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    Entretien avec le président-fondateur de l'AMC : Me El Fekkak : "L'hygiène alimentaire est une véritable plaie"

    Par L'Economiste | Edition N°:166 Le 09/02/1995 | Partager

    La défense du consommateur, c'est cette lutte ingrate où, avant de pouvoir changer l'ordre des choses, il faut compter "les victimes". Le Maroc est loin d'être à l'avant-garde du consumérisme. Dans un entretien accordé à l'Economiste, Me M'hamed El Fekkak, président-fondateur de l'Association Marocaine des Consommateurs, dresse le bilan de l'activité de l'AMC et de la consommation au Maroc.

    - L'Economiste : L'AMC vient de fêter son premier anniversaire, quel bilan en tirez-vous ?

    - Me M'hamed El Fekkak : Au démarrage, compte tenu du fait que l'AMC est une association à vocation socio-économique, ce qui est nouveau pour la société civile au Maroc et également nouveau pour le consommateur, il fallait d'abord marcher tout doucement. Cela signifiait informer le consommateur pour le préparer. Pour cela, nous devions disposer d'un cadre juridique pour le fonctionnement de notre activité. Il fallait donc regrouper toutes les lois, et ce pour deux objectifs. Le premier pour informer le consommateur sur ses droits ; le second pour attirer l'attention des producteurs (importateurs, fabricants et distributeurs) sur leurs obligations vis-à-vis des consommateurs. Ainsi, l'une de nos principales activités durant cette première année a été la publication d'un guide du consommateur. Cette actions est le prélude à un programme global qui vise à mettre sur pied une culture de consumérisme au Maroc. Le secteur agro-alimentaire reste relativement protégé par la loi. En dehors de quelques unités et des praticiens, personne ne connaissait l'existence de ces textes qui sont de l'ordre de 200 environ. Ils réglementent l'importation, la fabrication, la vente et la mise en vente des produits alimentaires et d'une manière générale tout ce qui touche à l'agro-alimentaire. Le premier texte a été institué en 1914 et constitue une réglementation générale de tous les produits alimentaires de l'époque.

    - Aujourd'hui, de nouvelles orientations au niveau de la consommation se dessinent. Une prise de conscience plus vive a été relevée chez le consommateur marocain. Comment se traduit-elle ?

    - Par plusieurs faits. Depuis la création de l'AMC nous recevons près de trois réclamations ou plaintes par semaine. Aujourd'hui, le consommateur sait qu'il existe une association qui est là pour le défendre. Cependant, le problème que nous rencontrons souvent est que le consommateur souhaite une défense individuelle. Or, l'AMC ne prend pas en charge la défense des intérêts particuliers du consommateur lésé, mais protège ceux des consommateurs en général. Nous prenons en considération les cas individuels afin de constituer des dossiers à débattre publiquement pour la défense collective.

     


    Dépasser le stade du vrac

    - Comment pouvez-vous à ce stade définir le consommateur marocain?

    - En l'espace de très peu de temps, le consommateur a complètement changé. Pendant des années, le Marocain consommait dans la passivité. Aujourd'hui, il connaît le mécanisme du contrôle administratif. Même s'il n'y croit pas beaucoup, il sait qu'il y a une structure qui est conçue pour cela. Il sait également que même si les pouvoirs publics ne sont pas tellement efficaces dans le quotidien, ils le sont chaque fois qu'il s'agit d'un fait ou d'un événement dangereux qui menace l'ensemble des consommateurs. Avant, les communiqués des pouvoirs publics étaient laconiques. Aujourd'hui, ils se sentent presque obligés de s'expliquer devant les consommateurs. Dans tout les cas, le consommateur marocain est devenu exigeant. Il appartient à la classe moyenne qui se permet de dépasser le stade du vrac. Cependant, il existe encore une grande majorité de consommateurs qui se ravitaillent auprès de certains marchés qui malheureusement ne présentent aucune sécurité ou garantie d'hygiène. Toutefois, lorsque le niveau de vie atteindra une moyenne respectable, je pense que l'on ne parlera plus de cette hygiène.

    - Quel est actuellement l'état de l'hygiène alimentaire au Maroc ?

    - Il s'agit d'un problème grave et choquant que je qualifierai de véritable plaie. La prédominance du vrac sur les marchés des denrées alimentaires nous préoccupe dans l'immédiat. Au Maroc, la question de l'hygiène touche essentiellement le domaine des produits alimentaires. Je citerai l'exemple des moules qui est un produit exactement assimilable dans sa constitution physique et biologique aux huîtres. Or, contrairement aux moules, ces dernières sont réglementées depuis 1925 par deux dahirs et un arrêté ministériel. L'exploitation des moules, à savoir le ramassage, les manipulations, le nettoyage, l'ouverture des valves, se déroule dans des conditions hygiéniques déplorables.

