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Tribune

Enseignement: La gestion des études médicales par l'étudiant

Par L'Economiste | Edition N°:67 Le 18/02/1993 | Partager

Héritier du hakim (sage) l'étudiant en médecine doit apprendre à gérer son temps et son apprentissage. Le CHU façonne le praticien de demain. A travers ce thème, l'auteur, président de la SMSM (1), établit quelques définitions de la maladie, la formation, utile à l'heure où l'enseignement est perturbé.

La réussite est l'une des aspirations légitimes de chacun. Mais que signifie la réussite pour un étudiant en médecine par exemple? Est-elle relative seulement aux examens, à l'obtention du diplôme ou au succès dans la carrière de médecin? La réponse est simple. La réussite de l'étudiant en médecine n'est une réussite que dans la mesure où elle le conduit progressivement à assumer les tâches de médecin.

Comment réussir alors les études médicales? Cela dépend en grande partie de la relation établie avec l'apprentissage. L'étudiant a tendance à adopter des attitudes multiples et variables. Aux extrêmes apparaissent deux groupes: l'un passif s'attendant à une assistance totale et l'autre actif plus entreprenant. Et si les prédispositions initiales déterminent l'appartenance à un groupe donné, le cheminement ultérieur et l'effort t fourni sont de nature à modifier les comportements.

L'étudiant en médecine a toutefois besoin de quelques notions de base pour situer son rôle dans l'apprentissage. Dès lors, il devient en mesure d'effectuer le bon choix.

Les notions de base

L'étudiant en médecine se prépare pour assumer des tâches dans les domaines de la santé et de la maladie que représentent ces ceux concepts. Comment alors réunir les outils nécessaires pour s'en occuper?

Le concept de santé:

La santé est un concept de perception variable. Des facteurs individuels et d'environnement naturel et socioculturel conditionnent les attentes de chacun. Celles-ci varient selon qu'il s'agit d'un athlète performant ou d'un handicapé physique, d'un jeune ou d'un vieillard, d'une femme ou d'un homme, d'un intellectuel ou d'un analphabète, d'un citadin ou d'un rural, d'un riche ou d'un pauvre etc... Les attentes varient à propos de la santé, non seulement d'un individu à un autre, mais aussi pour le même individu selon le lieu, le moment et l'influence de l'environnement.

Le médecin doit ramener la santé à une prise en charge individualisée. Dès lors il doit se référer à l'individu, à ses caractères anatomiques, biologiques, psychiques et sociaux, à l'équilibre indispensable à la vie et aux facteurs qui conditionnent son maintien à un niveau aussi satisfaisant que possible. Les spécificités du lieu ont de l'importance dans la mesure où elles interfèrent dans les échanges avec le milieu intérieur. Les traditions, les coutumes et les croyances ont une influence directe sur l'hygiène et le mode de vie. Il en est de même du niveau socio-économique et culturel. Les caractères du milieu sont par ailleurs modulés en fonction du moment, des moyens disponibles et des choix engagés dans la prise en charge de la santé et de la maladie. La santé apparaît en définitive comme "un état d'équilibre satisfaisant à un individu dans son environnement géographique et socio-culturel à un moment donné".

La maladie:

Si la santé est un équilibre, la maladie peut être vue comme un déséquilibre par rapport à cet état initial. En pratique, l'équilibre est perturbé à la suite d'une agression en action pathogène. Une réaction se développe ensuite. Elle est suivie d'effets avec soit un retour à l'état initial soit un passage à un nouvel état plus ou moins satisfaisant.

Les protagonistes de l'action pathogène sont un agent qui peut être endogène ou exogène, des facteurs de risque volontaires ou involontaires, un terrain anatomique et biologique devant l'agression. Les réactions sont passives ou actives. Dans certaines conditions elles sont totalement inadaptées. Les réactions de l'organisme aboutissent à une guérison plus ou moins complète avec ou sans complications.

L'enchaînement des différentes phases de la maladie est représenté dans le schéma suivant:

Le savoir du médecin:

Le médecin doit apporter sa contribution pour:
- préserver, améliorer et renforcer la santé individuelle et collective;
- restaurer la santé en cas de maladie.

Le savoir du médecin est conditionné par les tâches qu'il doit assumer dans la prévention, le dépistage, le diagnostic, le traitement et la surveillance. C'est donc un savoir qui a au moins quatre spécificités.

* Premièrement: c'est un savoir qui touche à toutes les sciences de la vie. Il concerne l'homme et son équilibre, l'environnement géographique et socio-culturel, les spécificités du moment, les agents pathogènes. Les facteurs de risque, la physiologie et la physio-pathologie les moyens diagnostiques et thérapeutiques etc...

* Deuxièmement: c'est un savoir, un savoir-faire et un savoir-être. Le médecin doit non seulement recueillir et analyser des données, mais aussi raisonner, décider et agir. Il doit convaincre et obtenir la collaboration du patient, de l'équipe soignante et des professionnels de la santé.

* Troisièmement: c'est un savoir qui doit s'enrichir et se renouveler en permanence. Tout change dans la vie et donc à propos de la santé: le moment cela va de soi, mais aussi les connaissances, le moyens techniques et technologiques, les conditions de travail et les mentalités.

* Quatrièmement: c'est un savoir dont l'utilité est conditionnée par la capacité de résoudre des problèmes en fonction des besoins et des moyens avec un rapport coût/efficacité satisfaisant.

