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    Economie

    Environnement marin : Maroc Phosphore menace la faune et la flore

    Par L'Economiste | Edition N°:250 Le 17/10/1996 | Partager


    L'impact des rejets de Maroc Phosphore sur le littoral de Jorf Lasfar est inquiétant. Un rapport du Conseil National de l'Environnement vient de l'établir. Sur une distance de 50 kilomètres, la faune et la flore marines disparaissent ou connaissent des problèmes de croissance.

    Les moules de Jorf Lasfar ont des problèmes de croissance. Selon un rapport réalisé par la Commission de la prévention et de la lutte contre la pollution et les nuisances du Conseil National de l'Environnement, les moules analysées présentent «des malformations qui correspondent à des déformations sur les coquilles» (dépressions et échancrures sur les bords, dorsales et ventrales; coquilles fortement arquées avec un crochet anormalement proéminent; coquilles à aspect ailé). Ces malformations sont le signe d'une perturbation de croissance. «Le carbonate de calcium, qui est un constituant essentiel des coquilles, semble être attaqué». La couleur des valves s'en trouve modifiée, prenant une teinte blanchâtre, et «les coquilles sont fragiles et s'effritent aisément», observe le rapport.
    L'étude qui a été réalisée par la commission portait sur les impacts des usines de traitement de phosphates de Safi et Jorf Lasfar sur l'environnement marin.
    En plus des malformations des moules, l'analyse a pu établir que plus on s'approche des collecteurs qui rejettent les déchets de Maroc Phosphore, plus la faune et la flore marines deviennent rares. «Le rocher situé à proximité du rejet principal est brûlé, voire érodé et dénudé de toute forme de vie», souligne le rapport. 300 mètres plus loin vers le Nord-Ouest apparaît un herbier formé par des algues indicatrices de pollution. A 1,5 kilomètre au Sud de la station d'émission Dj2, le peuplement commence à se diversifier.

    Le poison des mers


    Les mollusques dominent et de nouvelles algues, peu développées, apparaissent. A 3,5 kilomètres de la station Dj1, les oursins pointent leurs épines. Leur présence «indique un certain degré d'épuration des eaux». Les moules forment de vraies moulières et les unités algales sont plus variées. Ce n'est que cinq kilomètres plus au Sud-Ouest de la station Dj0 que le milieu prend un aspect plus sain: «les unités bionomiques sont encore plus diversifiées et les espèces recensées présentent de fortes densités».
    Toutefois, précise le rapport, «la physionomie et la structure des peuplements ne sont pas encore celles d'un milieu exempt de pollution». Un panache d'eau turbide déversé par le collecteur principal paraît se déplacer vers le Sud en rapport avec la direction des courants dominants. Il s'ensuit un charriage de la pollution, ce qui explique pourquoi les peuplements ne se reconstituent vraiment qu'à une distance assez lointaine du foyer de pollution. Le complexe chimique Maroc Phosphore III et IV a démarré en 1986. Il peut produire jusqu'à 1,4 million de tonnes d'acide phosphorique qui nécessite la transformation de 5 millions de tonnes de phosphates, en provenance de Khouribga, et 1,4 million de tonnes de soufre. A l'issue du processus de transformation, des déchets sont rejetés en mer. 1,6 tonne de gypse est évacuée dans les eaux pour chaque tonne de phosphate traitée. Soit environ 8 millions de tonnes en cas de capacité maximale de production. Cette substance qui contient des impuretés est évacuée par le biais de trois émissaires (C1 émissaire liquide, C2 émissaire principal solide-liquide pour le rejet de gypse, C3 émissaire à sec).

    Equilibre écologique et social


    L'effet du gypse lui-même n'a pas été examiné et l'attention a été focalisée sur les impuretés qu'il contient, à savoir le cadmium et le cuivre.
    Les analyses métalliques ont décelé de fortes teneurs en cadmium, cuivre et zinc issus en grande partie des rejets industriels phospho-gypsifères.
    Outre leur influence sur les espèces vivantes du milieu marin, les rejets liquides affectent aussi l'esthétique de la zone.
    La province d'El Jadida subit les effets engendrés par les rejets industriels qui parviennent à la mer sans traitement. L'étude d'impact des usines de traitement des phosphates a retenu la zone qui s'étend d'El Jadida à la plage Sidi Abed, située sur une trentaine de kilomètres au Sud. L'importance de cette zone tient à sa richesse halieutique. Laquelle zone constitue un abri pour les crustacés et les poissons. A El Jadida plusieurs familles, parfois regroupées en coopératives, vivent de la collecte et du séchage des algues qu'elles revendent aux entreprises de la région. L'équilibre écologique coïncide avec l'équilibre social.
    La situation, note le rapport de la commission du Conseil National de l'Environnement, risque d'empirer, vu les projets qui vont encore être réalisés dans cette zone. Les nouvelles unités industrielles de production phosphatière prévues d'ici l'an 2000 risquent de porter préjudice, non seulement à la zone immédiate de Jorf Lasfar, mais aussi à la zone balnéaire de Sidi Abed.

