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Economie

Espagne : La CEOE pour la relance des investissements au Maroc

Par L'Economiste | Edition N°:226 Le 18/04/1996 | Partager

Du 14 au 20 mars prochain, le Comité hispano-marocain de l'organisation patronale espagnole CEOE se rendra à Casablanca en mission officielle. L'objectif? Relancer les investissements espagnols au Maroc.


Créé voici quatre ans, à l'époque du "boom" des investissements espagnols au Maroc, le Comité hispano-marocain de la CEOE est aujourd'hui présidé par deux chefs d'entreprise qui connaissent bien le terrain, José Miguel Saldo et Saâd Kettani. Président du groupe textile espagnol Tavex, José Miguel Saldo a lui-même mené les négociations pour l'installation de son entreprise au Maroc et l'investissement de 5 milliards de Pesetas -un des plus importants jamais réalisés-. Passionné par ses nouvelles responsabilités, il a récemment démissionné de son poste de président de Tavex pour se consacrer pleinement au Comité.
Plusieurs projets sont dans l'air, dont l'installation, d'ici la fin de l'année, d'une représentation permanente de la CEOE au Maroc.

- L'Economiste Quel est l'objectif de la mission du Comité hispano-marocain de la CEOE à Casablanca?
- José Miguel Saldo: Notre objectif est de relancer les investissements espagnols au Maroc. Nous allons rencontrer nos partenaires marocains de la CGEM, des ministres, les chambres de commerce et les investisseurs espagnols sur place pour déterminer les potentialités d'investissements. Nous allons également rencontrer le maximum de médias possibles et faire une véritable campagne de "marketing".

- Les réticences espagnoles à s'installer au Maroc sont-elles liées à un problème d'"image"?
- Oui, il y a encore beaucoup d'ignorance. L'"image" du Maroc est encore imprégnée de stéréotypes négatifs. Les chefs d'entreprise espagnols s'imaginent qu'au Maroc, on travaille peu, que c'est dangereux et compliqué... Alors que c'est tout le contraire! Mais pour leur faire comprendre, c'est ardu: il faut leur faire découvrir le pays, en parler dans la presse...

- Comment ont évolué les investissements espagnols ces dernières années et quel est le rôle du Comité?
- Ces cinq dernières années, les relations purement commerciales entre l'Espagne et le Maroc se sont progressivement transformées en investissements et partenariats. Le Comité a été créé à cette époque, pour détecter les secteurs prioritaires pour les investisseurs espagnols, où ceux-ci peuvent être compétitifs. C'est un travail lent et difficile, car ce ne sont pas les entreprises qui téléphonent mais moi qui dois les contacter, les convaincre, les introduire auprès des institutions. Mon partenaire marocain Saâd Kettani, et moi-même nous nous téléphonons chaque semaine et nous nous voyons cinq-six fois par an.
Pour le moment, nous avons 3-4 projets par mois, et ce n'est pas assez. Mais le rythme s'accélère. C'est pourquoi, avant la fin de l'année, nous allons créer un bureau permanent au Maroc, avec 3-4 employés sur place qui faciliteront les informations, les contacts, les démarches, etc...
Actuellement, environ 800 entreprises espagnoles sont installées au Maroc, principalement des PME, soit un investissement total de 70 milliards de Pesetas.

- Quelles sont, selon vous, ces secteurs prioritaires pour les investisseurs espagnols?
- Nous avons identifié sept secteurs prioritaires où l'Espagne peut réellement apporter quelque chose de neuf et de compétitif: l'industrie auxiliaire de la pêche (les filets, les embarcations, les conserves); le tourisme (hôtels, restaurants, guides, loisirs); l'agriculture; l'électroménager; la confection; les composants automobiles -pour le moment la production de voitures au Maroc est faible mais cela pourrait changer-; et enfin le secteur des machines et outils.

- Quels sont les avantages décisifs pour convaincre les entreprises espagnoles qui hésitent à s'installer au Maroc?
- Le principal avantage reste la main-d'oeuvre. Pas seulement pour son faible coût et sa flexibilité horaire mais aussi pour son excellente capacité à apprendre. Ensuite viennent la proximité de l'Europe et le bon réseau de communications par avion, bateau, camion ainsi que les bonnes connexions-téléphone et fax. La législation commerciale, industrielle et sociale est flexible. Contrairement à ce que l'on croit souvent, la culture n'est pas un obstacle non plus, car les deux cultures sont suffisamment proches pour qu'un Espagnol ne se sente pas trop dépaysé au Maroc.

- Et les aspects pratiques: Les financements, les impôts, les terrains?
- Les financements sont faciles à obtenir, même auprès des banques marocaines -la plupart sont privées et fonctionnement très bien-; l'exonération fiscale est complète les 5 premières années et à 50% si l'entreprise est exportatrice. Quant aux terrains, à Casablanca ils sont chers mais dans le reste du pays, bon marché.