Rôles de l'étudiant dans l'apprentissage

Les caractères du savoir médical font du médecin un étudiant éternel. Les connaissances du médecin appartiennent à de nombreuses disciplines. Chacune d'entre elles a une logique interne et souvent une technologie propre. Dans tous les cas, les connaissances sont en augmentation et en renouvellement permanents et rapides.

La faculté apporte une aide préalable indispensable dans la formation médicale. Elle n'est pas par contre en mesure de garantir à chacun des étudiants une assistance permanente. Face au malade en tout cas, le médecin est seul. Il doit décider et agir parfois en situation d'incertitude. Pour toutes ces raisons, l'étudiant ne se prépare réellement pour réussir dans sa carrière que dans la mesure où il prend ses responsabilités dans l'apprentissage, il peut le faire en tenant compte des contraintes suivantes.

Les enseignements sont régis par des textes de loi qui précisent leur nature, leur contenu, leur succession, leur chronologie et leur volume horaire. Les enseignants sont amenés à transmettre uniquement ce qui est utile et pertinent. L'étudiant a le devoir de situer l'apport de chacun des enseignements par rapport à la santé, à la maladie et à ses tâches futures.

Il a également le devoir de compléter et d'entretenir ses connaissances en posant des questions et en cherchant l'information là où elle se trouve (bibliothèque, médiathèque etc....). L'étudiant est capable de contribuer à sa formation en se référant aux données précédentes sur la santé et la maladie. Certaines connaissances indispensables pour l'exercice de la profession médicale, notamment dans les sciences humaines et les sciences sociales, n'apparaissent pas d'ailleurs dans tous les programmes des études médicales.

La responsabilité de l'étudiant dans l'apprentissage est également engagée dans les stages pratiques. Les enseignants font souvent l'effort pour définir des objectifs de stage. Ils essayent de rendre les stages pertinents. Sans l'engagement et en l'absence d'un effort de l'étudiant, les objectifs risquent de ne pas être atteints. Des jeux de rôles, l'exercice sur des mannequins et l'esprit de curiosité contribuent à une formation pratique de qualité.

Les examens constituent en ce qui les concerne un domaine souvent conflictuel. Or c'est cela peut-être le plus grand tort. Les examens représentent en réalité le meilleur test pour vérifier l'acquisition progressive des compétences.

L'étudiant qui ne réussit pas doit s'en prendre en premier à lui-même et vérifier ses connaissances, sa méthode d'apprentissage, son raisonnement, sa capacité à prendre une décision et à gérer sa formation. L'échec à un examen devient alors un moyen pour se corriger et pour réussir dans la carrière.

Il appartient par conséquent à l'étudiant pour réussir sa formation et dans sa carrière:

- Premièrement: d'identifier les méthodes d'apprentissage et d'auto-apprentissage les plus adaptées, les mettre en oeuvre et évaluer leur pertinence de manière permanente.

- Deuxièmement: d'atteindre les objectifs d'enseignement définis par la Faculté.

- Troisièmement: d'intégrer les objectifs dans le cadre de la finalité de l'exercice médical (chacune des disciplines enseignées permet d'agir dans le domaine de la santé et de la maladie)

- Quatrièmement: d'entretenir, d'améliorer et d'enrichir ses connaissances.

Epilogue

Dans la civilisation arabo-musulmane le médecin est un sage (Hakim = la sagesse est une affaire d'éducation et de culture. C'est donc également une affaire de formation et d'apprentissage. Et il n'est jamais tard pour se former et pour apprendre à condition d'en percevoir l'intérêt. La sagesse du médecin est en rapport avec sa capacité d'écoute, d'analyse, de synthèse, de décision, d'action, de réaction et de remise en question en veillant à placer l'intérêt du patient, puis de la collectivité comme objectif primordial de l'action.

Les modalités d'accès aux études médicales sont restrictives, le but étant de se rapprocher du profil adéquat du médecin. Les études médicales sont longues et difficiles. Elles sont conçues pour atteindre une finalité précise si l'étudiant acquiert le sens des responsabilités au cours de l'apprentissage, il a toutes les chances de réussir en confirmant sa réussite dans les examens par une réussite dans la carrière. Si l'étudiant se contente de subir passivement les enseignements. il prend non seulement des risques aux examens mais ses chances de réussite professionnelle sont plus compromises. Les études lui paraissent dissociées, incohérentes et de ce fait, difficiles à assimiler. Les examens deviennent une source de stress permanent. La gestion des échéances se fait au coup par coup avec risque d'un blocage à tout moment. Et même si cet étudiant finit par "décrocher" un diplôme, il est incapable de s'adapter à une situation évolutive.

L'étudiant responsable lors de sa formation se distingue par sa capacité à gérer son temps. Il s'organise dès le début de l'année universitaire de manière à réserver un temps aux activités sociales, un temps aux loisirs et un temps à l'apprentissage. Cet étudiant se distingue également par des méthodes d'apprentissage et d'auto-apprentissage réfléchies.

C'est un étudiant heureux qui passe ses examens normalement et les réussit sans difficulté. C'est un étudiant qui a en plus un maximum de chance pour accéder à la sagesse du vrai médecin.

par Docteur Moulay Ahmed IRAQUI(*)

(*) Professeur d'anatomie pathologique
Président de la Société Marocaine des Sciences Médicales

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