unis avec le reste du monde est pour l’heure suspendu, sinon révolu. Les déconvenues qui s’enchaînent n’incitent pas, il est vrai, l’oncle Sam, à se montrer conciliant. Mais attaquer bille en tête l’ours russe ne renforcera pas l’aigle américain; ni l’un, ni l’autre, d’ailleurs, ne devraient tirer profit d’une confrontation directe, fut-elle à fleurets aussi mouchetés que le permettent les joutes diplomatiques.-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------(1) Ce contingent renforcé comptera alors, en 2010, 2.600 hommes.

Extraits du discours (traduction) de Joe Biden, vice-président des Etats-Unis d’Amérique, prononcé à l’université de Bucarest, le 22 octobre 2009
« …Comme le président Obama l’a dit, il n’y a pas d’anciens pays membres de l’OTAN, il n’y pas de nouveaux membres, il y a seulement des pays qui appartiennent à l’Alliance. Son article 5 est clair: une attaque contre l’un des Etats membres est une attaque contre tous les autres. Nos pays sont liés entre eux par l’engagement de l’Amérique à garantir la sécurité de l’Europe et par l’engagement de l’Europe en faveur de la sécurité de l’Amérique. C’est ce que vous avez démontré sans tarder et puissamment aux lendemains du 11 septembre, lors de la première invocation de l’article 5 intervenue sans que nous, Américains, l’ayons demandée. Aujourd’hui nous assumons de lourdes responsabilités. Oui, nous! Tous ensembles! Nos fils et nos filles, tout comme mon propre fils, servent côte à côte en Afghanistan, en Irak, dans les Balkans. Pour tout ceci, pour le courage de nos amis, pour les pertes qu’ils subissent, nous sommes grandement reconnaissants. Notre alliance était bâtie sur les consultations, la coopération entre alliés pour assurer la sécurité collective. Aujourd’hui, confrontés à de nouvelles menaces, nous avons besoin d’une vision nouvelle et de capacités adaptées pour mieux réussir… Parmi les nouvelles menaces figurent les missiles balistiques, une technologie qui tend à se répandre un peu partout depuis la fin de la guerre froide… Notre projet de défense anti-missile ne concerne pas la Russie et n’est pas dirigé contre elle. Nous travaillons d’ailleurs à renforcer nos relations avec Moscou pour le plus grand profit de tous...Les Etats-Unis sont opposés à cette notion de «sphères d’influence», héritée du XIXe siècle. Nous ne les tolérons pas, nous ne les subirons pas…»
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