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    Politique Internationale

    Entrant dans les moeurs comme cadeaux : Beaux livres: L'engouement de fin d'année

    Par L'Economiste | Edition N°:160 Le 29/12/1994 | Partager

    L'engouement pour le beau livre est un phénomène nouveau au Maroc. Aussi bien en ce qui concerne les auteurs, les éditeurs que les acheteurs. On note une riche diversité sur les thèmes du Maroc, l'attrait permanent pour le beau livre classique et de nouveaux sujets insolites.

    L'investissement dans le beau livre est onéreux et risqué. "300.000 à 400.000 DH, dit Mme Marie-Louise Belarbi, propriétaire de la librairie Carrefour du Livre à Casablanca. Et il faut avoir les reins solides, car beaucoup d'éditeurs se sont plantés dans le beau livre... Il faut noter que le prix de vente du beau livre varie de 200 à 300 DH et plus". Il y a peu de temps, cinq ans seulement, que les éditeurs marocains se sont intéressés au beau livre. Cela s'explique du fait que l'édition est elle-même un jeune secteur au Maroc. Le premier beau livre édité au Maroc fut "L'Equilibre de Pierres", de Lafon, un photographe résident au Maroc qui avait effectué un superbe reportage sur le Haut-Atlas. Ediff est aussi parmi les premières maisons qui se sont lancées dans le beau livre, avec notamment "Essaouira", "Le Henné", ou "La Medersa de Marrakech". Belvisi, en 1988, réédite dans le style beau livre "Les Chants de Tassaout", un recueil de poèmes d'une poétesse du Haut-Atlas, paru en Livre de Poche une trentaine d'années auparavant. Belvisi retente l'expérience réussie avec 2 autres ouvrages sur le Haut-Atlas, "Sous les toits de terre" et "Un hiver berbère".

    Depuis, le beau livre sur le Maroc suscite une sorte d'engouement, timide du côté des éditeurs marocains, plus vif de la part d'éditeurs et d'auteurs étrangers. Cet intérêt, outre qu'il est justifié par la richesse architecturale, culturelle et géographique du Maroc, trouve appui dans le fait que les sources sont abondantes. De nombreux historiens se sont penchés sur l'histoire de ce pays. Les documents littéraires ou photographiques ne manquent pas non plus.

    Aujourd'hui, le beau livre sur divers thèmes du Maroc côtoie, sans rien lui envier, le beau livre européen, dans les librairies. Pour celles-ci, la haute saison du beau livre se situe entre le 15 décembre et le 15 janvier. En général on achète le beau livre pour d'autres, pour offrir. "Il arrive qu'on demande à se le faire offrir, signale Mme Belarbi. Quelques collectionneurs se l'offrent à eux-mêmes, venant pour les fêtes faire un tour à la librairie, histoire de voir ce qu'il y a de nouveau". Le restant de l'année, ajoute-t-elle, il est beaucoup moins vendu, si ce n'est à quelques touristes, l'idée d'en offrir comme cadeau d'anniversaire venant rarement chez les Marocains. Cela fait toujours plaisir d'offrir un beau livre avec une dédicace de celui qui en fait cadeau. "Quelquefois les clients en manque d'inspiration me demandent de l'écrire pour eux", s'amuse Mme Belarbi.

    Parmi les dernières parutions, on commencera par citer, dans Edition d'art Barthelemy, "Clair-Obscur", magnifique ouvrage exposant des toiles de Moa Bennani sur lesquelles Tahar Benjelloun a écrit des poèmes. Il n'y a pas que la peinture, mais aussi la sculpture, naturelle, celle du vent: "Les Sculptures du vent", de Michel Teuler (photographe né à Casablanca) aux éditions Solibel, est l'aboutissement d'un travail de recherche photographique sur les formes modelées par le vent dans le désert marocain. Un "hommage au désert, à un ordre immuable, perpétuellement changeant, à l'air, à l'eau, au feu et à la terre". Les textes d'Adonis, de Mohammed Bennis, de Bencheikh, d'Estève et de Didier Folléas accompagnent de superbes photos de jeux d'ombre sur des dunes, de couchers de soleil du désert, de gargouilles et de gorgones de falaises, de divers éléments d'un monde du "silence éternel" dont l'image fait écho. D'une beauté autre que la nudité du désert, Fès, la plus impériale de toutes les villes impériales, déploie ses charmes dans le dernier ouvrage de la collection "Sites et cités", dirigée par Larbi Essakalli, aux éditions Nuvo Media. Toujours à propos de Fès, n'oublions pas de citer "Regards sur la faïence de Fès" (Edisud, 1991).

    Le goût de l'insolite

    Le guide du Maroc de Gallimard est un véritable petit chef-d'oeuvre. Livre d'art en format guide, tout y a été consigné: photos et illustrations d'objets d'art, de paysages, de villes, de spectacles. Citons notamment des textes de Paul Bowles, de Mohammed Sefrioui, de Tahar Benjelloun. Aux éditions Publi-Fusion, "Le Maroc des cartes postales" présente une riche collection de photos noir et blanc du Maroc de 1900 à 1920. Le noir est particulièrement réussi dans ce bel ouvrage d'un prix très raisonnable (300 DH)

    La cuisine, expression d'un art de vivre, est aussi un des sujets prisés par le beau livre. La gastronomie juive et judéo-marocaine est aussi mise à l'honneur respectivement dans le livre de Maguy Kakon et dans celui de Simy Danan avec une présentation de Perla Servan-Shreiber (paru aussi en format de poche).

    Le choix du beau livre sur le Maroc comporte bien d'autres titres à découvrir, étalés dans les librairies, et cela est un phénomène nouveau. Les titres des beaux livres à thèmes classiques, évidemment plus foisonnants et plus variés, attirent autant l'attention. A la librairie Carrefour, à côté des traditionnelles collections sur les peintres français, l'histoire de l'art ou sur les Orientalistes, on trouve des ouvrages plus insolites, plus originaux. Comme, par exemple, un ouvrage sur les cabarets parisiens ou sur les Folies Bergères. Ou encore "La cuisine des terroirs", "toujours accompagnée d'un bon vin", précise Mme Belarbi. Mentionnons également "Maisons d'écrivains" de Francesca Premoli-Doulers, faisant intrusion dans les maisons qui ont inspiré le génie de George Sand, de Colette, de Marguerite Yourcenar, de Jean Cocteau ou de Pierre Loti. Les plus agréables à lire et à regarder sont certainement ceux du genre Renoir, ou Monet, "à la table d'un impressionniste". Comme Degas ou Pissaro, ils "aimaient la bonne chère, les pique-niques, les déjeuners sur l'herbe, et aussi les bonnes tables familiales...". Des pages de détente, avec des photos de toiles décrivant les plaisirs de la table, des textes relatant des moments de vie privée des artistes, des anecdotes (comme celle du pot-au-feu par exemple), et des recettes aussi. "Des ouvrages sur les vins, particulièrement "Le bon vin avec le bon mets" se vendent très bien aussi, déclare Mme Belarbi. Aussi bien aux Européens qu'aux Marocains", ajoute-t-elle avec un sourire cocasse.

    Bouchra LAHBABI

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