    Hakim ARIF


    Prévention de la pollution

    Des projets seront soumis à l'étude d'impact

    Le Ministère de l'Environnement a développé une procédure de gestion des études d'impact sur l'environnement et a préparé un projet de loi qui fixe les conditions de l'acceptabilité environnementale. Les projets assujettis à cette procédure sont arrêtés.

    Afin de prévenir les risques de pollution inhérents à un projet industriel, agricole ou d'infrastructure, un projet de loi sur l'étude d'impact sur l'environnement a été présenté au Conseil National de l'Environnement lors de la session de juin 1995. Selon l'article premier du projet de loi, «les projets d'activités, travaux, aménagements et ouvrages entrepris par toute personne physique ou morale, privée ou publique qui, en raison de leurs natures et/ou de leurs dimensions, peuvent porter atteinte à l'environnement, doivent faire l'objet d'une étude d'impact sur l'environnement». Ainsi est-il précisé, dans l'alinéa deux, que «l'autorisation de réalisation desdits projets est subordonnée à l'obtention d'une décision d'acceptabilité environnementale». L'objet de l'étude doit, selon l'article 2, permettre d'évaluer les répercussions éventuelles des activités, travaux, aménagements et ouvrages sur l'environnement et de «supprimer, atténuer ou compenser leurs incidences négatives». L'étude doit en outre indiquer les moyens à mettre en oeuvre pour améliorer les impacts positifs des projets sur l'environnement. L'étude d'impact sur l'environnement est censée par ailleurs comporter «une description détaillée des activités et travaux, une analyse détaillée de l'état initial du site et de son environnement. Elle doit en plus présenter «une évaluation des conséquences prévisibles, directes et indirectes sur l'environnement et les mesures envisagées par le pétitionnaire pour supprimer, atténuer ou compenser les conséquences dommageables sur l'environnement». L'Administration a le pouvoir d'«ordonner la suspension de tout projet d'activités, travaux, aménagements et ouvrages exécutés en violation de la présente loi». Elle peut également procéder au retrait de l'autorisation, ordonner la remise en état des lieux et exiger les mesures compensatoires des dommages irréversibles.
    Cinq séquences ont été déterminées dans le processus de gestion des études d'impact:
    - Elaboration des termes de référence de l'étude d'impact, en concertation avec le promoteur, par le Ministère de tutelle. Ce dernier peut solliciter l'assistance du Ministère de l'Environnement ou de tout autre département ou institution scientifique.
    - Une fois élaborés, les termes de référence seront soumis au comité de suivi (créé après la tenue du Conseil de l'Environnement) pour approbation.
    - Le promoteur réalise l'étude d'impact conformément aux termes de référence.
    - Le rapport de l'étude est adressé au Ministère de l'Environnement
    Ce dernier assure la coordination pour l'examen de l'étude dans le cadre du comité de suivi. L'examen donne lieu à l'acceptabilité environnementale du projet.

    H. A.



    La liste des projets assujettis


    Projets d'infrastructure
    Construction de voies pour le trafic, aménagement de zones urbaines et industrielles, ports de commerce ou de plaisance, barrages, infrastructures touristiques, installation de stockage ou d'élimination de déchets, stations d'épuration des eaux, émissaire marin, transport de matières dangereuses ou toxiques.
    Projets industriels
    Industries extractives: carrières de sable et gravier, mines, cimenteries, fabrication de plâtre, industrie de l'énergie: installations prévues pour le stockage du gaz, raffinerie de pétrole, grands travaux de transfert énergétique, centrales thermiques et autres installations à combustion d'une puissance calorifique d'au moins 300 MW.
    Industrie chimique: installation et fabrication de produits chimiques, de pesticides, de produits pharmaceutiques, de peintures, de vernis, d'élastomères et peroxydes, lancement de nouveaux produits chimiques sur le marché, extraction, traitement et transformation d'amiante.
    Travail des métaux: usines sidérurgiques, traitement de surface et revêtement des métaux, chaudronnerie et construction des réservoirs en tôle.
    Industrie des produits alimentaires: conserves de produits animaux et végétaux, fabrication de produits laitiers, brasserie, fabrication de confiseries et de sirops, fabrication de farine de poisson et huile de poisson, féculerie industrielle, sucreries et transformation de mélasses, minoteries et semouleries, huileries
    Industrie textile, du cuir, du bois, du papier et de carton: fabrication de pâte à papier, de papier et de carton, tanneries et mégisseries, production et traitement de cellulose, teinturerie de fibres, fabrication de panneaux de fibres, de particules et de contre-plaqués, industrie du textile et teintureries.
    Agriculture: projets de remembrement rural, projets de reboisement d'une superficie supérieure à 100 ha, projet d'affectation de terre inculte ou d'étendue semi- naturelle à l'exploitation agricole intensive.

    H.A.

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