- Quels sont les principaux problèmes rencontrés par les investisseurs espagnols et les conseils que vous donnez?
- Le pourcentage de gens peu sérieux (un client qui ne paie pas, un fournisseur qui ne livre pas ou un partenaire qui ne tient pas ses engagements) est encore très élevé au Maroc. Il faut donc faire extrêmement attention avec qui on travaille. Le deuxième conseil, c'est éviter d'avoir à faire avec la justice marocaine qui est très lente. Mais les autorités en sont conscientes et font de grands efforts.

- Les potentialités du marché intérieur du Maroc et du reste du Maghreb sont-elles envisagées par les entreprises espagnoles?
- Théoriquement, les 30 millions de Marocains constituent effectivement un marché intéressant. Mais il faut encore attendre quelques années pour que ce facteur soit effectif, le temps que la consommation interne atteigne un indice supérieur. Actuellement, le pouvoir d'achat du Marocain équivaut au dixième de celui de l'Espagnol. Pour le moment, 70% de ce qui est fabriqué au Maroc est réexporté vers l'Europe, seuls les fabricants d'électroménager, comme Fagor, vendent près de la moitié de la production sur place. Sur le plan de la distribution, cela pose certaines difficultés, à cause des déficiences du réseau existant. Les entreprises sont souvent obligées de créer leur propre système, principalement -et ça facilite les choses- entre les quatre villes qui comptent.

- La "délocalisation" systématique de secteurs-clés vers le Maroc pourrait poser à l'Espagne de graves problèmes économiques à court et long termes (liés au transfert progressif de la haute technologie et du savoir-faire "spécialisé").
- Ce processus de délocalisation est inévitable. Il obéit aux lois du marché et de la compétitivité. Les entreprises espagnoles doivent au contraire se réjouir d'avoir une telle opportunité à leurs portes! Le problème, c'est savoir saisir cette opportunité. Dans le secteur pêche, plusieurs entreprises espagnoles ont pris les devants pour éviter de dépendre d'un hypothétique prochain accord, et se sont fait enregistrer comme entreprises marocaines. Même chose dans le secteur agricole: de nombreuses tomates "marocaines" sont en fait produiets par des Espagnols qui fournissent les graines, les emballages, les caisses et qui, parfois même, exploitent le sol.
Quant au transfert de technologie et savoir-faire, les Marocains ne nous ont pas attendus, certaines de leurs entreprises ont aussi une technologie de pointe. Pour le reste, c'est aussi un processus inévitable. Il ne fera pas de dégâts en Espagne si ses entreprises restent compétitives et si, comme prévu, la consommation dans les pays du Sud-méditerranén augmente.

- Et les répercussions sociales de la "délocalisation"?
- Le problème social se poserait tôt ou tard, quand, faute de compétitivité, l'entreprise serait contrainte de fermer.

- Que pensez-vous de l'Accord d'association et de la future zone de libre-échange méditerranéenne?
- Nous sommes tout-à-fait favorables à cet accord, qui est un premier pas vers la nécessaire intégration du Maroc dans l'Union. Cet accord est également positif pour l'Espagne qui risquait, de sa place géostratégique-économique, de se retrouver marginalisée dans l'Europe. Grâce aux choix politiques du gouvernement socialiste, que dans cette matière nous applaudissons, l'Espagne est parvenue à rétablir la balance par rapport à l'Est et le Nord et s'est posée en leader du Sud-méditerranéen.

- La politique méditerranéenne du Parti Populaire est loin d'être claire, programme et dirigeants se contredisent (ndlr: voire articles précédents). Le nouveau gouvernement néo-libéral de José Maria Aznar pourrait-il faire marche arrière par rapport à la politique positive de Felipe Gonzalez? Et quel sera le poids de leur futur allié, le parti nationaliste catalan (Convergence i Unio), qui, lui, par contre, a bien compris l'enjeu méditerranéen?
- C'est vrai que le programme du Parti Populaire est loin d'être explicite: ils ont fait du "remplissage" plus qu'autre chose. Ils avaient d'autres priorités, car dans ce domaine, tout le monde reconnaît qu'il n'y a rien à redire à la gestion socialiste. Mais une fois que les dirigeants du Parti Populaire étudieront la question à fond, je suis sûr qu'ils continueront dans le même sens. A cet égard, les conseils des Catalans pourraient effectivement leur être précieux. Car Pujol a, à ce sujet, toujours eu les idées claires: la proximité du Maroc et les opportunités qu'il nous offre sont une aide à la compétitivité des entreprises espagnoles.

Propos recueuillis par Pascal BOURGAUX

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