×L'Editorialjustice régions Dossiers Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Europe

Espagne : La CEOE satisfaite du PAIDAR-Med

Par L'Economiste | Edition N°:243 Le 15/08/1996 | Partager


Spécialiste de la Méditerranée au sein du Département des Relations Internationales de l'organisation patronale espagnole, la CEOE, Juan F. Hunt Ortiz analyse le nouveau Programme d'Action Intégré pour le Développement du Nord du Maroc, le PAIDAR-Med, présenté vendredi dernier à Madrid par les administrations espagnoles et marocaines(1).


- L'Economiste: Le PAIDAR-Med répond-il à vos attentes?
- Juan F. Hunt:
Le PAIDAR-Med est une étude très intéressante, consciencieuse et profonde. Le fait que cette étude ait vu le jour, de même que le Bureau de Développement du Nord ait été inauguré par le Prince, il y a quelques semaines, prouvent qu'il y a une réelle volonté de la part des autorités marocaines de faire avancer les choses.

- Les lignes d'orientation données par le programme ont-elles intéressé les chefs d'entreprises présents lors de la présentation -ndlr: principalement des Banques (Banco Central Hispano), des entreprises de construction (Fomento y Contratas, Agroman, Dragados), de transport (Renfe), de tourisme et associations professionnelles (constructeurs, hôtels, etc...)?
- De manière générale, l'impression était positive. Ces propositions permettent aux entreprises qui veulent investir au Maroc d'identifier des projets concrets.
Le problème, aujourd'hui, qui préoccupe les investisseurs espagnols, ce n'est pas tant de savoir comment développer le Nord du Maroc, mais qui va le financer! Les autorités marocaines doivent donner davantage de garanties, assurer des cadres juridique, légal et financier qui permettent une coopération adéquate entre entreprises locales et espagnoles.

- Quels sont les organismes internationaux qui pourraient financer les grands travaux d'infrastructures proposés par les experts du PAIDAR-Med?
- Le programme MEDA a été créé pour financer ce genre de programme structurel. Créé suite aux accords de coopération souscriTs par l'Europe et les douze pays du Bassin méditerranéen, dans le cadre du Sommet de Cannes et de la Conférence de Barcelone, cet instrument se veut l'équivalent de la Banque Européenne d'Investissement (BEI) pour les pays de l'Est. L'enveloppe annuelle s'élève à environ 120 milliards de Pesetas.

- Quel pays bénéficiera le plus des aides du MEDA?
- C'est sans aucun doute le Maroc qui recevra le plus de fonds. Des douze pays de la Méditerranée, le Maroc est le plus avancé en matière de projets et c'est aussi le pays où il y a le plus d'investissements européens, principalement français, espagnols et italiens. A l'heure de décider la répartition des aides et crédits, la voix des investisseurs pèsera lourd. Pour des raisons économiques évidentes: l'Espagne étudie la formule de la France concernant l'échange de la dette contre des contrats de travaux publics sur place... Il y a par ailleurs l'aspect sécuritaire: contribuer au développement du Maroc, c'est aussi assurer sa stabilité, laquelle préoccupe beaucoup l'Europe et tout particulièrement l'Espagne.

- Le MEDA fonctionne-t-il bien et quels sont les autres sources de financement?
- En fait, le programme n'a redémarré qu'il y a quelques jours, suite au lever du blocus des Grecs qui s'opposaient à ce que la Turquie bénéficie des aides. Les premières initiatives seront sans doute annoncées en septembre. Par ailleurs, il y a les fonds de la coopération au développement du gouvernement espagnol, soit 0,32% du PIB national, dont une grande partie est destinée au Maroc. Et puis il y a évidemment les finances publiques marocaines.

- De tous les projets d'infrastructures proposés dans le PAIDAR-Med, quels sont, pour les entreprises espagnoles, les plus urgents à régler?
- Les problèmes de communication, d'électrification et d'analphabétisme sont les carences qui préoccupent le plus les potentiels investisseurs espagnols. La région nord a des potentialités extraordinaires mais sans routes et sans une main-d'oeuvre avec un minimum d'instruction, capable de travailler dans autre chose que l'agriculture, rien n'est envisageable.

- Dans le chapitre consacré à l'industrie, il est question d'encourager le partenariat et de former la classe patronale marocaine...
- Nous sommes déjà actifs dans ces domaines et voulons l'être plus encore à l'avenir. Nous invitons de jeunes chefs d'entreprises à suivre des cours en Espagne, nous voulons ouvrir au Maroc un bureau permanent d'information et de contact. Quant au partenariat et à la dynamisation du secteur privé, ils sont encouragés par la présence et l'intérêt croissants des entreprises espagnoles vis-à-vis du Maroc.