    Pour atteindre un certain niveau de qualité, l'agro-industrie marocaine a besoin d'un environnement où des normes seraient appliquées. Or, les producteurs locaux n'ont pas encore acquis ce souci. Ce n'est pas faute d'organismes spécialisés. Loin de là, il y a au contraire une pléthore à ce niveau.

    Les entreprises travaillant à l'export sont tenues de faire un effort pour commercialiser leurs produits sur des marchés exigeants. Le consommateur marocain, lui, ne bénéficie pas des mêmes égards. Les fabricants qui destinent leurs produits au marché local prospèrent alors que le process de production ne garantit pas les règles minima d'hygiène.

     


    La grande distribution

    - La grande distribution est-elle de nature à assurer la qualité des produits et des emballages?

    - Elle en assure un minimum. Le fait d'acheter un produit conditionné représente une garantie en soi. Cependant, il arrive que cette garantie devienne théorique en l'absence, par exemple, d'inscription de date de péremption, ou encore l'exposition sur les étalages d'un produit dont la date est périmée...

    - Comment se présente le contrôle administratif en matière de consommation?

    Il reste très insuffisant. Certes, l'efficacité des autorités administratives et judiciaires en cas de fraude grave ou d'un événement dangereux qui constitue une certaine menace pour l'ordre public est reconnue ; mais il ne s'agit que de gérer les conséquences néfastes et fâcheuses, ce qui n'est réellement pas le but recherché. Faute de moyens humains et matériels suffisants, l'Administration ne peut exercer un contrôle adéquat et efficace. C'est la raison pour laquelle il est demandé à chaque consommateur qu'il fasse lui-même attention, car il est le premier concerné. Souvent, le consommateur se trouve dans une situation de légitime défense. Chaque fois qu'il procède à un achat, il doit vérifier la date de péremption, la qualité, la garantie et surtout conserver la facture. De plus, le problème au Maroc est que le contrôle administratif est partagé entre différents services publics complémentaires. Il n'y a pas une seule administration qui ne soit pas concernée par le problème de la consommation. Pas moins de 228 textes régissent le contrôle. Six Ministères au moins sont impliqués en plus d'établissements publics : Agriculture, Santé Publique, Commerce et Industries, Pêches Maritimes, Mines et Energie, Intérieur sont concernés par le contrôle. Cependant, cette nuée de contrôles n'est pas homogène et n'agit pas comme une locomotive pour les entreprises. Le plus simple aurait été de concentrer toutes ces attributions et ces compétences au sein d'un seul et même organisme.

    Propos recueillis par Meriem OUDGHIRI

     


    L'Association Marocaine des Consommateurs

    Créée en janvier 1993, l'Association Marocaine des Consommateurs (AMC) se fixe comme objectif, entre autres priorités, la lutte pour l'hygiène alimentaire, mais aussi l'information des consommateurs sur leurs droits, la défense de l'adéquation prix/qualité des produits mis sur le marché marocain. Dans cette optique, l'Association veut lutter contre le marchandage fortement ancré aussi bien chez le consommateur que chez le vendeur, une pratique qui voile la vérité des prix. L'association vise également à inciter les pourvoir publics à établir un code des consommateurs "définissant clairement les obligations des producteurs de biens et services dans tous les domaines". Aujourd'hui, les membres mobilisent leur action, dans un premier temps, sur Casablanca, puis sur les autres villes et enfin les zones rurales. " les responsables des différentes antennes implantées à travers les villes du Maroc auront la charge de nous tenir au courant de tout ce qui se passe dans le domaine de la consommation", précise Me El Fekkak, président de l'Association. Regroupant près d'une cinquantaine de membres, l'AMC prévoit par ailleurs la publication de son propre journal. L'information véhiculée vulgarisera les droits qui protègent le consommateur mais dénoncera aussi auprès des pouvoirs publics les cas de fraudes, de falsification ou encore les infractions à la réglementation des prix. "La dénonciation ne s'effectue que lorsque l'Association s'assure de l'infraction. Elle prendra contact avec le producteur, la Chambre de Commerce dont il dépend et enfin les pouvoirs publics. Lorsque tout ce processus s'avère sans résultat, l'AMC passe au stade de la dénonciation", précise Me El Fekkak.

     

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