- Des services, quel domaine vous semble particulièrement attrayant?
- Le tourisme est l'un des secteurs avec le plus de potentiel de développement et qui offre le plus de possibilités de coopération entre l'Espagne, qui a beaucoup d'expérience dans le domaine, et le Maroc qui offre toutes les formules touristiques imaginables: des plages aux pistes de ski en passant par le tourisme rural... Actuellement, il manque des tours opérateurs marocains efficaces et surtout d'un modèle de tourisme qui reste à définir.

- Dans le chapitre commerce, les experts parlent beaucoup d'adaptation structurelle...
- Produire, c'est facile. Le problème de l'industrie, c'est distribuer et vendre. Le Maroc a besoin d'une structure commerciale adaptée aux exigences de l'Europe, tant du point de vue logistique que législatif. Les autorités marocaines devraient adopter des règlements spécifiques qui permettent d'éviter la double-imposition, assurer les investissements, assurer la répartition des dividendes, ainsi que toutes les mesures découlant de l'ouverture des marchés. Dans ce domaine nous pouvons également faire profiter les Marocains de notre expérience puisque notre économie s'est ouverte depuis peu.

- En matière de finance, le PAIDAR-Med conseille la création d'une "Banque de Développement de la Région Nord", qu'en pensez-vous?
- C'est une idée très américaine, inspirée de la BERD, la Banque Européenne de Reconstruction et Développement pour les pays de l'Est. La pratique a montré que ces éléphants financiers sont inopérants. Le meilleur système est d'encourager les banques commerciales et privées qui sont beaucoup plus dynamiques. Il faut que ce soient les investisseurs, les entreprises marocaines et étrangères, en collaboration avec ces banques, qui décident de financer tel ou tel projet et pas des bureaucrates enfermés dans des tours d'ivoire.

- Et en agriculture?
- La CEOE a proposé au gouvernement marocain un modèle de coopération qui vise à ce que l'agriculture marocaine se développe de manière complémentaire à celle de l'Espagne. Le projet, qui a été bien accueilli par le gouvernement marocain, consiste à créer dans un premier temps un observatoire qui fixe produits et calendrier. Par ailleurs, les agriculteurs espagnols pourraient faire profiter leurs homologues marocains de leur know-how en matière de phytosanitaire ou d'irrigation, par exemple.

- Nombre d'agriculteurs espagnols membres de la CEOE frémiraient de colère à vous entendre... car ils craignent que la collaboration d'aujourd'hui devienne concurrence déloyale demain!
- Nous sommes conscients de ces craintes. C'est pourquoi nous insistons sur la complémentarité des agricultures. Quant au danger... on ne raye pas d'un coup des années de présence sur les marchés, de réseaux commerciaux et d'expérience.

- Et dans 20 ans?
- L'Espagne sera peut-être devenue un pays de services, et l'agriculture marocaine sera peu-être sous contrôle des Français et des Espagnols? Qui sait?

- Dans le secteur de la pêche, les mêmes craintes se sont faites ressentir...
- Le thème est délicat... Là aussi pourtant notre collaboration peut être très fructueuse, en pisciculture par exemple.

- Quel est le rôle spécifique de la CEOE dans ce processus de développement?
- La CEOE, en tant qu'association professionnelle, a de nombreux projets dans les domaines de l'assistance technique et de la formation professionnelle. D'ici la fin de l'année, nous voulons ouvrir au Maroc un bureau permanent d'information et de contact.

- La CEOE a-t-elle participé à la rédaction du PAIDAR-Med?
- Non. Nous n'avons à aucun moment été consultés par les experts de INYPSA -la société chargée du rapport pour le compte des administrations marocaine et espagnole. Nous le regrettons car, comme représentant de plus de 2 millions d'entreprises de 200 secteurs différents, nous pensons que notre avis aurait pu être utile.

- D'autres critiques?
- L'étude n'a pas été éditée en espagnol. Or, elle s'adresse principalement aux entreprises espagnoles désireuses de collaborer avec le Maroc... Nous aurions trouvé légitime que le texte définitif soit publié dans les deux langues des partenaires et pas seulement en français, comme c'est le cas actuellement. Il paraît qu'un résumé espagnol est en préparation...

(1) Cf L'Economiste des 29 février du 8 août 1996.

Pascale BOURGAUX,
notre correspondante à Madrid

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc